Dans les montagnes de Colombie, on estime à plus de trois mille le nombre de personnes séquestrées. Parmi elles, des membres du Congrès, des militaires et des policiers, que la guérilla considère comme des « détenus politiques. » Leur libération dépend de négociations entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). On trouve aussi les « détenus économiques », qui ne recouvreront la liberté que lorsque leurs proches en auront payé le prix. Dans ce sinistre marchandage, les tarifs oscillent entre 100 000 et 2 millions de dollars.
La cruauté de cette situation se mesure en temps et en douleur. Certains otages sont séquestrés depuis sept ans, comme le colonel de police Luis Mendieta Ovalle, ou comme Delio Arango Maya, un paysan dont la famille n’a plus jamais eu de nouvelles. Un record ! Mais les prises d’otages qui se comptent en années n’ont rien d’exceptionnel en Colombie : six ans pour Enrique Márquez, cinq pour le lieutenant Elkin Hernández, quatre pour Diana Reyes. Quant à Clara Rojas et Ingrid Betancourt, leur détention dure depuis trois ans. La liste est longue...
Rafael Manzano est directeur des programmes de Caracol Radio en Colombie. Il estime que « la mobilisation de l’opinion publique par les médias peut aider à couper les preneurs d’otages d’une partie de leur base sociale et politique, et c’est important. En Colombie, ce phénomène ne s’est pas encore produit, sans doute parce que la séquestration fait partie du paysage. Et dans la mesure où elle s’est banalisée, elle ne suscite pas de réelle mobilisation. » Pour Darío Arizmendi, ancien directeur des informations de la même radio, la mobilisation de l’opinion est positive dans la mesure où elle met les ravisseurs sous pression ; ils apparaissent comme des « criminels » et cela peut les déstabiliser. Un argument qui n’est pourtant pas de taille à les faire renoncer, au vu du caractère lucratif des prises d’otages, considérées par les guérilleros comme un véritable « impôt » destiné à financer leur mouvement.
L’isolement des FARC, tapies au fin fond de la forêt colombienne, ne les empêche pas de s’exprimer, via l’hebdomadaire Voz, par exemple. Son directeur, Carlos Lozano, escorté pour des raisons évidentes, explique : « Si la mobilisation s’accompagne d’une volonté populaire en faveur d’un “accord humanitaire”, elle saura émouvoir le guérillero qui assiste au déploiement massif d’une force civile et démocratique. En revanche, si la mobilisation était hostile à un accord humanitaire, l’action des médias jouerait un rôle négatif. D’une part, parce que le guérillero penserait que la population attend de lui une retraite militaire. Ensuite, parce que cette mobilisation stimulerait la position des politiques qui, au sein du gouvernement, défendent le principe d’une libération des otages par la force. Cette situation mettrait même les otages en danger. »
Détenu à la prison Modelo de Bogotá, Alias « Alirio » est un guérillero accusé d’avoir participé à la séquestration du richissime citoyen japonais Chikao Muramatsu. De son point de vue, la médiatisation est bénéfique : « Plus la population se mobilisait, plus de publicité était donnée à cette affaire, plus vite serait payée la rançon. » Pas tout à fait exact cependant, puisque l’armée colombienne est intervenue et qu’un guérillero a abattu le Japonais dans le dos, tuant ainsi l’otage le plus cher de l’histoire de la Colombie : 30 millions de dollars !
Le général Manuel José Bonnet a été commandant des forces armées en Colombie. Il estime que la presse joue un rôle extrêmement important dans le contexte des prises d’otages. Tout en nuançant aussitôt : « Le risque pour l’otage, c’est l’excès. En Colombie, la presse est excessive. Elle veut connaître et couvrir les événements avant même qu’ils ne se produisent ! La presse veut avoir le contact avec les ravisseurs et l’otage avant les forces de police ou l’armée. »
Madame Yolanda Pulecio, mère de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle Ingrid Betancourt, affirme que « sans l’enlèvement d’Ingrid, en Colombie, ce genre de délit serait resté anonyme au niveau international. Ingrid a donné un visage aux prises d’otages et les mobilisations en France ont contribué à maintenir la vigilance sur son sort ».
Herbin Hoyos Medina est le directeur du programme radio « La Voix des Otages »

Revue Médias















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