La presse est attaquée de toutes parts. « Salaud, larbin, laquais, petite cervelle », lance un Jean-Luc Mélenchon chauffé à blanc à l’adresse de tous les micros qui se tendent. À peine se tait-il — à grand-peine —, c’est Bernard Tapie surexcité qui prend le relais, tous deux comme des bateleurs de foire, des bonimenteurs de supermarché, même sourire carnassier aux lèvres, genre clin d’œil grivois à la patronne du bar.
Et tout cela sur fond d’attaques d’un pouvoir qui voit des « fachos » derrière la moindre critique, et de barbouzeries qui nous rappellent les temps finalement pas si lointains des micros au Canard enchaîné et des écoutes téléphoniques de l’Élysée, version Mitterrand.
Mais pensez-vous que le peuple se lève pour prendre la défense de journalistes injustement attaqués ? Que nenni. Il en redemande. Il déteste les journalistes. C’est même devenu un sport national, et nos politiciens — une partie d’entre eux du moins — ont vite compris que l’on pouvait le pratiquer à son avantage. Brocarder les élites, à commencer par les journalistes, est même devenu la meilleure façon de vous ouvrir les plateaux de télévision. Grimer les postures et les mots du peuple, ou ce qu’on imagine tels, et vous voilà transformé en attraction médiatique. Comme si les médias, à l‘unisson de tout notre pays, aimaient à s’autoflageller.
Alors, on peut toujours se rassurer et moquer les outrances d’un Jean-Luc Mélenchon, rappeler son tropisme vénézuélien — où, comme chacun sait, le caudillo bolivarien Hugo Chávez soigne sa presse à coups d’excommunications et de bastonnades —, son habileté à railler la « caste médiatico-politique » tout en allant prendre des poses dans les sofas de Michel Drucker. On peut monter sur ses grands chevaux et dénoncer, trémolos dans la voix, les attaques « inadmissibles » contre la liberté de la presse, « pilier de la démocratie », pointer du doigt les « cabinets noirs », exiger des commissions parlementaires, des enquêtes judiciaires, la levée de tous les secrets, de défense comme d’instruction.
On peut imaginer d’autres réponses, d’autres arguments, d’autres ripostes à opposer à tous ceux qui se jettent sur les défauts bien réels de la presse et des journalistes — et qui pourrait nier qu’ils sont, plus souvent qu’à leur tour, paresseux, suivistes, bienpensants, moutonniers, lâches avec les puissants, durs avec les faibles ? On peut continuer à trouver injustes les propos tenus sur la presse. Inadmissibles les méthodes employées par certains, peutêtre jusqu’au sommet de l’État. On peut tout cela.
Reste l’efficacité de pareille défense. Beaucoup n’en démordent pas : la presse serait au service des uns et des autres, mais sûrement pas de la vérité. Le populisme se nourrit de cette amertume. Il pourrait bien avoir de beaux jours devant lui.

Revue Médias















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