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Carte blanche

Carte blanche à David Abiker

Avoir tort contre Clémentine

« Qu’est-ce qu’elle m’énerve cette fille !
— Tu es jalouse parce que tu n’es pas de gauche. »

18 janvier 2006 Je ne peux plus allumer i>Télévision sans voir Clémentine Autain qui a raison. Avoir tort contre Clémentine, le rêve ! Avoir tort contre Clémentine Autain qui a raison, c’est aussi une fatalité cathodique. Qui la contredit bascule immédiatement dans le camp de la réaction, de la vieillesse, de la droite, du Medef, bref de la méchanceté moderne. Avant même d’ailleurs, qu’elle n’ait ouvert la bouche pour vous corriger... Et avoir raison.

Comment peut-on être contre l’égalité ? Je vous le demande. Comment peut-on être contre les faibles ? Je pose la question. Comment peut-on ne pas vouloir plus de parité, plus de droits pour les « sans-droits », plus de toits pour les sans-logement et plus de papiers pour les sans-papiers ? Comment ne pas vouloir être bon ?

Il y a des jours où j’ai un rêve. Je rêve de me faire laminer dans un débat par Clémentine Autain. Laminer, ça veut dire pulvériser, écrabouiller, désintégrer, comme ça, pour le plaisir de devenir une microparticule d’être humain qui a tort. Certains prennent rendez-vous chez la dominatrice, moi j’irais chez Samuel Étienne d’i>Télévision et je commencerais maladroitement comme ça :

« Mais quand même, quand le Medef note que... » Là, je prendrais un premier missile sur le museau, un Clémentine sol-air moyenne portée de deuxième génération... « Écoutez, Monsieur, je pense que dans les “Quartiers”, on n’a pas besoin du Medef pour savoir ce que c’est que la misère sociale et la précarité. »

« Les Quartiers », « la Précarité », deux missiles qui font mouche. Même un premier tir de semonce comme celui-là, je crois que j’aurais du mal à m’en remettre. J’aurais une hélice en moins et ça ferait le même bruit que l’avion de Pépé Boyington dans « Têtes Brûlées » quand l’aile est touchée. Il y aurait une fumée noire dans le ciel, et la terre se rapprocherait dangereusement.

Avant que je ne m’écrase, l’excellent Samuel Étienne essaierait bien de me remettre en piste, mais en vain, car je commettrais une deuxième erreur juste après qu’il m’eut repassé la parole. « Je pense tout de même que... bon... Mais on a quand même une responsabilité individuelle dans le fait de ne pas chercher un... »

Tel Steve McQueen dans « Au nom de la loi », la jeune conseillère de Paris apparentée PC, Clémentine McQueen donc, armerait cette fois son fusil à canon scié. Dans sa ligne de mire ? La terminologie « responsabilité individuelle de l’acteur », le mot de trop, donc.

«  Je crois que l’ultralibéralisme a largement fait ses preuves, Monsieur (ironique). Vous ne croyez pas que votre responsabilité individuelle serait d’être un peu plus concerné par le chômage des jeunes, et notamment celui des “Femmes des cités” ? » Là en principe je suis mort, mais je tente un dernier truc. Je dois aimer ça, ma parole. « Pardonnez-moi, mais en Grande-Bretagne Tony Bla... »

Trop Facile pour Clémentine, elle laisse faire le boulot à Claude Cabanes de L’Humanité qui m’achève sous le regard désolé de Samuel Étienne. Samuel Étienne dont je dis, comme ça, en trépassant, qu’il est un des meilleurs présentateurs télé de sa génération. Je dis ça aussi pour qu’il m’invite encore une fois à avoir tort contre Clémentine Autain en direct sur i>Télévision.

Après ce crash, je prends congé et je rentre au domicile conjugal.

« Ben t’es en retard, t’étais où ?
— Euh ! ben, une réunion qui a traîné. »


 
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