Tandis que son assassin prenait la fuite sur sa moto, le 5 avril dernier, à proximité de l’Université Centrale du Venezuela à Caracas, le journaliste Jorge Aguirre a eu le temps de répondre au coup de feu. Non pas en appuyant sur la gâchette d’un Glock 9 millimètres, mais avec l’obturateur de son appareil photo. Son dernier soupir, cette énergie insolite que manifestent, dit-on, les mourants, lui a servi à informer sur sa propre mort. Un ancien policier lui a tiré dessus à bout portant. Lui couvrait une manifestation contre la violence. Le photographe des quotidiens Última Noticias et El Mundo n’était pas reporter de guerre. Sa dernière photo ne fut pas pour fixer à jamais l’image d’un martyr ou d’un héros. Mais celle de son propre assassin. Et ce cliché, publié immédiatement dans tous les médias vénézuéliens, a permis aux forces de l’ordre de résoudre rapidement l’affaire. Le mobile du crime est d’une banalité insupportable. Son auteur affirme qu’il a tiré sur Aguirre, car la voiture où se trouvait ce dernier cherchait à le doubler. Aussi simple et brutal qu’un déclic d’appareil photo.

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