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Dossier

"Comme toujours, on s’adaptera"

par Philippe Gavi

Pierre Wiehn, grande figure de l’histoire de la radio et de la télévision française, a su forcer le respect par son refus de toute pensée préfabriquée. Qui mieux que cet homme espiègle, croisant bon sens et impertinence, pouvait commenter la réforme de la télévision publique ?

Cette réforme ?

Une péripétie dans une histoire qui vient de loin. On peut douter que la méthode choisie soit la meilleure mais, comme toujours, on s’adaptera. Je ne vois pas notre pays privé demain de radios, de télévisions publiques.

La nomination du PDG de la télévision publique par le chef de l’État : n’est-ce pas une régression de l’État démocratique ?

Je ne veux pas avoir un point de vue de catéchiste. Parler de régression voudrait dire que qui tient la télévision publique contrôlerait la vie politique, que le public n’est composé que de neuneus. Il suffirait qu’il regarde la télé pour voter « comme il faut ». Je ne crois pas que la télévision détermine l’opinion publique ; une infinité d’autres facteurs jouent qui tiennent à l’histoire, à l’économie, à la situation internationale, aux aspirations des peuples, voire à la météo. Et puis régression, ça veut dire quoi précisément ? Qu’on se retrouverait au début de la Ve République quand il n’y avait qu’une chaîne et la moitié d’une autre ? Les paysages audiovisuels ne sont pas comparables. Aujourd’hui, on pourrait même concevoir qu’il n’y ait pas de télévision publi-que du tout et les citoyens disposeraient encore de tous les moyens possibles et imaginables d’être informés, distraits, émus, de se cultiver.

Né à Saintes (Charente-Maritime), diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme, sa trajectoire épouse l’histoire de l’audiovisuel français dans tous ses débats. Directeur de France Inter de 1975 à 1981, il a fait découvrir Françoise Dolto au grand public. En 1981, à Antenne 2, aux côtés de Pierre Desgraupes, il est un des pionniers en France de la "programmation". Il met ensuite ses talents au service de TF1 comme conseiller de Patrick Le Lay et d’Etienne Mougeotte. De 1997 à 2003, il sera l’un des neufs sages du CSA.

Est-ce le rôle d’un chef d’État que de s’instituer grand patron des ondes publiques ?

Ce rapport à l’État est consubstantiel à notre identité nationale. Il découle de notre histoire. Depuis des siècles, nous nous vivons comme un peuple enraciné dans son sol, avec des frontières, un État protecteur et un « patron » pour le diriger... et être contesté.

Alors, le nouveau mode de nomination ?...

...n’a que peu d’importance. Les politiques en font des tonnes, mais ce qui les intéresse avant tout, c’est de savoir s’ils vont pouvoir placer leurs leaders dans les JT, les talk-shows, les variétés, sur un canapé rouge, que sais-je ! On se trompe de débat. Je suis plus intrigué par cette idée de créer une « société unique », un grand bazar pyramidal avec des milliers de personnes et, à sa pointe, un président et une direction générale qui règnent, décident de tout, et d’abord des journaux et des programmes. Les décisions dégoulinent ensuite jusqu’aux chaînes-vitrines devenues simples outils de distribution - une sorte de cauchemar monarcho-préfectoral ! Or, le combat de l’antenne se gagne sur le terrain, au plus près du public ; c’est là, dans un flirt de tous les jours, que l’on crée, et non dans les hauteurs de l’institution où l’oxygène de l’invention se fait rare. Que les journalistes, les scénaristes, tous les gens de programmes bénéficient de la plus large autonomie et ils feront chanter le monde avec la sensibilité, la diversité et les rythmes du temps ! Mais je ne m’inquiète pas trop ; le troisième larron, le public, saura se faire entendre par ses choix. Un équilibre s’établira entre les représentants de Dieu-le-Père, en haut, et les représentants de Dieu-le-Peuple.

Comment réagit l’ancien conseiller du CSA quand Sarkozy dit mettre fin à une hypocrisie ?

