Revue Médias
Accueil du site > La Revue-Médias > n°13 > Jean-Jacques Bourdin en version talk
Radio/Télé

Jean-Jacques Bourdin en version talk

par Serge Guérin

Il y a seulement dix ans, personne n’aurait parié un euro sur RMC Info. Aujourd’hui, son audience progresse, son auditoire se rajeunit grâce à un cocktail d’infos, d’interventions du public et de sport en direct. Jean-Jacques Bourdin personnifie cette réussite.

Il y a des voix de radio comme il y a des physiques de notaires. Échappe-t-on à son destin morphologique ? Le directeur délégué et conseiller du président de RMC a une belle gueule, un physique de rugbyman et une démarche légèrement chaloupée. Il aurait pu faire du cinéma ou tourner dans des séries policières. Mais non, Bourdin c’est le journalisme et la radio. Depuis bientôt six ans, il anime la tranche du matin de RMC Info où il jongle avec alacrité et faconde entre les interviews de décideurs, les tranches d’infos et les interventions en direct des auditeurs.

L’homme n’en est pas à son coup d’essai : durant dix bonnes années, il a été l’animateur de l’émission « Les auditeurs ont la parole », sur RTL. Déjà, il s’était taillé un joli succès. « J’avais proposé à la direction de RTL de développer ce concept, sans être suivi », explique-t-il. Aussi, quand Alain Weill, ancien n° 2 de NRJ et grand artisan du développement de la station musicale, décide de se mettre à son compte et de reprendre RMC pour la positionner sur le format « talk et sport », Jean-Jacques Bourdin fait le grand saut.

« J’ai eu envie d’accompagner Alain qui a eu l’intelligence de parier sur le sport et le désir des gens de s’exprimer directement. Nous n’avons rien inventé, ce format existe depuis longtemps aux États-Unis, mais en France, c’était une révolution. » Bourdin est d’ailleurs actionnaire du groupe qui englobe aujourd’hui BFM et BFM TV, sans compter le rachat récent des publications professionnelles du Groupe Tests, spécialisé dans l’informatique. Petit actionnaire, précise-t-il.

Jean-Jacques Bourdin ne cache pas son plaisir à animer les matinales de RMC Info. «  La force du talk, c’est que rien n’est prévisible, il n’y a pas une journée qui ressemble à une autre. D’ailleurs, au fil de la matinée, je m’adapte à l’actualité, je réagis aux interventions. Bref, c’est un grand bonheur professionnel. » Évidemment, cela demande du doigté pour maintenir une ligne de flottaison entre la conversation informée et l’invective ou la provocation. Même problème avec son blog. Jean-Jacques Bourdin a été obligé de faire appel à un modérateur pour vérifier les propos des internautes avant de les publier. Peu sensible au politiquement correct, il croit à la vertu de la libre parole. Ce n’est pas le genre à établir des hiérarchies entre les réactions de chacun en vertu de son rang social. Pas davantage celui de laisser dire n’importe quoi.

« Bourdin réfute tout procès en populisme : laisser la parole aux autres est une façon de sortir du confort intellectuel. »

« Je déteste la censure, mais pour autant, je refuse les propos hors la loi et les calomnies. Ma conception du journalisme, c’est de permettre l’expression de témoignages, mais en les vérifiant. Ouvrir simplement son micro aux autres, ce n’est pas faire du journalisme. Notre rôle est toujours le même : vérifier les sources, recouper les infos. » Le témoignage doit permettre de donner corps à certaines réalités : « Entendre une infirmière expliquer son quotidien aide à mieux comprendre les raisons d’une grève de ses collègues. » Mais Jean-Jacques Bourdin réfute tout procès en populisme : le fait de laisser la parole aux autres est pour lui une façon de sortir du confort intellectuel, d’embrasser d’autres réalités, d’autres regards. Pas moins, pas plus. C’est le « Penser contre soi-même » de Péguy. « Les journalistes vivent beaucoup trop en vase clos. » Bourdin se souvient qu’à ses débuts sportifs, il était « pratiquement impossible de dialoguer avec des journalistes d’autres rubriques ».

