Quel pacte avez-vous passé avec le diable pour paraître 10 ans de moins ?
Pour tout vous avouer, cela ne m’arrange pas. J’ai toujours semblé plus jeune que mon âge, ce qui m’a longtemps posé un problème de crédibilité. Mon physique laisse croire que je n’ai rien vécu. Ce côté petit garçon insolent ne m’a pas rendu service. C’est quelque chose dont je me serais bien passé. Mais à 37 ans, je commence enfin à me ressembler.
C’est pourtant ce qui a fait la longévité de Drucker ?
J’espère au contraire, allant dans l’âge, avoir un physique plus marqué, plus buriné, avec plus d’expression.
Vous dites cela avec, derrière vous, le portrait d’Oscar Wilde : une référence à Dorian Gray ?
Je pense être moins machiavélique, moins trouble, moins ambigu que Dorian Gray. Et puis, ce n’est pas moi qui ai choisi le lieu de l’interview.
Vous parlez d’un vécu...
Je n’aime pas beaucoup m’exprimer là-dessus. Si on prend les choses par la fin, je me suis trouvé au mauvais endroit au mauvais moment - en Thaïlande pendant le tsunami. Cette mauvaise expérience a participé à me construire. Mais mon petit parcours de vie, mes embûches, je considère que cela relève de la sphère du privé et je n’ai pas du tout envie de les raconter.
Vous avez d’ailleurs poursuivi des journaux qui ont fait allusion à votre vie privée.
C’est une question de principe, tout en restant de l’ordre de l’accessoire. Ma vie privée, mes choix de vie ne regardent personne d’autre que moi. Je donne beaucoup avec le boulot que je fais, mais si on ne veut pas devenir complètement fou en étant surexposé - même si j’ai longtemps voulu cela et qu’aujourd’hui j’en perçois les limites - il faut absolument garder une sphère privée dans laquelle on ne laisse entrer personne. Je tiens simplement à ne pas tout mélanger, pour éviter de perdre mes repères.
Mais donner une interview à Têtu , c’est un peu contradictoire, non ?
Je ne pense pas. Plein de gens donnent des interviews à ce journal, et cela, quelle que soit leur sexualité. Il m’arrive de donner des interviews au Figaro, sans que ce soit forcément ma famille politique.
Comment vivez-vous votre marionnette des Guignols ?
Très bien. Justement parce que je pense avoir développé une « schizophrénie » entre l’image que les gens ont de moi et ce que je suis réellement. Ma marionnette, je la trouve drôle. Je connais bien Bruno Gaccio pour avoir longtemps travaillé avec lui à Canal et je vois bien quel personnage il veut montrer à l’écran.
Cela vous blesse ?
Pas du tout. J’ai presque l’impression d’être un spectateur comme un autre. De temps en temps, je trouve qu’ils sont à côté de la plaque, mais je ne suis pas du tout blessé. J’apprécie moins quand je m’entends « imité » à la radio ou ailleurs ; mais il paraît que cela vaut pour tout le monde.
On dit que vous êtes ami des stars dans la vie et teigne à l’écran.
Je ne veux pas renier mon image, elle m’a permis de me différencier, d’exister. Il m’arrive de demander des comptes, de ne pas laisser passer certaines choses. Mais pour une interview qui se passe dans l’adversité, il y en a dix qui se passent dans la compassion, l’écoute, l’info pure, parfois l’émotion. Je me considère comme direct, exigeant. Je travaille les dossiers. Je ne laisse pas dire n’importe quoi. Je ne suis pas une teigne pour autant. Reste évidemment quelques interviews qui ont fait « date », qui ont forgé mon image. Mais cette image-là n’est pas représentative de mon travail.
« Je voudrais que Guy Carlier soit moins prévisible, que ses détestations soient moins évidentes. »
On retient plus facilement les personnes que vous avez fait pleurer !
