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A contre-courant

Le BD reportage et ses maîtres

par Jean-Michel Boissier et Hervé Lavergne

Avant le salon d’Angoulême, gros plan sur un couple vedette : journalisme et BD.

Les Américains l’appellent « comics journalism » ou « graphic journalism ». Autrefois, l’expression désignait les spécialistes, les critiques de bandes dessinées, les incollables des phylactères. Depuis une vingtaine d’années, elle s’applique à une nouvelle tribu de reporters qui ont troqué le clavier, l’appareil photo, le micro ou la caméra contre les crayons, les stylos et les encres - surtout noires. Le BD reportage (appelons-le comme ça) a ses héros internationaux : Art Spiegelman, le génie graphique de « Maus », descente hallucinée dans l’enfer des souris déportées et des chats bourreaux d’Auschwitz, et Joe Sacco, Maltais vivant aux Etats-Unis, qui publie avec un grand succès ses reportages puissants et engagés, de la Palestine à la Bosnie.

Du coup, de nombreux journaux états-uniens se sont mis à ouvrir des rubriques dessinées, à l’exemple de The Oregonian et sa « Culture-Pulp », où le dessinateur M.E. Russell raconte ses aventures personnelles et ses enquêtes locales, ou du Willamette Week, de Portland (du même Oregon), qui utilise la BD pour ses critiques musicales et ses interviews de groupes... Quant au prestigieux New Yorker, havre depuis 75 ans des meilleurs cartoonists, il a envoyé les stars de la profession sur le terrain : Art Spiegelman à la Convention nationale des Républicains en 2004, et Robert Crumb en pérégrination désopilante au festival de Cannes... En France, Libération et Le Monde 2 ont accueilli des planches de Joe Sacco et de Marjane Satrapi, et le magazine TOC publie chaque mois de brillants reportages dessinés de François Olislaeger.

"Le photographe", Guibert/Lefèvre/Lemercier, Dupuis, 2003
"Le photographe", Guibert/Lefèvre/Lemercier, Dupuis, 2003

La France, précisément, abrite une bonne poignée de ces nouveaux « BD reporters », comme Guy Delisle ou Riad Sattouf (voir ci-dessous), et aussi des dessinateurs inscrivant leur biographie dans la description historique et politique de leur pays, tels la jeune Iranienne Marjane Satrapi (« Persépolis », L’Association 2000-03) ou le moins jeune Russe Nikolai Maslov (« Une jeunesse soviétique » et « Les Fils d’Octobre », Denoël Graphic 2004 et 2005). Mentionnons encore Titouan Lamazou et ses chatoyants « Carnets de voyage » (Gallimard), ou l’immense Tardi qui, s’il traite peu du présent, nous fait partager par sa puissance d’évocation et son acuité du détail des moments, qu’on dirait vécus, de la Grande Guerre ou de la Commune (« Le Cri du peuple », Casterman). Enfin, hommage doit être évidemment rendu aux pionniers : Jano, qui plonge depuis 20 ans ses rats de ville et de brousse Kebra, Keubla et Kemi dans le bain acide des réalités suburbaines et africaines (voir ses albums aux Humanoïdes associés) ; et surtout Charlie Hebdo et son géniteur Hara-Kiri, qui lancent depuis plus de 40 ans les meilleurs limiers du trait qui tue (Reiser, Gébé, Wolinski, Cabu, Willem et leurs héritiers) à l’assaut de la bêtise, de l’injustice et de... l’information. Mais revenons à la première planche.

