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Entretien avec Lambert Wilson :

Je ne suis pas un dandy

« Manquant à la pudeur la plus élémentaire, Dois-je, pour les besoins de la cause publicitaire, Divulguer avec qui, et dans quelle position, Je plonge dans le stupre et la fornication ? » (Georges Brassens, 1961). Les choses ont-elles changé depuis ? Selon Lambert Wilson, ce n’est pas si sûr... Décidément, Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées !

Que lisait-on chez vous lorsque vous étiez enfant ?

Mes parents ne lisaient pas les journaux. Mon père était abonné à L’Argus de la presse parce qu’il était le directeur d’un grand théâtre national. J’imagine que de voir son nom dans cette revue de presse lui faisait plaisir, même si, au fond, il s’en fichait un peu. Il était plus attiré par la création que par ce que l’on en disait. Pour cette génération, média égalait critique, un point c’est tout. Quant à moi, ma foi, j’étais comme tous les mômes de l’époque... Je lisais Pilote, Le Journal de Mickey, Pif Gadget. J’ai commencé à m’intéresser à la presse sérieuse en classe terminale. J’étais fasciné par Le Monde, ma première approche de la presse.

Avez-vous gardé cette fascination ?

J’aime bien ce journal qui paraît à une heure où les autres ne paraissent pas. C’est comme une récompense. Il n’est pas noyé dans la masse. C’est celui qui m’intéresse le plus. Cela dit, j’en lis d’autres : Libération, Le Parisien, et j’adore Courrier international. On y trouve un panorama complet de l’information internationale vue au travers de quotidiens et magazines étrangers auxquels on n’a pas accès.

Vous regardiez la télé ?

J’ai des souvenirs très précis des « Dossiers de l’écran », avec cette musique générique volontairement dramatique et le grand film qui donnait lieu à un débat. C’était carrément la messe ! On ne les ratait pas. Il faut dire qu’à l’époque, il n’y avait pas un choix énorme.

« On est en permanence redécouvert par les nouvelles générations de journalistes. Avec ceux que je ne connais pas, il faut tout recommencer depuis le début. »

Vous lisiez aussi en anglais ?

C’est venu plus tard, quand je suis allé à Londres suivre des cours de théâtre. Mais lire la presse est, à Londres, une occupation quasi nationale ! C’est comme au Japon. Le matin, dans le métro, rares sont ceux qui ne voyagent pas le nez plongé dans un quotidien. J’adorais l’Evening Standard... avec son horoscope absolument génial !

Lorsque vous étiez enfant, faisiez-vous la différence entre ce que vous saviez des personnalités que recevaient vos parents et ce qu’on en disait dans les médias ?

Pas tout seul, mon père m’y aidait. Mais l’important de ce qu’il m’a appris est ceci : qui que l’on soit et aussi célèbre que l’on puisse être, on est en permanence redécouvert par les nouvelles générations de journalistes. Comme s’il n’y avait aucune mémoire de ce qui avait déjà été fait et vécu. Je le constate régulièrement. Avec chaque journaliste que je ne connais pas, il faut recommencer tout depuis le début et répondre à des questions qui datent des calendes grecques... ou presque ! Comme si on n’avait jamais rien écrit ni dit sur moi, comme si j’étais un débutant qui vient de faire son premier film ou son premier spectacle. Un nouveau journaliste, et ça repart : « Vous êtes le fils de l’acteur-metteur en scène Georges Wilson ? », « Vous avez fait vos études au Center Drama de Londres ? », « Vous avez eu le prix Jean-Gabin en 1989 ? »... Doit-on encore parler de tout ça ? Je pensais qu’on savait, qu’on pouvait passer à la suite, à ce qui motivait l’interview : le film ou la pièce où je joue, le tour de chant que je donne.

Ça vous irrite ?

Ça donne surtout l’impression de perdre du temps. Catherine Deneuve disait quelque chose de semblable dans une interview récente. Elle se plaignait de la mémoire courte dans le monde du cinéma. On peut penser avoir fait quelque chose d’important qui a eu un gros impact populaire à un certain moment de sa carrière et l’on se rend compte qu’un jeune journaliste qui vient vous interroger n’en a ni connaissance ni souvenir. C’est un peu désolant.

Les médias n’ont pas de mémoire ?