Je n’ai pas fait pleurer quinze personnes ! Pour prendre un exemple précis, on m’a reproché d’avoir fait pleurer Danièle Gilbert. D’abord, c’était il y a dix ans. Depuis, je pense avoir fait quelques progrès et m’être m’arrondi. J’avais demandé à Danièle Gilbert de me raconter sa première nuit en prison après cette histoire de « bague de Ré Danièle [1] ». Le souvenir de cette nuit l’a fait pleurer. Ce n’était pas une question méchante. Évidemment, l’image du type qui a agressé Danièle Gilbert me colle à la peau. Je n’ai jamais pu m’en défaire. Pourtant, j’avais plutôt de la tendresse pour elle. D’ailleurs, quand elle a quitté l’émission, elle était tout sauf offensée.
Il vous est arrivé d’agresser des gens à tort ?
Quand Elisabeth Tessier est venue, on s’est installé dans une espèce de caricature. Elle prête le flanc à ce genre de comportement - d’ailleurs elle m’a écrit un petit mot après l’émission pour me dire qu’elle était très contente et qu’elle s’était beaucoup amusée. Mais le deuxième degré que je voulais installer est mal passé. Je suis apparu comme le petit con qui agressait une vieille dame.
Dans un autre genre, j’ai interviewé le député Christian Vanneste sur RTL, après sa condamnation pour des propos homophobes - il avait notamment déclaré : « L’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité ». Je l’ai pris bille en tête. Ce fut totalement contre-productif. Il n’a évidemment pas pleuré. Mais à l’antenne, je devenais l’agresseur et il endossait l’habit de la victime. J’ai raté mon interview.
Guy Carlier a sa part de responsabilité, non ?
De temps en temps, Guy a le tort de chercher le bon mot pour le bon mot. Quand il défend une idée, j’assume complètement ses propos. Mais j’insiste aussi auprès de lui pour que ses attaques soient portées face aux personnes concernées. Ayant l’esprit de l’escalier, il avait tendance à « balancer » une fois les gens partis. Cela, je ne l’accepte plus. Nous avons eu l’occasion de mettre les choses au point. Je n’ai aucun problème pour qu’il taille un costume à un invité, il est même là pour ça. En revanche, je voudrais qu’il soit moins prévisible, que ses détestations soient moins évidentes : une multinationale n’est pas forcément de la merde, et un type de droite pas forcément antipathique.
On vous accuse de brocarder les faibles et d’épargner les puissants.
Je trouve cette critique parfaitement injuste. Parmi les interviews que j’ai pu mener, il en est une qui m’a valu les réactions positives de confrères, notamment de la part d’Olivier Mazerolles, mon premier patron à RTL : celle de Nicolas Sarkozy. Je l’ai interrogé pendant une heure et demie. Il transpirait... même s’il s’en est bien sorti. Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit une ambulance... ou alors il la conduit ! Il m’arrive peut-être aussi de « tirer » sur les faibles. Dans ce cas, ce n’est probablement pas ce que je fais de plus glorieux, mais ce n’est pas une ligne de conduite.
On vous a reproché d’avoir démoli le père de Jordy.
Il était pathétique mais je n’ai pas du tout l’impression d’avoir été dur avec lui. Ses propos n’avaient ni queue ni tête. Il a parlé pendant douze minutes pour ne rien dire. C’était une erreur de l’avoir invité.
Sarkozy est-il un de vos amis ?
Je le connais depuis très longtemps. Nous avons une relation professionnelle.
Pourquoi alors les Guignols le présentent-ils comme votre parrain ?
Je ne sais pas. C’est quelqu’un que je rencontre, bien sûr ! Je suis passionné par la politique car j’aime être au cœur du système afin de mieux voir les choses. Il m’arrive d’aller dîner place Beauvau comme d’autres journalistes, Michel Field par exemple, mais je ne suis pas dans la connivence. Quitte à décrire un système, autant le connaître de l’intérieur.
Je ne trouve pas que des défauts à Sarkozy. Il n’est pas un ami mais discuter avec lui m’intéresse. Lors de mon dernier dîner place Beauvau - c’était il y a plus d’un an - j’y ai rencontré Patrice Chéreau. Je ne suis pas sûr qu’il soit considéré comme un proche de Sarkozy... On débattait. J’étais content de pouvoir le faire dans un cadre qui n’était pas la télévision : personne n’était dans un rôle établi à l’avance. J’avais la chance d’avoir devant moi quelqu’un de plutôt sympathique et qui répondait à mes questions sans les faux-fuyants et les artifices de l’antenne. Pourquoi m’en passerais-je ?
