Et si Nicolas Sarkozy n’était qu’une excuse ? Et si, en réalité, la bien-pensance des médias, dont nous sommes si nombreux à nous plaindre, n’avait pas pour origine l’Élysée et son nouveau locataire mais les journalistes eux-mêmes, leurs habitudes, leurs petites lâchetés ?
Pire que d’une censure en bonne et due forme, nous pourrions bien être victimes d’un air du temps, de réactions de clans, de groupes de pression de toutes sortes. Ainsi faudrait-il toujours se couler dans le moule de pensées correctes, labellisées, agréées, non par le pouvoir - n’en déplaise aux complotistes de tous bords - mais par cette « idéologie dominante », dont parlait le camarade Marx et qui n’est rien d’autre qu’un fatras de convenances, de morale à quatre sous, d’idées communes à tous, qui tient lieu de référence inconsciente, et pèse de tout son poids sur les rédactions comme dans l’édition.
Qui ose faire fi de ces nouvelles prescriptions est montré du doigt. Utilisez-vous un vocabulaire trop cru, refusez-vous les non-dits imposés ? Vous voilà affublé d’un de ces qualificatifs qui font de vous un paria à vie : homophobe, raciste, antisémite...
Et, ce disant, il ne s’agit évidemment pas de cautionner les déclarations de personnes ou de groupes prônant la haine de l’autre dès que celui-ci est d’une couleur de peau, d’une religion, d’une sexualité différentes.
Pour tenter de comprendre d’où vient cette chape toujours plus prégnante du politiquement correct, nous avons réuni, une journée durant, des journalistes, des hommes de loi, des intellectuels, des activistes autour d’une question : « Que peut-on dire ? Que ne peut-on plus dire ? »
Beaucoup ne se connaissaient pas. Certains nourrissaient même de solides inimitiés, bâties parfois - on s’en apercevra au cours des échanges - sur des soupçons sans autres fondements que les rumeurs véhiculées par Internet ou des médias peu soucieux de vérifications et de précisions. Ils ont accepté de débattre quand d’autres, contactés, ont refusé de s’asseoir aux côtés de tel ou tel alors même qu’ils professent un attachement quasi doctrinal à la liberté d’expression...
S’il ne ressort de cette rencontre aucun consensus, et encore moins de ligne de conduite, nous avons eu néanmoins la conviction que chacun était - osons le mot - assez fier de braver une sorte d’interdit : débattre de tout, avec tout le monde - y compris ceux-là mêmes qu’on taxera de « sulfureux », histoire de les disqualifier sans prendre le risque de se retrouver dans un prétoire pour diffamation.
Débattre sans prudence, sans ces petits accommodements avec des convictions qu’on n’ose afficher de peur d’être dénoncé par ces directeurs de conscience qui disent du haut de leur chaire ce qui est décent et ce qui ne l’est pas, ce qui est convenable ou non.
Ce numéro spécial de Médias est à sa façon un manifeste. Pour la liberté de dire, tout simplement.

Revue Médias















Peut-on tout dire ?