J’essaie de ne pas me définir par rapport à ce que dit tel ou tel, fût-il Président de la République. Il me suffit de me souvenir que, dans un passé proche, le CSA a traversé sans encombre plusieurs changements de majorité en faisant son boulot. Il lui est même arrivé, quand la majorité des conseillers était supposée de droite, de nommer un « président de gauche » et inversement ! Qui s’en souvient ? Tout est affaire d’hommes. La bonne procédure n’existe pas. L’actuelle, enfin l’ancienne, avait un défaut : c’est le CSA qui nommait, certes, mais c’était l’exécutif, c’est-à-dire l’« actionnaire », qui contrôlait le conseil d’administration. Le CSA a bien d’autres responsabilités à assumer que nommer un président de la télé publique qu’il ne peut même pas changer en cas de crise majeure. Le passé l’a montré.

« L’audiovisuel n’est pas une steppe où quelques cavaliers seuls font la loi. »

Que reste-t-il au CSA ?

L’essentiel. Le CSA a été créé du temps de la diffusion analogique. Dans ce champ d’action restreint, le législateur lui a confié la lourde responsabilité de veiller à ce que pluralisme et diversité soient respectés sur les antennes, publiques ou privées. Avec la révolution du tout numérique, cette mission reste au cœur de son action, plus que jamais, et ce n’est pas une mince affaire. Le CSA est une instance administrative qui n’a pas le pouvoir de réglementation, mais il est souvent amené, par la force des choses, à flirter avec quelque chose qui y ressemble : la « régulation ». Ses décisions peuvent donner lieu à recours devant le Conseil d’État, dont la vigilance est connue. Il est arrivé que le CSA soit recadré, rarement, mais c’est arrivé. L’audiovisuel n’est pas une steppe où quelques cavaliers font seuls la loi. C’est aussi vrai pour l’exécutif : pluralisme, diversité, responsabilité, voilà les colonnes du Temple, les commandements de la loi républicaine. Faire respecter l’autre, sa dignité, sa liberté d’expression, aider à enrichir les contenus, protéger les plus vulnérables, voilà qui légitime le CSA. En tant que régulateur, devoir, dans une société métissée, être attentif aux contradictions du monde, ce n’est pas rien.

Vous semblez vous réjouir de la suppression de la pub. Ne va-t-elle pas affaiblir la télévision publique ?

Les recettes publicitaires représentent moins de 15 % du budget de la télévision publique. Dès lors que la décision de la supprimer a été consacrée par le législateur, il faut trouver un système de compensation. La redevance est chez nous une des plus faibles d’Europe : 116 euros, contre plus de 200 en Allemagne. Pourquoi ne pas s’aligner sur la moyenne européenne ? Évidemment, ce n’est pas populaire, d’autant qu’on reçoit la note en même temps que certains impôts. Alors, que faire ? Quelques provocateurs s’interrogent à haute voix : ne pourrait-on pas restreindre le périmètre de la télévision publique ? France 2, France 3, France Ô, etc., c’est beaucoup : un formidable arrosoir à alimenter en contenus divers, de jour et de nuit, semaine après semaine ; tout cela a un coût. Peut-être aussi pourrait-on dégager quelques ressources supplémentaires à la manière de la BBC qui, avec BBC Enterprises et en s’appuyant sur des pros reconnus, conçoit, produit et exporte des programmes dans le monde entier. Pourquoi pas nous ?

Taxer les opérateurs privés ?

Je trouve bizarre et même malsain, qu’en système concurrentiel, une entreprise privée soit taxée au profit de son concurrent public pour qu’il puisse plus efficacement lutter contre elle. Le comble de l’absurde serait que la télé publique reçoive plus d’argent en étant moins performante et en perdant de l’audience. Il fut un temps où on disait d’un cheval à bout de souffle qu’il était bon pour la « réforme ». Espérons qu’on n’emploie pas le mot « réforme » dans ce sens...

La publicité tirerait vers le bas. Est-elle compatible avec ce qu’Hervé Bourges appelait « télévision populaire de qualité » ?