Avez-vous une sensibilité politique de droite ?
Non, justement. Encore qu’aujourd’hui, le clivage droite / gauche soit un peu archaïque. Les idées sont à prendre un peu partout. Je suis plutôt au centre, avec une sensibilité sociale à gauche et des idées économiques à droite.
Ségolène Royal ?
Plutôt DSK.
La télévision que vous faites contribue-t-elle vraiment aux débats d’idées ?
Bien sûr ! Dans une forme assez ludique qui touche un grand public. Le divertissement permet de développer la tolérance. A travers quelque chose de très accessible, et de léger parfois, je peux traiter de sujets qui, me semble-t-il, contribuent à faire avancer les mentalités. Même si ce n’est probablement qu’une goutte d’eau. On met tous les talk-shows dans le même panier, sans faire de différences entre eux. Sans entrer dans une guerre avec Ardisson, qui fait très bien ce que je ne saurais pas faire, je ne demanderai jamais à un homme politique si « sucer, c’est tromper ? » Cela ne m’intéresse pas. Quand j’interroge un homme politique, je le fais sur ses idées, pas sur sa vie privée.
Pourtant, Arnaud Montebourg appelle au boycott de votre émission, comme d’autres d’ailleurs.
Et parallèlement, il fait le siège pour y être invité... Montebourg - avec qui les émissions se sont toujours bien passées et avec qui je n’ai jamais parlé de rien d’autre que de politique - s’est fait malmener sur le plateau de Stéphane Bern. Il a ensuite fait un amalgame entre tous les talk-shows. Même problématique avec Ségolène Royal quand elle a commencé à parler de « Un gars, une fille » ou de ce genre d’émissions.
C’est très porteur de parler de la télévision. C’est un créneau. Tout d’un coup, on intéresse les médias, on est repris. Quand Montebourg - qui a parfaitement compris comment fonctionnent les médias - parle de « ces émissions qui nivellent par le bas », alors qu’il est le premier à vouloir les faire, il se fait mousser avec un discours médiatiquement efficace. C’est un discours entendu car nous sommes dans une société du spectacle. J’espère seulement que lorsqu’il nous parle de son enquête sur le blanchiment d’argent à Monaco, ses dossiers sont plus travaillés. Raconter que mon micro serait réglé avec un volume plus fort que celui de mes invités pour mieux couvrir leur voix est un délire incroyable et même pathétique. Pourtant, j’aime son côté « empêcheur de tourner en rond » ou « poil à gratter » dans le paysage politique. Mais si c’est gratter en disant autant de conneries, cela n’a plus de sens.
Vraiment, les talk-shows ne se ressemblent pas ?
Entre Cauet, Ardisson et moi, cela s’appelle des talk-shows mais cela n’a rien à voir. Je pense faire une émission où il y a de l’information et aussi du très léger. Elle est produite par une agence de presse qui signe une heure de reportages réalisés par des journalistes qui ont tous leur carte de presse - non pas que cela leur donne une intelligence particulière, mais au moins un statut. Je partage la responsabilité des sujets traités avec un rédacteur en chef. « On ne peut pas plaire à tout le monde » est une combinaison de « talk », d’un peu de « show », mais aussi d’images et d’enquêtes.
« Quand Montebourg parle de "ces émissions qui nivellent vers le bas", alors qu’il est le premier à vouloir les faire, il se fait mousser avec un discours médiatiquement efficace. »
Pourquoi cette détestation, manifestement réciproque, avec Ardisson ?
J’ai été blessé par ce qu’il a pu dire sur moi. Nous étions très amis. Nous avons même passé un week-end ensemble, chez lui en Normandie. C’est lui qui est venu le plus souvent à « TV + », sur Canal, et pendant sa traversée du désert - que je trouvais parfaitement injuste -, je faisais le « monsieur bons offices » avec Jean-Pierre Elkabbach. Je lui faisais valoir que Thierry avait beaucoup de talent, qu’il avait tort de s’en passer. Elkabbach me répondait qu’Ardisson était parti avec trop d’argent du service public (20 millions de francs à l’époque pour rupture de contrat) et qu’il ne pouvait pas le réengager immédiatement.
