Le respect de la vie privée a bon dos. Étonnez-vous que la presse n’ait rien dit ou presque des obsessions d’un Dominique Strauss-Kahn — se contentant d’un « séducteur » ou d’un « il aime les femmes » — et l’on vous jettera à la figure cette défense intransigeante de la sphère privée qui serait l’honneur des médias français, à ne pas confondre avec la presse de caniveau, les tabloïds malodorants d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique. Chez nous, monsieur, on ne mange pas de ce pain-là.
Du coup, pas question, par exemple, de vous parler, à l’époque, de la fille cachée de François Mitterrand — même si le coût de sa protection était à la charge des finances publiques — ou, plus récemment, d’enquêter sur la séparation de Ségolène Royal et de François Hollande en pleine campagne électorale. Comme chacun sait, cela n’avait aucune incidence politique : elle n’était que candidate à la magistrature suprême, et lui patron du principal parti d’opposition...
Même rideau de fumée autour de DSK. Non, il n’est pas important de savoir que le patron du FMI était prêt à se jeter sur tout ce qui porte jupon. Au point, semble t-il — mais on l’entend seulement aujourd’hui — que ses amis faisaient tout pour ne pas le laisser seul... Et il aurait fallu lui confier l’Élysée ! Comme si certains comportements de la vie privée n’avaient pas de conséquences sur les choix publics. Qui peut le croire ? Comme si cela n’exposait pas à tous les chantages ? Pourquoi ne pas confier l’arme nucléaire à un président ou une présidente qui abuse de l’alcool, tant qu’on y est !
Les premiers défenseurs du statu quo sont, sans conteste, les journalistes politiques. Pas tous, bien sûr. Mais l’immense majorité s’enveloppe dans les grands principes quand, en réalité, ils ne défendent que leur pré carré. C’est qu’en échange d’une pseudo-indiscrétion, d’une prétendue exclusivité, d’un bon mot, ils ont pris l’habitude de taire et de se taire. Enfin, quand il s’agit d’un ami... Réflexes de caste, solidarités que l’affaire DSK aura mis en lumière comme jamais. Tirera-t-on les leçons de ces complaisances ? Pas sûr. Le petit monde politico-médiatique a trop à y perdre. Déjà, on est passé à autre chose. On continuera à chuchoter dans les salles de rédaction, à échanger des infos, mais entre soi : le peuple, lui, devra se contenter de romances et d’histoires à dormir debout. Mais qu’on se rassure, il y a un mur étanche entre vie privée et vie publique. Puisque les journalistes vous le disent... ■
PS / Eric Zemmour et Eric Naulleau virés du talk-show de France 2, « On n’est pas couché ». Reprise en mains à la veille de la présidentielle ? Gage donné aux pourfendeurs des « nouveaux réacs » ? Ne faites pas preuve de mauvais esprit....

Revue Médias















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