"Dans la secte", Pierre Henri/Louis Alloing, La boîte à bulles, 2005
"Dans la secte", Pierre Henri/Louis Alloing, La boîte à bulles, 2005

Le BD reportage a trois sources principales : le dessin de presse, l’illustration de presse et la bande dessinée. Le premier est presque aussi vieux que son support lui-même et s’impose en France dès 1830 avec La Caricature, créée par Charles Philippon, qui publie les dessins de Grandville, Daumier et Gustave Doré. La deuxième accompagne la presse aux premiers âges de la photographie : en France, son plus célèbre représentant, L’Illustration, affiche à partir de 1843 et pendant près d’un siècle ses accrocheuses couvertures dessinées par Scott, Sabattier, Fouqueray ou Jonas, lesquels s’inspirent très librement de témoignages et de documents, sans jamais avoir mis les pieds dans les lieux concernés. Quant à la bande dessinée, la vraie avec des bulles, elle naît officiellement aux Etats-Unis en 1896 dans le New York Journal avec « The Yellow Kid » (et un an plus tard avec les immortels « Katzenjammer Kids », nos « Pim, Pam et Poum »).

Le BD journalisme a deux maîtres vénérés : Robert Crumb, père de « Fritz the Cat » et chroniqueur de l’underground américain des années 60 et 70, sorte de Bob Dylan de l’art graphique (voir son premier « Yum Yum Book », récemment réédité par Denoël Graphic), bien vivant et toujours d’attaque dans le sud de la France, mais fuyant comme la peste tout contact avec la presse non dessinée... Et surtout, le regretté Will Eisner (1917-2005), créateur du légendaire « Spirit » et, en 1978, du premier « roman graphique », « A Contract with God » (« Un contrat avec Dieu », Delcourt G Productions, 2004) : ce pionnier du BD journalisme vient de nous léguer « Le Complot » (Grasset, 2005), une enquête magistralement menée et dessinée sur « l’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion ».

"Pyongyang", Guy Delisle, L’Association, 2003
"Pyongyang", Guy Delisle, L’Association, 2003

Enfin, le BD journalisme a un modèle de papier : Tintin, le reporter du Petit Vingtième, qui, certes, n’écrit jamais d’article, sauf dans sa première aventure « au pays des Soviets », mais mouille sacrément la chemise dans ses enquêtes...

Et donc, à quoi reconnaît-on un BD reporter ? D’abord, il (ou elle) ne suit pas les conventions journalistiques : il se place au cœur de l’histoire, abhorre le « nous » neutre et effacé, étale ses préjugés et ses émotions, couvre un large spectre de temps, d’espace et d’expériences. Art Spiegelman le revendique clairement dans la Columbia Journalism Review : « La prétendue objectivité de l’appareil photo est une convention et un mensonge au même titre qu’écrire à la troisième personne au lieu de la première. Faire du BD journalisme, c’est manifester ses partis pris et un sentiment d’urgence qui font accéder le lecteur à un autre niveau d’information. » En ce sens, le BD journalisme se rattache aussi à la tradition d’Albert Londres et à ce qu’on a appelé aux Etats-Unis le Nouveau Journalisme, représenté parmi d’autres par Michael Herr (et son sidérant « Putain de mort » sur la guerre du Viêt-nam, écrit en 1968), Tom Wolfe (« Acid test », « Le Gauchisme de Park Avenue », « L’Etoffe des héros », « Embuscade à Fort Bragg », etc.) ou, plus déjanté encore, le regretté Hunter S. Thompson (« Las Vegas Parano », « Nouveau testament gonzo »).

"Retour au collège", Riad Sattouf, Hachette 2005
"Retour au collège", Riad Sattouf, Hachette 2005

Ensuite, le BD reporter passe son temps à remplir des cases et noircir des bandes, des comics (en anglais, le mot désigne à la fois le dessin de presse et la bande dessinée). Leur force principale, c’est le « com-mix », s’amuse Art Spiegelman, le mélange de mots et d’images. Plus finement, Scott McCloud, auteur de « L’Art invisible, comprendre la bande dessinée » (Vertige Graphic, 1999), y voit le mixte de cinq éléments : la nature iconique des images ; l’acte de montrer plutôt que de dire ; la fragmentation des images où le lecteur « observe les parties mais perçoit la totalité » et participe donc à la création de l’histoire ; l’espace, le hiatus entre les images, où le lecteur fait mentalement avancer le récit ; enfin, l’intimité entre l’auteur, le sujet et le lecteur dans l’acte d’interprétation du récit. Par là même, ce qui différencie fondamentalement le BD journalisme du photojournalisme, c’est que ses images ne fonctionnent jamais seules et ne concentrent pas toute l’histoire en un moment fugace ; et ce qui le différencie de la vidéo et du cinéma, c’est que l’ensemble de ses images peut être contemplé simultanément.

