On ne parle que de lui. On tient la chronique de ses moindres gestes, de ses tics. Pour ricaner sur cette débauche d’énergie. Pour admirer la maestria du docteur ès médias. Pour se plaindre de la couverture desdits médias. Pour s’étonner de la complaisance de certains titres. Pour regretter le parti pris des autres. Pour montrer du doigt la "pipolisation" du couple. Pour dénoncer son coup de sang à l’encontre des paparazzis. Pour ironiser sur la diplomatie familiale, ou célébrer l’indépendance de l’épouse. Pour une chose et son contraire, on ne parle que de lui.
Nicolas Sarkozy fait la une, la der, les pages internationales, politiques, société, justice, économie et même littérature par Yasmina Reza interposée. Il est partout. Du matin à la radio au 20 heures des télés. On ne voit que lui. Et quand ce n’est pas lui, c’est sa femme.
La faut à qui ? Aux journalistes, toujours prêts à la danse du ventre devant le pouvoir, du moins le pouvoir qui commence ? On pointe leurs sourires complices, les questions non posées, les silences qui en disent long, les symptômes de déférence, voire de servilité.
Du côté des journalistes eux-mêmes, c’est, comme toujours, la faute des autres, de ces patrons de presse qui veulent complaire à leur "ami", de ces hiérarchies qui courbent si facilement l’échine, de ces éditorialistes prêts à tout pour leur couvert en bout de table. Quant à ceux qui dénoncent l’omniprésence du chef de l’Etat dans les colonnes de leurs concurrents, ils en profitent pour multiplier les couvertures sur Nicolas, Cécilia, Rachida, Rama... Il faut bien vendre.
Non, Nicolas Sarkozy ne tient pas les médias. Et si ses amis peuvent être tentés de prévenir ses désirs, leurs rédactions n’en sont pas pour autant aux ordres. Mais, voilà, pour fonctionner à plein régime, les machines médiatiques carburent à l’audimat et aux chiffres de l’OJD. Et sur ce terrain , Sarkozy c’est du super.
Mais qu’on se rassure, sa présence ne suffit pas toujours à assurer un succès d’audience. La preuve ? Quand, en plein été, France 2 programme l’opéra "La Trouvère" de Verdi, en direct des Chorégies d’Orange, où se montre le Président, a chaîne publique regroupe péniblement 1,5 million de téléspectateurs contre 9,6 millions pour TF1 avec..."On a retrouvé la 7ème compagnie". Comme quoi...
Certes, Nicolas Sarkozy n’est pas "vêtu de probité candide et de lin blanc", comme le Booz de Victor Hugo, mais de là à en faire le deux ex-machina de l’information... Disons que son omniprésence fait sens et satisfait notre goût du spectacle. Pour comprendre les médias, Debord est toujours plus utile que Bourdieu.

Revue Médias















Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?