Une personnalité s’inscrit dans l’actualité immédiate et elle est soumise aux aléas du temps qui passe. L’information a des appétits d’ogre ! Prenez le coup de boule de Zidane en juin dernier. Un événement international... qui sera oublié rapidement.

C’est donc une mémoire sélective...

C’est le fait des secrétariats qui fournissent, principalement à la télé, les fiches aux intervieweurs. On ne peut pas échapper aux vieux bazars... C’est un serpent qui se nourrit de lui-même. Les vieilles fiches servent à faire les nouvelles ! Pour moi, c’est simple : mon père, le dandy romantique, et l’engagement pour Greenpeace. Quand j’ai produit mon spectacle de chant, « Nuit américaine », l’an dernier, la même question dite « fondamentale » est revenue : « Etes-vous acteur ou chanteur ? » Entre-temps, j’avais quand même donné deux spectacles musicaux et j’avais eu l’occasion de m’expliquer là-dessus ! Que vouliez-vous que je dise d’autre ? Même chez Fogiel. J’y allais pour parler de musique et présenter mon spectacle, mais non... Il me reposait les mêmes vieilles questions. Et, en prime, il voulait absolument me faire tomber dans le jeu des révélations « exclusives » concernant ma vie privée, ce qui, et je le lui ai dit, à mon sens n’intéresse personne.

Le succès de la presse dite à scandale vous fait mentir...

Je ne crois pas que des révélations d’ordre privé ajoutent quoi que ce soit au talent d’un acteur. Et je ne crois pas non plus qu’elles attirent davantage de public dans les salles. Prenez Anthony Hopkins. Est-il marié ? A-t-il des enfants ? Où vit-il ? Je n’en sais rien et je m’en fiche absolument. Par contre, quand je le vois à l’écran, je crois dur comme fer qu’il pourrait vraiment être le monstre du « Silence des agneaux »...

A une époque, vous aviez créé un magazine ?

Mais non ! Simplement, quand j’étais gamin, j’avais moi-même bricolé un journal perso qui était un mélange d’Elle et de Pif Gadget. Toutes les rubriques - cuisine, déco, beauté, mode, people - étaient présentées par des chiens et des chats. Je dessinais les illustrations, j’écrivais les articles bourrés d’infos que je récupérais dans le magazine féminin que lisait ma mère. Et comme à l’époque il y avait dans ces magazines des échantillons qui étaient offerts, collés aux pages de publicité, j’avais fait la même chose... Mais dans mes pubs à moi, ça devait plutôt être des épingles à nourrice ! J’ai dû faire deux numéros de ce magazine.

Vous auriez aimé être journaliste ?

Ça ne m’aurait pas déplu. J’aime aussi la publicité. En fait, le rapport au public : que ce soit par le biais de l’information, du langage, de la formule ou du mot. C’est peut-être pour ça qu’il m’arrive quelquefois de me voir moi-même comme un objet, un produit sur lequel je dois communiquer...

Il faut avoir une sérieuse dose d’humour et une certaine distance vis-à-vis de soi pour en arriver là, non ?

Et qui vous dit que je ne les ai pas ?

Ça ne cadre pas tout à fait avec l’image que l’on a de vous...

Nous voilà au cœur du sujet ! L’image que vous avez de moi... Et quelle est cette image ? Ne répondez pas, je vais vous le dire : un jeune premier romantique - ce qui entre nous est plutôt flatteur parce que j’ai quand même 48 ans -, un intellectuel bourgeois, une sorte de dandy raffiné à la Proust ou à la Wilde !

D’où vient cette image ?

Des médias en général, et de la télévision en particulier. Ce qui m’ennuie, c’est qu’elle s’est construite au fil des ans, non pas au travers des rôles que j’ai tenus au théâtre ou au cinéma, mais uniquement sur mes apparitions dans les médias, spécialement à la télévision. C’est un personnage parallèle qui déteint sur mon travail d’acteur. C’est sans doute de ma faute. Je n’aime pas beaucoup le monde de la télévision. J’y apparais donc toujours un peu distant. Je choisis mes mots, donc je passe pour un intellectuel ; je ne suis pas habillé dans le genre cradingue, donc je suis un dandy raffiné, précieux, alors même que dans la vie je suis quasiment toujours en tee-shirt et en jeans.

