La publicité à la télévision de service public m’a laissé d’impérissables souvenirs érotiques. Dans les années 1970 et 1980, et en seulement trente secondes ! Pour exciter un jeune puceau, la pub de l’époque n’avait pas besoin d’en faire des tonnes.
Je me souviens ainsi d’avoir rencontré, dans le poste rond Philips vert canard de la salle à manger familiale, une femme en jupe écossaise et sous-pull en acrylique. Passant devant un miroir, la voilà qui soudainement s’arrêtait et évaluait l’insolent maintien de son buste en se cambrant légèrement pour le faire s’épanouir davantage. On était en 1975 ou 1976. Une voix off se réjouissait : « Voilà une femme qui sait tirer parti de sa silhouette. » S’en suivait un schéma animé et fléché montrant combien les baleines croisées des soutiens-gorge Playtex aidaient les femmes à mettre leur poitrine en valeur.
Les seins n’étaient pas gros. Leur modeste relief se poussait du col dans le reflet de la glace, mais leurs pointes mignonnes ont longtemps aiguillonné mes rêves éveillés.
« Et si on sortait ? », disait l’homme. « Et si on restait ? », proposait la femme d’une voix de velours. J’ai mis quelques années à saisir le sens ambigu de cet échange entre les deux composantes d’un couple hétérosexuel dans une salle de bain française où l’on se lavait avec Camay. Rester propre et baiser tout de suite, ça c’était une jolie promesse. Si, à l’époque, je n’ai perçu que la première partie du bénéfice consommateur, je n’oublierai jamais l’œillade sans équivoque de la fille au savon qui se faisait plaisir toute seule dans son bain en étirant une interminable gambette au-dessus de la mousse.
Elles étiraient la jambe aussi, les frites Végétaline ! Les demoiselles équipées de mignons bonnets étaient toutes en jambes et en fesses. Et c’était bien mon problème à l’époque : ces jeunes frites étaient nues mais n’avaient pas de sexe. Si haut qu’elles lèvent la cuisse, leur bas-ventre était aussi net et glabre qu’une joue de bébé. Le sexe des nageuses, comme celui des anges, était introuvable !
Délicieusement frustrant...
Au tournant des années 1980, je me suis consolé avec la blonde de chez Narta. En voilà une qui savait lever la cuisse ! Tout de blanc vêtue pour incarner une conception immaculée du bien-être et de ce qu’une aisselle de femme doit sentir en fin de journée, la fille de Narta parlait avec gratitude à un déodorant assez lisse mais de forme longue et cylindrique : « C’est fou l’effet que tu me fais ! », lui confiait-elle. Et comme les frites animées de chez Végétaline, cette blonde levait la cuisse encore plus haut, agitant le contenu galbé d’un body blanc autrement plus volumineux que celui du Cœur Croisé de Playtex visé supra.
L’année suivante, la fille de l’anisette sans alcool Pacific sortait d’une eau caribéenne, exhibant sur un ponton de teck un maillot de bain plein à craquer dont l’humidité le disputait à la transparence. On pouvait bien renoncer à l’alcool pour une fille comme ça. Ou y plonger définitivement.
J’ai oublié les égéries suivantes usées jusqu’à la corde par la lessive pour Woolite, la fille qui crevait les écrans Telefunken ou les trois accords au saxo des collants Dim. J’ai fini par devenir adolescent, m’orientant, avec le long-métrage de Canal + le premier samedi du mois, et l’érotique de M6 le dimanche soir, vers une offre iconographique moins allusive.
Je n’ai jamais acheté un gramme d’huile Végétaline, ni savonné le dos de ma femme avec du savon Camay. J’ai eu un problème dermatologique la seule fois où j’ai vaporisé sous mes bras du déodorant en bombe. À 14 ans, j’ai abondamment vomi deux litres de Pacific sur une moquette qui n’en demandait pas tant et sent encore l’anis.
Mais je remercie la publicité de m’avoir initié à l’érotisme. Il fallait bien que quelqu’un s’en charge.

Revue Médias















A bas le Parti Vert ! Vive l’écologie !
Quand on aime, il ne fait jamais nuit
Vive Le Pen !
Les intellectuels jugent les médias - Tome 1
Les intellectuels jugent les médias - Tome 2
Faut-il avoir peur de francs-maçons ?
Cantines : le règne de la mal-bouffe ?
Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?

