en UNE
Patrick Poivre-D’Arvor :
"je suis une icône électroménagère"
Des éclats de voix transpercent les cloisons. « Cette photo... Faire ça dans les couloirs devant tout le monde... Comme si j'étais une star... Ce n'est pas moi... C'est exactement ce que je déteste... » Claquemuré dans son bureau, Patrick Poivre d'Arvor pique une colère solitaire. Contre nous. Contre notre photographe qui vient de le shooter à la sortie de sa conférence de rédaction. Contre cette lumière qui le poursuit ad nauseum dès que s'éteignent les projecteurs du 20 heures. Trop de pression, trop d'exposition ; il arrive parfois que la façade se lézarde à l'écart des regards. PPDA, sachez-le, ne peut se réduire au ventriloque impavide qui chronique chaque soir les angoisses du pays : le personnage est habité, tout en ferveur et en passion, au-delà des apparences et des plateaux. Il dissimule en lui des réserves de fureur interdites aux caméras...
Et voilà que cela tombe sur nous, ce jour-là, entre l'interview de Tony Blair sur l'Europe et le direct avec Florence Aubenas. Alors, que faire ? Ranger le magnétophone, ne pas en rajouter, puis filer sur le bout des pieds sans traîner. Tout en se répétant que, pour le présentateur, fût-il le premier du genre à fêter 25 années de JT, semblable record de longévité compte une part de malédiction. Chez lui, la vie tourne à l'envers. Journaliste, il est devenu un sujet d'enquête permanent pour ses confrères. Interviewer préféré des grands et des puissants, il reçoit une vingtaine de demandes d'interview par semaine. Rouletabille planétaire à l'occasion, il ne peut plus tendre un micro à un réfugié rwandais sans que l'œil du critique télé ne cherche la petite bête : tiens, le crocodile de sa chemisette ? Son existence est traquée, analysée, disséquée. Autour de l'homme-tronc, c'est la danse du scalp en continu. Avec son enquête « PPDA - biographie non autorisée », Bernard Violet s'apprête déjà à jouer des maracas sur la dépouille du « médiacrate ». Portrait à charge auquel répond « Confessions », une série d'entretiens menés par Serge Raffy. Deux bouquins simultanés pour un pictogramme, cela peut sembler beaucoup. A moins de considérer que les secrets de notre démocratie d'opinion se nichent parfois dans ses meilleurs échantillons. Encore faut-il en déceler la complexité, où s'entremêlent le rapport à la célébrité, la relation aux médias et les possibilités d'autocritique. Tiens, la porte s'ouvre. On entre. Replié sur son fauteuil, PPDA a retrouvé sa voix de catastrophe naturelle, douce et caressante : « Désolé pour le contretemps. Un souci personnel. Allons-y. »
Entretien avec Michel Platini :
"Ma vie avec les médias"
Pour être une légende vivante à bientôt cinquante ans, tout en en paraissant dix de moins, suffit-il de se retirer en pleine gloire, à trente et un ans seulement, quand tant d'autres footballeurs de renom forcent leur corps à les maintenir quelques années de plus, quelques années encore, dans la lumière des projecteurs ? Pour devenir, une fois les crampons raccrochés, sélectionneur de l'équipe nationale, puis vice-président de la Fédération française et l'un des pontes du foot planétaire, suffit-il d'avoir toujours, ou presque toujours, été plus aimé que jalousé ? Et pour coexister si longtemps avec la presse, en évitant le divorce, est-il préférable de s'appeler Platini ? A ces interrogations, qui sous-tendaient notre entretien et n'étaient pas trop douloureuses pour son ego, il apporte une réponse implicite mais claire : pour bien vivre avec les médias, mieux vaut être, en effet, le meilleur de sa génération que le dernier de l'équipe.
Michel Platini ne manifeste donc aucun des symptômes qui trahissent la méfiance envers la presse, propres à la star paranoïaque, et néanmoins avide d'interviews. Bien qu'il connaisse Gérard Rancinan avec lequel il a déjà travaillé à un cliché demeuré célèbre, le seul moment où on le devine pressé d'en finir est celui de la prise de vue. Cet homme si souvent photographié apprécie modérément l'objectif. Pour le reste, il a toujours cet air de gamin qui ne tient pas en place et ce sourire volontiers narquois qui, sur les pelouses et ailleurs, a dû en faire tourner plus d'un en bourrique.