Comment expliquez-vous le succès, dès les années 80, des agences de photographies françaises ?
La vigilance, l’engagement partout dans le monde, des professionnels pleins de ressources, le sens de l’aventure et de la prise de risques... Les « French Photographers » étaient vraiment partout. Ils arrivaient souvent les premiers.
Mais la qualité des images n’était-elle pas la première raison de cette réussite ?
Bien sûr, elle a toujours été très pointue, très haut de gamme. Rappelez-vous la guerre des Six-Jours, en 1967, et les photos exceptionnelles de Gilles Caron.
N’avez-vous jamais voulu intégrer une de ces trois agences ? `
Non. J’ai toujours souhaité travailler pour une agence américaine qui corresponde mieux à ma sensibilité. Je suis devenu membre de Black Star, dirigée par Howard Chapnick, un homme exceptionnel, charismatique, une voix de l’Amérique, respectée partout dans le monde. Je n’avais pas besoin de regarder ailleurs. Je ne voulais travailler avec personne d’autre.
Quand commence le déclin des agences françaises ?
Quand Corbis et Getty sont devenus très présents sur le marché, instaurant une concurrence qui a fini par mener lesdites agences vers la banqueroute.
Leurs patrons étaient de mauvais managers ?
Ils étaient davantage préoccupés par le business que par le sens journalistique dont ils avaient toujours fait preuve à l’origine. Ils ont très vite oublié que leur succès, source de beaucoup d’argent, reposait d’abord sur le travail, la production des photographes, leurs prises de risques permanentes. En raison même des dangers, les clichés qu’ils réalisaient étaient les meilleurs du monde. Les patrons d’agences n’ont pas su partager leurs bénéfices, la réussite financière, avec ceux qui, sur le terrain, en étaient à l’origine. Ils ont très bien réussi, en « businessmen », pour leur propre compte.
Ces échecs ont-ils ouvert un espace pour des jeunes photographes ?
Il existe encore de très grands photographes au talent incontestable, qui ne courent pas systématiquement après l’argent mais après une meilleure qualité de leur travail.
Cette « décadence » des agences françaises n’est-elle pas le signe d’une crise de la presse en général ?
C’est un fait qu’aujourd’hui, il y a de moins en moins de place pour ce type d’images. Les magazines font preuve, à de rares exceptions près, de moins d’audace face au pouvoir de la télévision, donnant la priorité au business le plus facile.
Les agences françaises auront-elles marqué l’histoire de la presse et de la photographie ?
Elles ont déjà disparu. Les agences étaient simplement du business. Seules subsisteront quelques images de valeur.

Revue Médias















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