Il suffit d’avoir, un jour, à demander une précision, une rectification, un droit de réponse à la rédaction d’un journal, pour prendre la mesure de ce travers : les journalistes, qui sont souvent les premiers à dénoncer la mauvaise volonté des uns et des autres, renâclent quand il s’agit de faire amende honorable. Essayons donc de balayer devant la porte de cette revue qui, sans vouloir donner de leçons, n’hésite pas à relever les manquements à ce qu’on appellera, pompeusement, l’éthique professionnelle.
Venons-en aux faits. Dans le dernier numéro de Médias, nous avons publié un article intitulé « La chute de la maison Colombani », consacré aux derniers soubresauts enregistrés au Monde. Soit dit en passant, cette fronde aurait, il y a peu, paru fort improbable à tout ce que Paris compte de docteur ès médias... En introduction à ce papier, nous posions un certain nombre de questions : « Mais que s’est-il réellement passé boulevard Auguste-Blanqui ? Alain Minc est-il vraiment sur la touche ? Et Pierre Jeantet aux commandes ? En vérité, qui l’a emporté ? Et à quel prix ? » Nous prétendions y répondre par un « récit, de l’intérieur, d’une crise à répétition, de ses coups bas, de ses trahisons ».
Jusque-là, nous direz-vous, rien à redire. En effet, mais à condition de jouer cartes sur table et de ne pas nous abriter derrière une signature qui était en fait un pseudonyme. Cette pratique se justifie quand l’auteur prend des risques en signant de son nom : c’est vrai dans des régimes autoritaires ou encore lorsqu’un salarié, un haut fonctionnaire ou un cadre d’entreprise, par exemple, prend la plume pour dénoncer un passe-droit, une malversation, un abus de pouvoir.
En l’occurrence, il n’en était rien. Et la décision de s’abriter derrière un « pseudo » - d’ailleurs limpide pour tous les acteurs de ce dossier puisqu’il s’agit de Laurent Mauduit, ex-éditorialiste du Monde - relevait d’un choix de la rédaction de Médias, et d’elle seule. C’était une faute. Parce qu’elle pouvait laisser penser que Le Monde aurait pu prendre des mesures de rétorsion. Parce qu’elle induisait le lecteur en erreur : il est essentiel de savoir qui parle et d’où il parle.
En un mot, nous avons eu tort. Nous le reconnaissons. Volontiers ? Ce serait mentir : on a toujours quelques réticences à plaider coupable. Mais Le Monde et ses équipes valent bien un repentir. Et cela, nous le savons.

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