Dire que la quête d’audience et des recettes publicitaires est sans incidence sur le choix et le traitement des émissions n’est pas réaliste. Pour l’opérateur privé qui vit de la publicité, le problème ne se pose pas, c’est la règle du jeu. Mais le programmateur d’une télévision publique qui vend des écrans de pub a, lui aussi, cette donne dans la tête. La frilosité, même inconsciente ; on est moins enclins à donner une chance à des programmes innovants, donc risqués. Une télévision publique sans pub n’a théoriquement plus le souci de l’audience et de la cible à tout prix. Ce peut être une occasion formidable, à ne pas rater. Imaginons un instant cette télévision libérée de telles entraves, s’adressant à tous : aux jeunes qui ont envie de se retrouver avec une bande de leur âge, aux retraités avides de combler les lacunes de leur culture que la vie active et ses contraintes n’ont pas permis de remplir, aux clercs et intellos, et à tous ceux qu’Orwell appelait les « gens ordinaires ».

À diaboliser la recherche d’audience, ne court-on pas le risque de décrocher du public ?

Bien sûr. Je vois au moins trois dangers. D’abord le jeu égoïste des comités Théodule, des lobbies, des corporations et des coteries de tous poils. « Maintenant que l’Audimat est hors jeu, faisons ce qui nous plaît ! » Ce qui revient à une manière de transfert de propriété ; la télévision qui appartient à tous devient le bien de quelques-uns. Ce fut parfois le cas dans le passé.

Le deuxième risque serait que l’antenne s’éloigne du monde tel qu’il est et s’en remette à une sorte de construction virtuelle. Après tout, la pub témoigne à sa manière de la réalité, avec ses couleurs, ses musiques, ses phrasés, ses désirs aussi. Troisième danger : être complètement sous le joug de Bercy, des grands-prêtres du Temple. Or, une télé ambitieuse a un coût. Qui distribuera la manne ? Selon quels critères ?

Mais comment s’abstraire des formats ? Ils sont mondiaux, le 26 minutes, le 52 minutes... ?

Je ne pense pas à ces formats-là qui mesurent la façon dont le public consomme la télévision. Ce sont des repères. Après tout, Molière construisait ses pièces, la plupart du temps, en trois actes d’environ une demi-heure. Pourquoi ? Parce que les bougies de scène tenaient en gros vingt-cinq minutes. Au bout de l’acte, le noir se faisait et on mettait des bougies neuves. L’arrivée de l’électricité a quelque peu changé la donne ! Non, je voulais parler du formatage et de la standardisation, des idées, des émotions, de ce que le jargon contemporain qualifie de « concept ». Pas de vagabondage des idées et des émotions, mais de la « mesure industrielle ». Exit alors l’innovation.

Innover n’est pas propre à la télévision publique ?

Bien sûr que non. Je dirais même que la télévision privée, et d’abord la « généraliste », est plus que jamais obligée de bouger. Télévision pour tous, issue de l’ère analogique, la voilà attaquée de toutes parts par de nouveaux venus de toutes espèces : thématiques, territoriales, communautaires, etc. Et, par la grâce du numérique, ces signaux sont diffusés en tous lieux ou presque, et reçus sur la totalité des terminaux, sans con-traintes d’horaires. Alors, répéter encore et encore ce qui marchait jusque-là n’est plus possible. Surtout si la télévision publique, délestée de ses contraintes d’argent (on peut rêver !) se fait audacieuse. La prise de risque, qui était hier un danger, peut devenir une assurance vie.

Vous avez développé le concept de programmation, après 1981, aux côtés du président d’Antenne 2, Pierre Des­graupes...

La première règle pour un homme d’antenne est d’être en phase avec le public. Ni au-dessus ni à part, mais en fusion avec lui. Ce qui le traverse, l’anime, l’émeut doit se retrouver dans les programmes. Faut-il pour autant se limiter aux attentes ? C’est Pagnol, je crois, qui affirmait qu’il « faut surprendre le public avec ce qu’il attend ». Encore plus que le fond et la forme des émissions, c’est la qualité de la relation avec le téléspectateur qui importe. Au théâtre, le public est en bas dans l’obscurité et l’anonymat, seule la scène, qui figure le pouvoir, est éclairée. Pas à la télévision : le spectateur se veut partenaire, à égalité. Mieux, et parce que les moyens actuels lui en donnent la possibilité technique, il se voit lui-même acteur, producteur, éditeur... Pas partout, pas toujours bien sûr, mais c’est la tendance. Elle ne peut que se renforcer.

