« Le monde vu par les enfants », le journal que vous réalisiez quand vous aviez dix ans, c’était déjà le virus du journalisme ?
Je ne sais pas si on peut vraiment classer cette expérience dans la catégorie journalisme, tant on plagiait. Le côté création était assuré par des poèmes ou des éditos. Le reste, c’était du résumé d’articles qu’on trouvait dans la presse et qu’on illustrait.
Vous arriviez à le vendre ?
Je le vendais très bien, à 5 francs l’exemplaire, dans la rue principale de Saint-Jean-de-Luz. Je plaçais même des abonnements : une véritable escroquerie ! Dans la rue, comme les gens nous connaissaient - c’est l’avantage des petites villes - et que notre initiative était bien vue, on nous faisait confiance. Avec les bénéfices, on allait dans le meilleur salon de thé pour faire un goûter pantagruélique.
Plus tard, après vos études, vous êtes passée à ce que vous nommez « TV Bricolo ».
J’ai toujours voulu faire de la presse écrite. Ce n’est qu’à la fin de ma formation au CFJ que j’ai été séduite par la télévision. Je trouvais cela ludique et le double langage de l’image m’intéressait. En sortant de l’école, je suis tombée sur une proposition de casting chez Bloomberg - la fameuse « TV Bricolo » où tout était fait avec trois bouts de ficelle - et c’est ainsi que je me suis laissée entraîner par la télévision.
Cela vous a plutôt réussi.
J’aime ce métier à plusieurs facettes : l’écriture, le direct et son adrénaline, et puis l’approfondissement des sujets comme avec « Zone interdite ».
Quel est votre pire souvenir d’antenne ?
C’était sur LCI, où j’avais commencé depuis à peine deux mois. J’ai pris l’antenne à 14h50 pour couvrir une conférence de presse de Javier Solana, qui devait débuter à 15h. Malheureusement, celui qui était alors secrétaire général de l’OTAN n’est arrivé qu’à 15h40 et j’ai dû meubler pendant presque une heure. Un vrai carnage, un moment de solitude terrible. Quand vous êtes à l’aise à l’antenne, ce sont ces moments-là que vous recherchez, l’imprévu, l’improvisation. Pas quand vous êtes débutante !
Et votre meilleur moment ?
Les interviews. Quand elles se passent bien, il n’existe rien de plus satisfaisant.
Quand elles se passent bien ou quand vous réussissez à piéger votre interlocuteur ?
Quand il y a une vraie réactivité, un échange. C’est souvent avec les politiques que c’est le plus amusant.
Vous dites faire des interviews « typiquement féminines ». C’est-à-dire ?
Une femme est sans doute moins agressive, elle se situe moins dans le combat de coqs. Elle mène des interviews plus en rondeur, mais pas forcément moins en profondeur.
C’est une des caractéristiques de Patrick Poivre d’Arvor...
Mais je pense qu’il fait des interviews typiquement féminines. Il est dans la séduction, dans la douceur, avec le petit coup de griffe quand c’est nécessaire. Mais je n’ai pas du tout la prétention de me comparer à lui, qui est un maître en la matière !
Vous avez dit que « les voix féminines passent moins bien en conférences de rédaction qu’à l’antenne ». C’est une référence à Sud-Ouest où vous avez fait votre premier stage ?
Pas du tout, car je n’ai jamais été aussi écoutée qu’à Sud-Ouest. Et puis je ne veux pas stigmatiser un média en particulier car je pense que c’est partout la même chose. Spontanément, on accorde moins de crédit aux idées d’une femme. Et ce n’est pas propre au journalisme.
Il vous reste du temps pour votre famille ?
Je suis chez moi à 18h30. Quand je quitte mon bureau, on me regarde parfois d’un drôle d’air, mais j’y tiens. C’est une question d’organisation.
Pourquoi « Zone interdite » ?
Une belle proposition, une superbe émission, intéressante, qui marche bien. Une expérience inédite pour moi, sur une chaîne hertzienne qui plus est. Cela ne se refusait pas.
On a beaucoup parlé de votre émission sur l’alcoolisme, qui a duré trois heures. Qu’est-ce qui vous a motivée ?
Le sujet est fort. C’était un programme militant, exclusivement préparé par les journalistes de la rédaction. Une émission de plateau également, avec un public et une dizaine d’invités. Quelque chose que je n’avais jamais fait. C’était très stimulant et valorisant aussi. Un grand test ! Y compris vis-à-vis de la rédaction...
Cela vous plaît de faire du journalisme militant ?
Je ne suis pas engagée, mais quand on peut servir à quelque chose, c’est bien. Je pense que le journalisme peut servir à passer des messages.
C’est pour cela que vous aviez refusé de passer sur TF1 quand cette chaîne vous proposait de faire du divertissement ?
Tout le monde vous le propose. Pas seulement TF1. C’est d’ailleurs plus souvent des boîtes de production que des chaînes de télévision. C’est tentant de se servir de votre image pour faire de « l’infotainment ». Mais je n’en ai pas envie et je l’ai fait savoir.
Quelle est la qualité nécessaire selon vous à un journaliste ?
L’écoute. Quand on écoute bien, on retransmet mieux. Et la prudence également. Quand on fait du news, on a tendance à donner la dernière info tombée et ne pas s’arrêter. Tout va très vite, trop vite.
C’est cette rapidité qui est la cause des grandes erreurs médiatiques : Outreau, l’affaire Alègre, le RER D ?
Dans le cas d’Outreau, non. C’est plutôt la facilité, l’ambiance générale. Le choix des mots est aussi très important. Mais attention à ne pas donner de leçons !
Et le défaut que l’on trouve le plus souvent chez les journalistes ?
L’autocensure et le cliché dans le langage. Le public a parfois l’impression qu’à la télévision, il est interdit de parler de tel ou tel sujet, alors qu’en réalité, c’est le journaliste qui s’autocensure. Dans les domaines économiques autant que politiques.
Quelqu’un incarne-t-il pour vous LE journaliste ?
Non, j’essaie de suivre mon propre chemin.

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