Cette image fixée, forgée par la télévision, à quoi tient-elle ?

L’audience de la télévision est bien plus importante que celle du cinéma. C’est donc l’image qu’un acteur donne de lui à la télévision qui s’impose et perdure. J’ai joué des rôles très différents, de « L’Abbé Pierre » à « Jet Set », de Matrix » à « On connaît la chanson ». Je ratisse large, quand même ! Eh bien, non ! Malgré tout, quand on parle de moi, c’est toujours pour me coller sur le dos cette image du dandy, raffiné, intellectuel, romantique et j’en passe, alors que cela ne correspond pas du tout à mes rôles.

Mais pourquoi cette image passe-t-elle particulièrement par la télévision ?

Parce que c’est de l’image instantanée et qu’elle ne demande pas de la part du téléspectateur un énorme effort de réflexion.

C’est une manipulation ?

Non, c’est un faux éclairage. Je n’aime pas aller à la télévision. Je m’y sens mal à l’aise, pas à ma place. Je n’aime pas non plus les rapports de force que j’y observe. Le public se laisse si facilement leurrer par ces gens brillants à l’antenne, drôles et sympathiques, alors que, lorsqu’on les côtoie sur les plateaux, lorsqu’on a directement affaire à eux, ils sont très différents. Ils me font peur. Ils sont effrayants. Ils illustrent quelque chose de terriblement dur et cruel dans le jeu des pouvoirs.

Vous pouvez refuser de participer à ces émissions...

C’est impossible ! La préoccupation permanente des productions, quand un film sort, est d’envoyer les acteurs et les réalisateurs au casse-pipe dans les émissions d’écoute populaires afin que l’on parle du film ! Or, sur ces plateaux, tout le monde se contrefout de ce pourquoi vous êtes là. Et je ne suis pas certain que ça ne soit pas non plus le cas du public. Certaines de ces émissions s’apparentent aux jeux du cirque : on y est malmené, et c’est la règle. Par exemple, lorsque j’ai commencé à produire mes spectacles musicaux, j’étais parfaitement armé pour me défendre sur le sujet de mon amateurisme supposé ou de l’ambiguïté qu’il pouvait y avoir à être à la fois chanteur, acteur, producteur et metteur en scène... Je ne l’étais pas sur les questions d’ordre privé qui vous tombent dessus au moment où vous ne vous y attendez pas. Le sensationnalisme à tous crins, la confusion des priorités sont les règles du jeu ! Et encore faut-il faire les « bonnes télés », celles que le public regarde. Sans quoi, ça ne sert à rien.

Les films ont besoin de la télé ?

Des médias en général. La sortie d’un film exige de l’information. Comment voulez-vous que le public aille voir un film, une pièce de théâtre, un concert s’il n’est pas averti de leur existence ? Le paradoxe, c’est que dans certaines émissions où l’on sait que vous viendrez parce que vous avez un service à assurer, on en profite pour parler de tout autre chose que du film. A moins, bien sûr, que votre rôle dans ce film soit un personnage scandaleux. Et là encore, on ne vous interroge pas sur votre travail d’acteur pour arriver à crédibiliser ce personnage, mais on veut vous faire dire ce qu’il y a en vous de profondément caché, d’inavouable, de trouble, qui justifie que vous ayez accepté de jouer ce rôle.

Est-ce que cette image vous a gêné dans vos rapports avec des réalisateurs ?

Peut-être, mais je ne le sais pas, et ne veux pas le savoir. Je rencontre souvent des réalisateurs qui me disent que je ne suis pas du tout comme ils m’imaginaient. En fait, la question est : «  A quel moment ça a déconné ? Quand et où exactement ont-ils vu ou cru voir un individu qui a ma tête mais qui n’est pas moi ? Où ai-je commis l’erreur ? » Mais il ne faut pas non plus vouloir tout analyser et tout contrôler. A ce petit jeu-là, on risque la schizophrénie !

Photos : André Rau pour H&K
Photos : André Rau pour H&K

« Je suis persuadé que plus que les gens sont discrets et plus ils sont puissants. C’est une question d’action sur l’imaginaire du public. »

Vous êtes vous-même metteur en scène.

