Il y a parfois de brèves déclarations, de simples projets qui en disent plus long sur ce que pensent certains de la presse et de son fonctionnement, que les dizaines de livres qui, chaque année, auscultent, dissèquent, analysent le fonctionnement des médias et leurs rapports avec les politiques.
Le véritable harcèlement dont l’Agence France-Presse a été victime de la part d’un des porte-parole de l’UMP, suivi des déclarations du chef de l’État qui ont conduit la ministre de la Culture et de la Communication à proposer la mise en place d’un « fil » spécial de l’AFP consacré à la publication, dans leur intégralité, des communiqués des partis et des syndicats, mérite qu’on s’y arrête. Non seulement pour ce qu’il dit du désarroi de Nicolas Sarkozy devant son impopularité, mais aussi parce qu’il démontre l’incapacité de notre classe politique - on ne jurerait pas que certains leaders de gauche n’aient pas le même genre de réflexes pavloviens dès qu’ils entendent le mot « médias » - à comprendre les organes de presse, leurs règles, leurs contraintes.
Que les responsables politiques ne trouvent jamais la presse à leur goût, qu’ils imaginent leur omniprésence dans les médias suffisante à convaincre leurs concitoyens de leur talent, nous le savions déjà. Mais qu’ils réduisent les médias, et les journalistes, à des machines à enregistrer leurs propos et à rien d’autre, qu’ils confondent reproduction et analyse d’un texte en dit long sur la mémoire reptilienne de notre classe politique.
Au fond, une fois le vernis des bonnes manières écaillé, à l’occasion d’un coup de sang quelconque - en l’occurrence, la énième remontrance d’un Monsieur Lefebvre, que même ses collègues de la majorité trouvent un peu « porté » sur les communiqués -, on découvre, ou on redécouvre, des habitudes de penser guère différentes de celles du dignitaire, de l’apparatchik d’un de ces régimes si faciles à brocarder. La bonne presse, laissent-ils entendre, serait donc celle des déclarations gouvernementales, des discours d’inaugurations, des comptes rendus littéraux.
Tout compte fait, c’est l’ex-ORTF, le journal officiel et les interviews à la Michel Droit qui hantent leurs rêves d’élus. Une presse qui, mieux qu’aux ordres, serait à leurs petits soins. Une presse de révérence. Une presse « comme il faut ».
Finalement ce Monsieur Lefebvre aura eu son utilité comme révélateur d’un inconscient quasi collectif. Allez ! encore un ou deux communiqués.
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