"Les damnés de Nanterre", Chantal Montellier, Denoël, 2005
"Les damnés de Nanterre", Chantal Montellier, Denoël, 2005

Mais là où le BD reportage ne ressemble à aucun autre médium, c’est dans le rôle qu’y joue le reporter. Il est présent en permanence, pas simplement comme une voix ou une tête parlante (Hello, Michael Moore), mais comme un point de vue moral et un participant aux événements décrits. Et nous voyons alors l’évidence : le journaliste n’est pas un tuyau neutre transmettant de l’information, mais une personne comme nous, faillible et vulnérable aux préjugés, à l’ignorance et à l’erreur. En mettant en avant sa propre humanité, le BD reporter encourage ses lecteurs à garder la distance nécessaire avec ce qu’ils lisent. A cela s’ajoutent les propriétés narratives particulières du BD reportage : il ne s’agit ni d’histoires illustrées, ni d’images commentées, mais d’une interaction incessante entre l’image et le texte où chaque élément conserve un certain degré de liberté et d’autonomie. Pour cette raison, la bande dessinée est remarquablement appropriée pour décrire la fragmentation de l’expérience pendant une crise sociale ou politique, ou des points de vue incommensurablement opposés au cours d’un conflit (Israël/Palestine, Afghanistan, Irak, etc.). L’indépendance des mots et des images, tour à tour objectifs et subjectifs, a une autre vertu : les tensions qui naissent entre eux soulignent les incertitudes, les ambiguïtés, voire l’ironie et l’humour des situations décrites, ce que les autres médias ont tendance à éviter ou à méconnaître, volontairement ou non.

Au final, c’est bien ce puissant sentiment d’investissement personnel, tant du journaliste que du lecteur, qui fait la nouveauté, le plaisir et le caractère unique du BD reportage, excitant croisement du 9e art et du 4e pouvoir. Pour Jean-Luc Fromental, scénariste multimédia et directeur de Denoël Graphic, bras dessiné de Gallimard, il y a là de quoi se réjouir : « Non seulement le BD reportage élargit à la fois le territoire et le public de la bande dessinée, mais il répond à la saturation des images en général et à la plate hégémonie de l’image télé en particulier... par l’image et par le style. »

Apparemment, le BD reportage répond par la même occasion à la saturation des mots et à la plate hégémonie du style « neutre et objectif » : ainsi que le disait Joe Sacco dans une interview au Toronto Star en 2003, « un journaliste va écrire dans un article : Les rues de Gaza sont très boueuses. Mais combien de fois peut-il l’écrire ? Alors que moi, je peux les montrer en permanence à l’arrière-plan, et elles collent à l’esprit du lecteur comme elles ont collé à mes chaussures. »

Voici quelques albums de BD reporters récemment parus et remarqués, illustrant au sens littéral du terme trois genres journalistiques éprouvés : le grand reportage, le fait divers, l’enquête de société.

GUIBERT, LEFEVRE, LEMERCIER

LE PHOTOGRAPHE tomes 1 et 2 (Aire Libre, Dupuis, 80 pages, 12,95 euros le volume)