À l’époque d’Antenne 2, la situation était évidemment très différente. Seule constante, l’esprit d’ouverture, la curiosité, la gourmandise. L’antenne d’alors a fait de nouvelles offres, du futile au sévère. Cela a donné « Gym Tonic », à l’époque où les corps devaient exulter. Cela a donné « Les Enfants du rock » de Pierre Lescure pour tout un public de jeunes, et « L’Heure de vérité », autre manière d’organiser les débats. Ou encore « Résistances », « Cinéma Cinémas », et « Psy Show ». Toutes émissions produites et animées par des femmes et des hommes d’une rare qualité venus rejoindre Pierre Desgraupes. Qui se souvient que les journaux de la 2, de la mi-journée et de 20 h, étaient alors les plus suivis, devant ceux de TF1 ? C’était l’effervescence, l’estime en partage. Voilà que je deviens nostalgique.

N’est-ce pas l’honneur d’Antenne 2 d’avoir diffusé avant 20 h « Les Gens d’Ici », donnant la parole à la France d’en bas ?

Ce fut pourtant un échec et une erreur de programmation. L’heure de diffusion n’était pas la bonne. Ce moment où la famille se retrouve au retour du travail et où chacun va partager son histoire du jour avec les autres, plutôt que de se réfugier dans son coin, n’est pas le moment idéal pour faire du docu sociologique. Juste avant 20 h, le plus important n’est pas ce que l’on voit, mais d’être avec les autres. De même, on a fait un bide formidable en diffusant le « Ring » de Wagner, en première partie de soirée, trois lundis de suite.

Les gens ne regardent donc pas toujours ce qu’ils réclament ?

Ils disent aux sondeurs vouloir plus de « culture », mais le moment venu, se mettent aux abonnés absents ! « Faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais ». Après le dîner, les spectateurs ont envie de se détendre, de se mettre « entre parenthèses ». Le sachant, la chaîne ne va pas investir une fortune dans des productions qui ne trouveront pas d’audience à cette heure-là. N’en déplaise aux « experts » autoproclamés, il y a des offres impossibles à 20 h 30, sinon pour des micropublics. La qualité dudit programme n’est pas en cause. Franchement, quel sort aurait aujourd’hui « Les Perses », pourtant formidablement mis en scène, avec les moyens de l’époque, par Jean Prat, face aux dizaines d’offres de détente, actuellement proposées, chaque soir, en début de soirée ? C’est d’ailleurs la raison pour laquelle « Apostrophes » venait en deuxième partie de soirée, le vendredi (jour sans cinéma) avec le succès que l’on sait. Cela ne veut pas dire qu’il faut passer ce type de programme à minuit passé...

Même philosophie pour TF1 ?

J’y ai été conseil au temps de sa splendeur. J’y ai beaucoup appris. Je me souviens d’un séminaire de gamberge à Versailles. Sur un tableau noir était écrit « La quête du sens », un axe prioritaire des nouveaux programmes.

Les moqueurs en ont fait des gorges chaudes. Pourtant, je reste intimement persuadé que les gagnants seront ceux qui s’engagent dans cette voie. Ni les chaînes TNT ni la télé des terminaux n’ont les moyens humains et matériels de le faire. Je ne crois pas à l’extinction des télévisions généralistes. Si elles osent, si elles savent être ambitieuses, attentives aux interrogations du public et à l’air du temps, elles vivront. Pour le bien de tous.

À vous entendre, pas grand-chose ne différencie notre télévision publique des chaînes privées. Pourtant, ce ne sont pas les mêmes programmes...