Quand je suis arrivé sur France 3, il a considéré que je lui faisais de la concurrence et il est entré dans une sorte de parano. C’est devenu très pénible à la longue. Un côté positif : il m’a donné un statut de challenger alors que mon émission passait à 23h45 le vendredi soir sur France 3. En faisant tout ce « buzz », il m’a conféré une légitimité que, normalement, j’aurais mis bien plus de temps à acquérir.
Ardisson est monomaniaque - s’habiller en noir, manger tous les jours la même chose - et je suis, à mon tour, devenu son obsession. Au début, j’ai eu le tort de répondre. Puis, il a franchi une ligne jaune et j’ai décidé de le poursuivre en diffamation. Dire dans une émission enregistrée - où il avait donc tout le loisir de le supprimer - que si j’étais aussi agité sur France 3 c’est que j’avais un « gode » greffé sur mon siège, c’était trop. Il a été condamné. Ses coups bas, sa façon d’essayer de faire décommander des invités avant mon émission, cela m’a insupporté. On m’a proposé mille fois de faire la une de Paris Match avec lui pour la réconciliation. Il était prêt à le faire. Pour le lancement de son livre, il voulait venir dans mon émission sur RTL. Il était candidat à cela. Pas moi.
A part Dieudonné, vous avez d’autres ennemis ?
Il y a certainement beaucoup de gens qui ne m’aiment pas. Dieudonné n’est d’ailleurs pas un ennemi, c’est une erreur, grave, que j’ai commise.
Votre condamnation pour « injure raciale » vous a blessé ?
Oui. Même si je n’ai pas été condamné pour injures raciales, mais pour complicité, c’est déjà trop. Je me suis retrouvé dans deux polémiques assez lourdes, avec Brigitte Bardot et Dieudonné. Face à Brigitte Bardot, je me suis opposé à une espèce de mythe national pour tenter de contrer les propos racistes contenus dans le livre qu’elle venait de publier. Et un an après, j’ai été accusé à mon tour de racisme. C’est contradictoire. Il y a quelque chose d’incohérent dans notre société.
Avec Brigitte Bardot, les téléspectateurs ont eu le sentiment que vous l’aviez piégée.
Madame Bardot était parfaitement informée du déroulement de l’émission. Là encore, mon physique m’a desservi : j’ai été perçu comme le roquet qui s’attaque à la star. J’ai rencontré Brigitte Bardot à Saint-Tropez. J’ai trouvé une femme adorable. Revenir dans la lumière l’amusait : nous sommes vite tombés d’accord sur le principe d’une émission qui lui serait entièrement consacrée. Quand nous avons fixé une date, il n’était pas question de son livre. J’en ignorais jusqu’à l’existence. Trois semaines avant l’émission, elle m’a appelé pour m’informer que son éditeur souhaitait finalement faire coïncider la sortie du livre avec son passage à l’antenne et m’a demandé si j’y voyais un inconvénient. Quelques jours plus tard, je reçois son manuscrit et un petit mot : « Vous allez me détester ! » A la lecture de son ouvrage, j’étais abasourdi. Je l’ai alors informée que la deuxième partie de l’émission serait consacrée à son livre en prenant le temps nécessaire pour qu’elle puisse s’expliquer. Je ne l’ai pas prise au piège.
Vous préférez interviewer Jacques Chirac avant le référendum ?
Je n’étais pas vraiment en position d’intervieweur. J’étais plutôt un go-between. Bien sûr, cela m’a intéressé. Interroger le président de la République puis Marc Lavoine sur un autre sujet n’est pas incompatible. Le téléspectateur qui s’intéresse à ce que raconte Jacques Chirac peut aussi s’intéresser à Marc Lavoine. Je m’emmerderais si je ne faisais que l’un ou l’autre. C’est le mélange qui m’amuse.
