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Mediamorphose - dossier

Hommage à l’économiste et historien Jacques Marseille

4- Jacques Marseille, un homme libre

par Philippe Frémeaux, président d’Alternatives Economiques

Sympathique et chaleureux, facétieux même, Jacques Marseille avait le goût du paradoxe qui l’amenait, parfois, à s’enfermer dans le rôle du polémiste provocateur.

Jacques Marseille, c’est d’abord une personnalité. Un universitaire qui ne se prenait pas trop au sérieux, toujours sympathique et chaleureux, indépendant d’esprit et qui, au risque de subir les critiques de ses collègues, avait franchi le Rubicon qui sépare le milieu académique du monde des médias. Ce faisant, il a su parfois faire preuve de pédagogie, notamment dans les magazines auxquels il contribuait, mais il s’est aussi trouvé pris au piège de son nouveau positionnement d’essayiste à succès. En effet, l’historien, ayant le goût du paradoxe, s’est souvent mué en polémiste provocateur, dont l’anti-étatisme systématique, aux relents populistes, faisait naître le soupçon chez son contradicteur : dans quelle mesure ce positionnement idéologique ne témoignait-il pas de cette attitude fréquente chez les ex-communistes repentis, qui adorent le libéralisme économique avec la dévotion qu’ils portaient jadis au tout État ?… Curieusement, dans cette nouvelle fonction de griot du libéralisme, il lui arrivait de demander d’être présenté comme économiste plu tôt qu’historien, comme si le premier titre lui assurait une légitimité plus forte que le second. Sujet d’étonnement pour l’économiste que je suis, plein d’admiration pour les historiens.

Polémiste, mais bon camarade...

Croyait-il d’ailleurs vraiment à ce qu’il disait ? Il m’est arrivé de me le demander. J’ai parfois eu l’impression, en le voyant parler, l’œil brillant, qu’il était revenu de tout et avait adopté ce cynisme, fort partagé dans le monde médiatique, qui conduit à se montrer plus soucieux de promouvoir sa personne que de diffuser des idées.

En tout cas, il n’hésitait pas à tenir parfois des propos teintés d’une certaine irresponsabilité. En témoigne ce souvenir d’un échange, sur le plateau de « C dans l’air », l’émission animée par Yves Calvi sur France 5. Ayant asséné qu’il était très facile de réduire massivement les dépenses publiques, Jacques Marseille se voyait demander par Yves Calvi de fournir un exemple. Et de répondre : « La Cour des comptes vient de publier un rapport expliquant que les exemptions de cotisations sociales ne servaient à rien ; il suffit de les supprimer, 17 milliards d’euros. » Assis à ses côtés, Jean-François Roubaud, le patron de la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME), qui pensait avoir un allié en la personne de Jacques Marseille, s’étrangla sur-le-champ.

J’ai eu beau jeu, moi, le journaliste économique de gauche, d’observer : « Ce n’est pas bien sérieux, car même si ces exonérations n’ont pas atteint les objectifs qui leur étaient assignés, les supprimer du jour au lendemain conduirait les entreprises à supprimer nécessairement des emplois. » Ce qui me valut un regard reconnaissant de Jean-François Roubaud ! Rien que pour cela, il me faut remercier Jacques Marseille, polémiste sans doute excessif, mais toujours bon camarade. ■


 
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