Décidément, nous vivons dans l’esbroufe. Il ne s’agit, jamais ou presque, de prendre un problème à bras-le-corps, de poser une question dans sa complexité. Non, l’action publique se réduit le plus souvent à une posture, un effet d’annonce, avec, comme jackpot, des « retombées presse ».
On aurait pu penser que les médias et ses responsables étaient suffisamment au fait de ces pratiques pour ne pas tomber dans le panneau. Eh bien, on s’est trompé ! Les États généraux de la presse sont là pour en témoigner. Et ses vieux réflexes disent, mieux que les débats des quatre groupes de travail, l’état de la presse. Et de son délabrement.
Voilà donc un chef de l’État qui décide, sans autre concertation qu’avec lui-même, de faire plancher la profession sur son avenir. Une profession qui répète à l’envi qu’elle est un « contre-pouvoir » mais se plie sans rechigner aux desiderata du Prince. Les invités de ce grand raout ? C’est encore une fois depuis l’Olympe élyséen qu’on établit les listes, avec ses bienheureux et ses exclus, qu’on oublie lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Un peu comme les États généraux de 1789, mais sans le tiers état...
Est-ce qu’une fois de plus on ne nous ferait pas le coup de ces industries sur le déclin dont les patrons réclament des sous à l’État, sans s’interroger sur leur avenir et, surtout, sur ce qui les a conduit au bord du gouffre ? Après la sidérurgie, la presse ?
Comme si les professionnels des médias, toujours prêts à moquer ceux qui se contentent de tendre la main, allaient eux aussi, toute honte bue, présenter leur sébile. Comme si la fameuse « crise de la presse » pouvait se résumer à une concurrence déloyale - celle des gratuits et d’Internet - alourdie d’un abandon de l’État qui, bien sûr, pourrait faire encore un effort !
Il est tellement facile de déplorer en chœur la responsabilité d’autrui : journalistes évoluant trop souvent en vase clos, syndicats d’un rare corporatisme, filières de production plombées par un quasi-racket, trop nombreux patrons incapables de toute vision prospective, groupes de presse abonnés aux subsides étatiques, rapports incestueux entre médias et politiques...
Dieu merci, certains ne se sont pas prêtés à ce qui finira par ressembler à une mascarade. Et ont su en dénoncer les non-dits. Nous leur donnons ici la parole.
Une tout autre affaire, encore que... Vous l’avez sûrement remarqué, le contraire est impossible, Barack Obama fait l’unanimité. Pas un journal qui ne prenne de distances, qui ne s’interroge, qui n’émette un doute. Où sont donc passés les pourfendeurs de la « pensée unique » si prompts à dénoncer un « unanimisme » suspect ? Comme si leur indignation était à géométrie variable. Mais nous devons faire du mauvais esprit.

Revue Médias















Peut-on tout dire ?