« Les coups bas d’Ardisson, sa façon d’essayer de faire décommander des invités avant mon émission, cela m’a insupporté. »
Vous travaillez beaucoup vos dossiers ?
Oui, surtout quand je ne connais pas les sujets et qu’ils sont compliqués. Gilberte Beaux, la banquière de Jimmy Goldsmith, et Franck Dubosc pour « Camping » ne me demandent évidemment pas le même travail. J’ai fait une interview de Marthe Villalonga sur RTL pour « T’y es belle » dans laquelle je voulais sortir de la caricature que l’on brosse habituellement de cette actrice. Je me suis donc plongé dans son dossier plus d’une demi-journée, pour aller au-delà de son image médiatique. Je pense que l’interview était bonne. Elle s’est livrée plus qu’ailleurs, en parlant des harkis par exemple. Comme je n’ai pas de plus-value particulière, comme Cauet par exemple, je construis ma différence sur le travail.
Quand vous étiez petit, vous étiez gros. Est-ce pour cela que Guy Carlier a accepté de vous rejoindre alors qu’il s’était toujours refusé à la télé jusqu’alors ?
Il est vrai que lorsque nous nous sommes rencontrés lors d’une émission d’été sur France Inter, il m’avait fait raconter mon « mal-être » par rapport à mon corps. Je lui avais dit : « Je suis toujours gros dans ma tête. » Il m’avait répondu, alors qu’il pesait déjà 240 kg : « Je suis toujours mince dans ma tête. » Cela nous a rapprochés.
En maigrissant il devient, dit-on, trop gentil. Ça n’a pas été vrai pour vous.
J’espère qu’un jour mon image sera conforme à ce que je suis. Je ne pense pas être gentil mais je suis honnête.
Quand vous étiez petit, vous rêviez déjà d’être une star.
Je rêvais d’être journaliste à RTL. Et c’est vrai, la notoriété m’attirait. Malgré mes neuf années d’analyse, je n’en ai toujours pas bien démêlé les raisons. Ce que j’ai compris aujourd’hui, c’est que je me passerais bien de cette notoriété, de ses inconvénients.
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- Marc-Olivier Fogiel et Ariane Massenet posent ensemble pour une campagne de lutte contre le Sida.
- photo : Philippe Robert
Votre modèle ?
J’étais un fan absolu d’Yves Mourousi pour ce qu’il a fait, mais aussi pour la façon dont son physique l’a accompagné.
Et les bouquets de fleurs que vous offririez à vos stars préférées ?
C’est une invention. A l’époque, je faisais la 100e de « TV + » et on m’a proposé d’être le portrait de la quatrième de Libération. Assez bêtement, j’ai dit oui, par ego surdimensionné je suppose, ou par narcissisme. C’est Pascale Nivelle qui a fait le portrait. J’en étais très flatté, je trouvais ses comptes rendus d’audience du procès Papon remarquables ! Le résultat fut un assassinat - ce qui est une chose -, mais surtout un papier bourré d’erreurs. Je ne suis pas le « forcené du bouquet de fleurs » qu’elle décrit. Et mon prétendu empire de marbre n’était qu’un immeuble, assez sale à l’époque, dont nous n’étions locataire que d’une petite partie... Je n’ai même pas compris de quoi elle parlait. Finalement, je lui ai fait parvenir un bouquet de fleurs avec un mot : « Pour être fidèle à votre caricature. »
Pourquoi cet intérêt pour le procès Papon ?
J’avais un homonyme qui était partie civile. Et surtout, une grosse partie de ma famille a été déportée...
Le fait d’être juif compte pour vous ?
Je suis le seul de ma famille à être athée. Je crois en quelque chose, mais je ne sais pas très bien en quoi. Alors que nous avons reçu la même éducation, je n’ai pas le même sentiment d’appartenance à une communauté. Je ne me définis jamais en tant que juif, mais ce faisant, j’ai l’impression de renier une filiation et je « deviens en souffrance de mes parents ». En analyse, je travaille beaucoup sur cette question.

Revue Médias















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