Un grand n’importe quoi. Pierre Veilletet a raison de résumer de la sorte les dernières semaines de la chronique médiatique. Un chaos sans beaucoup de sens nous ne sommes pas des adeptes de cette théorie du com plot qui prospère dans les colonnes de la critique radicale des médias , mais qui, on ne peut que le constater, se fait presque toujours au détriment des mêmes, les plus faibles, les moins aptes à se défendre. L’enquête signée par Léonard Vincent sur les victimes des lynchages médiatiques est éloquente à ce sujet.
L’actualité nous en a donné un nouvel exemple avec la mort d’un jeune vigile, Saïd Bourarach, à Bobigny. Voilà une affaire qui remonte à la fin du mois de mars, mais la presse n’en découvrira le retentissement dans les banlieues qu’un bon mois plus tard. Et encore, une toute petite partie de la presse puisque, à l’exception de Marianne et de Libération, per sonne ou presque ne se sera penché sur ce qui s’est réellement passé à l’entrée de ce supermarché, lorsqu’une demi-douzaine de jeunes gens ont poursuivi Saïd Bourarach dont on a retrouvé le corps le lendemain dans le canal de l’Ourcq. Pourquoi une telle émotion, notamment dans le 93, comme en témoignent les réactions de multiples sites Internet issus de la mouvance islamiste ?
Parce que les grands médias ont passé sous silence à l’exception, il faut le préciser, de RTL et de i>Télé notamment un « détail » qui n’est pas sans importance : les agresseurs de « Saïd le vigile », comme le présentaient des journalistes, ignorant manifestement qu’un Arabe porte, lui aussi, un nom, ses agresseurs, donc, sont Juifs. Imaginons un instant que ce fût le contraire, qu’un vi gile juif ait été agressé par six jeunes Arabes et retrouvé noyé quelques heures plus tard. On voit d’ici les réactions des élus, l’émotion aussitôt proclamée, les titres de certains journaux. Rien de tel pour Saïd Bourarach. D’entrée de jeu, les enquêteurs ont exclu la dimension raciste. Et, surtout, pas un mot de condoléances de nos gouvernants, pourtant si prompts à intervenir quand la victime est « du bon côté », comme le ressentent trop de jeunes du « mauvais côté » du périphérique. Silence dans les rangs ministériels.
Mais, c’est vrai, on était occupés du côté de Nantes, de ses burqas, de ses barbus, de ses polygames. Seule la communauté juive de Seine-Saint-Denis ainsi que le grand rabbin de France Gilles Bernheim s’est manifestée auprès de la famille Bourarach et des musulmans réunis pour partager leur peine et leur émotion. Un fait divers, un simple fait divers dira t-on. Mais un de ceux, un de plus, qui mi nent le déjà maigre capital confiance de la presse. Plus grave, il est de nature à ali menter le sentiment d’un « deux poids deux mesures », lequel dément trop souvent ce « vivre ensemble » dont justement la presse nous bassine à longueur d’éditos.

Revue Médias















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