Au théâtre, oui, et je suis bien placé pour comprendre le problème du « raccourci » que doit faire un metteur en scène qui, par obligation, réduit l’acteur à son plus simple - quelquefois à son pire - cliché, parce que distribuer un acteur dans un rôle induit une part de risque énorme. Il faut avoir une sacrée dose de courage, voire des certitudes absolues, et suffisamment d’imagination pour mesurer ce qu’il pourrait faire dans un rôle différent de ce que l’on sait qu’il peut faire. La solution consiste à faire des essais. Je trouve d’ailleurs ça beaucoup plus sain. Là, tout le monde sait à quoi s’en tenir.

Les médias vous font peur ?

Pas du tout ! Je bénéficie d’une sorte de cote d’affection chez les journalistes. Je voudrais simplement que l’on s’intéresse à moi en tant qu’acteur, chanteur ou metteur en scène. Pas pour ma vie privée. Ce n’est pas de l’affectation, croyez-moi. Sans doute une grande dose de pudeur et le sentiment que, personnellement, je ne vois pas ce qu’il y a d’autre que ce que je fais qui pourrait intéresser des gens qui ne sont pas des intimes. Je suis très envieux du mystère dont savent s’entourer ces peintres qui, quand ils décident qu’ils sont prêts, donnent leurs toiles à voir sans apparaître personnellement. Je souhaiterais n’avoir à montrer, n’avoir à défendre, si nécessaire, que mes créations dans les films. Je suis persuadé que plus les gens sont discrets et plus ils sont puissants. C’est une question d’action sur l’imaginaire du public. Regardez Garbo ! Aujourd’hui, les détails anecdotiques de la vie privée envahissent tout l’espace de création et occultent le travail de l’acteur.

On vous a tout demandé ?

Tout. Et j’ai tout donné ! J’ai montré mon appartement, j’ai donné des photos de moi enfant, dans les bras de ma mère ou tenant la main de mon père. Un acteur doit fournir énormément. Je suis le mouvement. Je m’expose, avec le sentiment perpétuel que, malgré tout, ce n’est pas suffisant. Mais qu’est-ce que je peux donner de plus ? J’ai une attachée de presse avec laquelle j’essaie de construire des choses par rapport aux médias. Mais, de leur côté, ils ne savent plus quoi poser comme questions, quoi demander comme photos à des acteurs que l’on voit deux ou trois fois chaque année dans des films. Alors il y a une escalade. Où tout cela va-t-il s’arrêter ? Je garde toute la presse parue sur moi. Eh bien, quand, à l’occasion d’une opération de promotion, je jette un coup d’œil sur les dossiers, il m’arrive de rougir : en définitive, on balance soi-même tout sur soi ! A la fin, on est vidé. J’ai récemment vécu une expérience des plus désagréables. C’était dans une émission en direct sur une télé suisse, menée par un journaliste réputé pour son sérieux, où j’étais venu parler des fables de La Fontaine. Subitement, « la » question, posée crûment et sans préalable sur ma vie privée ! Et là, je n’étais pas chez Fogiel ou Ardisson, parce que, lorsque l’on va chez eux, on s’attend à ce genre d’attaque et on travaille son revers... Non, en Suisse ! Un journaliste de l’importance de Poivre d’Arvor. Et bang ! le sensationnalisme people ambiant.

Qu’est ce qu’un acteur doit donner pour rester dans l’actualité ?

L’événement le concernant devrait suffire. Mais c’est utopique, et, en disant cela, je sais bien que je me rends impopulaire parce que l’on peut estimer que c’est du manque de générosité et de simplicité. Je comprends que le public ait envie, besoin, de mieux connaître les gens qu’il affectionne. En entrant dans l’intimité des personnalités qu’il aime, il a sans doute le sentiment qu’elles font partie de la famille.

Mais un acteur n’a-t-il pas besoin des médias pour vivre professionnellement ?

Un acteur a besoin de montrer régulièrement qu’il est multiforme. Nous sommes sur une montagne russe. Ça monte. Ça descend. Si on reste figé dans la même cabine, on glisse très vite vers le bas en fonction des lois de la gravité. Il faut continuer à travailler, à changer, à surprendre. Le succès est tellement éphémère qu’il faut toujours provoquer le désir, et ne jamais hésiter à aller ailleurs, même - et surtout - là où on ne vous attend pas.