Vous pensez à Patrick Sébastien ou à Michel Drucker ? Les généralistes sont inscrites dans un cadre commun. On ne peut marquer sa différence qu’à l’intérieur de ce cadre. Quand je dirigeais Inter, après 1975, nous avons lancé le slogan « Écoutez la différence ! » Nous avons joué sur les contenus pour crédibiliser notre promesse. Ce fut le temps d’« Ève raconte » avec Ève Ruggieri, du « Tribunal des flagrants délires » de Claude Villers, avec Pierre Desproges. Et Françoise Dolto, malgré ses légitimes réticences, accepta l’aventure de « Lorsque l’enfant paraît », sur un schéma très strict qu’on a respecté et que le public s’est approprié. RTL aurait très bien pu le faire.

Mais vous aviez une sensibilité très service public ?

J’aurais probablement pris les mêmes risques sur une radio privée. Parce que cela correspondait à une vraie quête du public. Il appartient au programmateur de sentir les attentes. Les études ne disent pas plus qu’une carte Michelin ce qu’il faut faire, où aller, quand, avec qui et comment. C’est l’affaire du conducteur. Acheté sur fonds publics ou privés, un violon reste un violon. Il y a pourtant mille manières d’en jouer.

Vous évoquiez plus haut BBC Enterprises. Pourquoi la télévision française exporte-t-elle si peu ses productions ?

Il y a peut-être un problème d’écriture. Chez les Américains, la télévision est fille du cinéma. En France, la fiction est la fille du roman, notamment du xixe siècle, avec ses scènes d’exposition interminables, descriptions de paysages, analyse des états d’âme. Mais les choses avancent, s’accordent mieux au rythme du temps présent. Regardez le succès des polars : générique, « Allô ! Navarro, j’écoute », et c’est parti. Voyez aussi le succès international du dessin animé français. Il est de bon augure.

« Même si certains se faisaient une vertu de mépriser les "étranges lucarnes", ils ne se privaient pas de les regarder. En cachette. »

Mais pourquoi les séries les plus novatrices - « Lost », « Desperate Housewives », « 24 heures » - viennent-elles des États-Unis ?

Outre-Atlantique, terre d’immigration, les hommes arrivaient des quatre coins de la planète ; c’était Babel et ses langues multiples. Pour jouer son rôle, le spectacle devait être compris de tous ; l’expression physique, le mouvement, l’action l’emportaient sur le verbe. Charlie Chaplin venait du cirque. Et les films d’action américains appartiennent à cette ligne : c’est du cirque, explosions, cascades, exploits. Du coup, tout le monde comprend, aux quatre coins du monde. La télévision américaine et la télévision européenne sont différentes de ce point de vue même si leurs particularités sont en train de s’estomper.

Ce que déplorent les élites françaises, qui dénoncent l’impérialisme du mo­dèle américain et ont tendance à mépriser la télévision populaire.

Pas toutes les élites. Relisez les chroniques de François Mauriac. Prenez de Gaulle aussi. Ce fut un fan d’« Intervilles ». « La Caméra explore le temps », « Lecture pour tous », « Cinq colonnes à la une » avaient leurs fidèles dans l’élite. Même si certains se faisaient une vertu de mépriser les « étranges lucarnes », ils ne se privaient pas de les regarder. En cachette.

Revenons à l’actualité. En quoi le tout numérique révolutionne-t-il la donne médiatique ?

Jamais un nouveau moyen de communication n’a éliminé les anciens. Ils s’addition-naient ; chacun restant sur ses terres, gardant son cadre juridique, financier, professionnel. Aujourd’hui, c’est différent. Un seul système, un seul langage : le numérique. Tout est ou sera compatible. D’après la Genèse, lorsque Dieu a vu que les humains avaient la prétention de s’élever jusqu’à lui, il leur envoya l’ordre des langues. Incapables de se comprendre, ramenés à leur condition de mortels, ils n’ont pas pu achever la tour. Eh bien, la fatalité de Babel est levée. Mieux, le public sort de son statut historique de consommateur ; ancien sujet, il se veut maître, disputant aux professionnels le pouvoir de communiquer. C’est un bouleversement formidable, excitant. Vivement demain, pour connaître la suite.


 
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