Ce natif d’Alès n’est pas un héritier. Bac cuvée 68, il a multiplié les jobs, fut VRP (écoutant RMC dans sa voiture) avant de rencontrer par hasard Raymond Castans, le grand patron de RTL. Une altercation homérique sur un résultat sportif poussera ce dernier à proposer au jeune Gardois de monter à Paris pour suivre le rugby. Sa vie change en cinq minutes. Ensuite, c’est la présentation des journaux du matin ou de la mi-journée puis la découverte, avant l’heure, de l’interactivité.

Pour parler de Bourdin, personne ne remplace Anne Nivat, grand reporter de guerre : « Jean-Jacques aime les gens, c’est ce qui fait la différence. Nous avons la même façon de pratiquer le journalisme : je passe par l’écrit, lui par l’oral, je suis focalisée sur l’international et lui sur la France, mais pour travailler, nous nous installons chez les gens, pas à l’hôtel, et nous les faisons intervenir plutôt que de parler à leur place. »

Bourdin fréquente peu ses pairs en dehors des heures de bureau... « Ma vie sociale est totalement déconnectée du secteur. Je suis au lit chaque soir à onze heures et ne fréquente jamais les cocktails ni les people. » L’explication ? « Le confort plutôt que l’éthique : cela m’évite d’avoir des comptes à rendre ou des renvois d’ascenseurs à faire. » Ni ménages ni passe-droits. « Il arrive qu’un auditeur me propose de venir dans son restaurant. Si je peux, j’y vais car j’adore le contact direct. J’accepte qu’il m’offre l’apéro mais je paie mon repas. »

Il y a aussi du marathonien chez cet homme qui, debout chaque matin à 5 heures, tient l’antenne non-stop de 7 à 11 heures. À la station, il commence sa journée par la lecture de la presse et des e-mails des auditeurs. « Bien sûr, j’ai préparé la veille quelques interviews, mais j’improvise tout au long de la matinée en fonction de l’actualité et des réactions. » «  C’est un perpétuel optimiste qui a toujours le même plaisir à aller rencontrer les gens », dit encore Anne Nivat. Tenir ce rythme, rester sur le fil du rasoir quatre heures durant relève de la prouesse physique et mentale. « J’ai une équipe de jeunes formidables qui m’aident à tenir la distance. » Comme un acteur, la présence des auditeurs de l’autre côté du poste le galvanise. « Je les sens avec moi, ils sont très présents. »

« Tenir le rythme, rester sur le fil du rasoir quatre heures durant relève de la prouesse physique et mentale. »

Le journaliste aime son public mais n’est pas insensible à ses invités... « Nous avons eu un coup de foudre réciproque alors qu’il m’avait invitée à son émission pour parler de mon livre “Lendemains de guerre”. Nous ne nous étions jamais vus auparavant », s’amuse Anne Nivat. Et comme ces deux-là ne font pas les choses à moitié, après avoir eu un enfant, ils ont décidé d’écrire ensemble un livre sur le parcours de monsieur. Ce sera « À l’écoute » qui sortira fin août.

Écouter « Bourdin & Co » le matin permet de comprendre combien l’info passe parfois difficilement, de sentir la complexité de la décision politique, de mesurer le flou des idéologies et des repères. Hygiène nécessaire (et pas toujours plaisante) qu’il faudrait peut-être prescrire aux décideurs et à leurs conseillers. Et puis la station fait l’actualité : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se souviendront longtemps d’avoir été coincés par Jean-Jacques Bourdin sur la question des sous-marins. De quoi couler une campagne présidentielle. Allez chauffe, Jean-Jacques, chauffe !


 
Contacts | Mentions légales | Plan du site | | | Suivre la vie du site RSS 2.0 | [Site Oniris Productions sur Spip]