« Lorsqu’on va chez Fogiel ou Ardisson, on s’attend aux attaques sur la vie privée et on travaille son revers ... »

Pourtant, on ne vous voit pas beaucoup dans la presse à scandale...

J’en suis plutôt heureux. Il n’y a d’ailleurs pas grand risque que l’on m’y voie. Parce que je ne suis pas un bon pétard pour cette presse-là : pas assez populaire. Je ne l’intéresse qu’en fonction des actrices que j’approche. Ainsi il y a eu des frémissements avec Sharon Stone, Greta Sacchi ou Demi Moore... Des articles, surtout dans la presse américaine, du genre : «  Son mari s’est précipité en Europe pour récupérer Demi qui a succombé au charme de l’acteur français » ou des balivernes du genre. Il faudrait un vrai gros, gros scandale ! Sinon, je ne suis pas un bon client pour la presse à scandale. Il existe une sorte de loi du silence en ce qui me concerne. On me laisse peinard et je m’en porte bien. Et si je veux passer des vacances discrètes et tranquilles avec quelqu’un, je ne vais pas à Saint-Tropez l’été.

Au moment de l’affaire Marie Trintignant, avec qui vous tourniez à Vilnius, avez-vous été en butte aux médias ?

Oui. A un point choquant même. Des journalistes amis, très proches, quelquefois des parents, m’appelaient pour me « saluer » et, tout d’un coup, je me rendais compte qu’ils étaient en train de faire une interview ! Pire : mon numéro de portable est dans pratiquement toutes les rédactions, donc il m’est arrivé d’être appelé par des journalistes radio et mis en direct sur l’antenne sans même en être averti. Avec toujours cette horrible question : « Quelle est votre réaction ? » ou, après les larmoiements d’usage : « Mais comment cela s’est-il passé ? » Quelle impudeur ! Quelle impudence ! Sordide, sans aucune dignité. On voulait du sang, voilà tout.

Mais n’est-ce pas ce que le public réclame aux médias ? Du sang... sationnel ?

Il ne faut pas mettre tous les médias ni tous les publics dans le même sac. Les médias donnent à leurs clients ce qu’ils attendent. Tout dépend donc de qui lit quoi, qui écoute quoi, qui regarde quoi. Le danger n’est pas que des informations plus ou moins véridiques circulent, mais que ces informations fixent une image faussée qui, elle, perdure dans l’inconscient du public. On oublie le détail d’origine. On garde en mémoire ce qu’il suggère d’une personnalité.

Vous savez quand même utiliser les médias quand cela vous arrange.

Je n’aime pas cette idée d’« utiliser » les médias. Je ne suis pas un manipulateur. Ce que j’utilise, c’est mon accès aux médias pour faire passer, comme ce fut le cas pour Greenpeace, un message d’alerte quand je pense qu’il est de mon devoir de le faire. Et là, je ne suis plus un acteur mais un citoyen qui se sert des médias pour transmettre une information sur un sujet que le public pourrait penser rébarbatif.

Vous avez une stratégie de médias ?

Stratégie... Le mot est un peu fort. J’essaye d’entretenir un rapport permanent avec la presse et je ratisse large. De la presse d’opinion à la presse de jeunes... Les hommes, dans notre métier, ont moins d’opportunités que les femmes à faire les couvertures des magazines. J’ai considéré que c’était important d’engager une attachée de presse pour s’en occuper, tenter d’avoir des idées originales au moment de la sortie des films. Si je bénéficie d’un capital sympathie, c’est sans doute parce que les rédactions savent qu’elles peuvent m’embarquer dans pas mal de directions différentes et qu’il y aura du répondant. Cela dit, j’ai aussi pris des risques. Aller jouer les Candide dans une émission de télévision en direct, où il n’y a que des journalistes spécialisés dans la politique ou le social, demande un gros travail de préparation sur l’actualité et de réflexion personnelle qui permettent, le cas échéant, d’étayer un raisonnement.

Le direct n’a pas que des mauvais côtés ?

La télévision m’a appris quelque chose d’important. Si l’on veut que le propos soit entendu, il faut être clair, rapide, concis. Il faut être médiatiquement efficace. Il n’y a pas de place pour l’erreur ou l’hésitation. C’est un nouveau langage.

C’est un langage que vous pratiquez couramment ?

Je prends des cours...


 
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