Il nous a semblé utile, nécessaire et même impérieux de prendre à bras le corps une question, peut-être la question, qui se pose chaque fois qu’au- tour d’une table entre amis, ou lors de multiples rencontres, colloques, séminaires, on aborde le thème de la presse et du désamour dont elle est victime : les journalistes savent-ils résister à l’attrait de l’argent, des « puissances d’argent » disait-on il y a peu encore ? Ne sont-ils pas fascinés par ceux qui en disposent à foison ? Ou, pour le dire plus brutalement encore, quelques-uns ne se sont-ils pas, tout simplement, laisser sinon corrompre, du moins compromettre à force de petits arrangements ?
Cette enquête, nous y pensions depuis longtemps. Mais, chaque fois, nous la repoussions de crainte de jouer, à peu de frais, si l’on ose dire, les donneurs de leçons, les redresseurs de tort. Comment expliquer ces mauvaises habitudes qu’on ne songe même plus à mettre en cause : notes de frais bidonnées, voyages de presse organisés et financés par ceux-là mêmes que l’on est censé couvrir, « ménages », qui rapportent nettement plus que l’ordinaire, « indemnes » qu’on négocie avec habilité ? Comment le faire sans tomber dans la caricature et la dénonciation ? Comment décrire le comportement de quelques stars alors que la majeure partie de la profession se paupérise ? Il existe quantité d’anecdotes qui, certes, en disent souvent long, mais qui risquent de reléguer au second plan le problème, plus grave encore, des conséquences de ce flirt poussé avec l’argent sur ce qu’écrivent ces journalistes, sur leur manière de dire le monde, sur leurs pôles d’intérêt, sur leur approche des riches et des moins riches ? Nous ne sommes pas ici, répétons-le, pour dresser des listes, mettre à l’index. Au nom de qui, d’ailleurs, et de quoi ? Mais pour démonter des mécanismes, mettre à nu des logiques qui sont plus que de simples tendances. Cet inventaire, forcément incomplet, aide à mieux comprendre pourquoi la mise en cause des médias est de plus en plus virulente, les sondages de plus en plus désastreux, et la désaffectation de l’opinion de plus en plus criante. L’argent, nous semble-t-il, n’y est pas étranger. Pour nous, cette enquête répond au même souci que notre précédente couverture sur les journalistes francs-maçons. Il s’agit, encore une fois, d’appliquer à la presse les méthodes d’investigation que les journalistes réservent ordinairement aux autres, à tous les autres, sauf à eux-mêmes.
C’est le prix à payer pour une profession qui est la nôtre et que nous aimons pour qu’elle retrouve son crédit. Il n’est pas souhaitable que les journalistes, non plus que les hommes politiques ou les magistrats du reste, soient systématiquement soupçonnés du pire. Il en va, sans jouer sur les grands mots, de la démocratie, à laquelle chacun, dans la mesure de ses moyens, doit contribuer sans prêter le flanc aux équivoques ravageuses.

Revue Médias















Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?