« Le photographe » est le récit, mis en images par Emmanuel Guibert, de la première mission photographique qu’effectua Didier Lefèvre en Afghanistan en juillet 1986 avec Médecins Sans Frontières. L’équipe accompagnait une caravane armée de moudjahidin cheminant à dos d’âne et de cheval à travers cols et montagnes, du Pakistan à l’Afghanistan, sous la menace des hélicoptères soviétiques. Au récit dessiné (une vraie BD avec une histoire, des personnages et des bulles) font écho les séquences photographiques en noir et blanc du reportage original. Ce montage, par lequel le dessin et la photo échangent leurs pouvoirs, produit deux effets symétriques : le récit donne aux photos un cadre narratif, en même temps qu’il raconte leur genèse, aiguisant le regard et la curiosité du lecteur, l’invitant à les scruter, à rechercher en elles tel ou tel détail ; et inversement, la photo dote le récit d’une épaisseur humaine et dramatique, d’un « effet de réel » que la bande dessinée serait - peut-être - impuissante à produire, réduite à ses seuls moyens d’expression...

GUY DELISLE

PYONGYANG (L’Association, 180 pages, 22 euros)

... A moins justement que la réalité soit elle-même plus folle que la plus folle des fictions. Dans « PyongYang », Guy Delisle raconte en images un séjour professionnel en Corée du Nord dans un studio cinématographique d’Etat spécialisé dans l’animation : cette zone de délocalisation est un aspect moins connu de la mondialisation... L’auteur partage l’existence des autres visiteurs occidentaux qui, hormis quelques excursions soigneusement encadrées, restent cantonnés dans les trois hôtels de la capitale sous la surveillance mutique de leur guide terrifié. Le récit dessiné que Delisle tire de cette expérience est encore plus angoissant que les quelques reportages ou documentaires que l’on a pu voir sur le paradis socialiste de Kim Jong-il et Kim Il-sung. Non qu’il en rajoute dans la caricature : le trait reste sobre, se refusant à toute forme d’exagération. La révélation de cet album, c’est justement qu’en renonçant à son droit à l’outrance, en poussant la fidélité jusqu’à la répétition monotone d’une réalité elle-même infiniment répétée, le dessin touche plus sûrement à l’absurde que les inventions les plus débridées.

JOE SACCO

GORAZDE (Rackham, 230 pages, 21 euros)

Sans doute l’album le plus abouti et le plus fort du genre « dessine-moi une mission ». Joe Sacco, journaliste et dessinateur américain d’origine maltaise, a effectué plusieurs séjours dans la « zone de sécurité » musulmane de Gorazde, en Bosnie, peu après la signature des accords de Dayton en novembre 1995. Il a partagé la vie des survivants des trois années de guerre civile et a recueilli leurs témoignages - y compris ceux des rares Serbes restés sur place. L’album entrecroise donc ces destins dans une évocation à plusieurs voix où alternent l’horreur pure (l’offensive serbe de 1994) et les accalmies pendant lesquelles la vie reprend ses droits, y compris dans le rire et la frivolité. Ce montage polyphonique est servi par un dessin très réaliste et fouillé, et accompagné de chronologies et de cartes retraçant avec rigueur les différents épisodes du conflit. On pourra objecter à l’ensemble que Sacco n’a que rarement été le témoin visuel de ce qu’il rapporte : reste qu’il fait vraiment œuvre de journaliste en multipliant les points de vue, en refusant tout manichéisme, en prenant, sans jamais aucun relâchement ni complaisance compassionnelle, le parti de la complexité : humaine, politique, historique. Et aussi en portant un regard lucide et parfois acerbe sur ses confrères au travail...

ALAN MOORE ET EDDIE CAMPBELL

FROM HELL (Delcourt, 576 pages, 42,75 euros)

Avec cet énorme pavé paru en France en 2000, Moore (scénario) et Campbell (dessin) s’attaquent au genre rebattu de l’enquête historique et des « grandes énigmes du passé ». Les crimes de Jack l’Eventreur ont inspiré des dizaines d’hypothèses, et le scénariste suit ici au plus près l’une d’elles : le coupable serait l’inquiétant William Gull, le médecin de la reine Victoria, agissant sur son ordre pour éliminer quatre prostituées qui s’apprêtaient à faire chanter la Couronne au sujet du bâtard du Prince Albert ! L’évocation de l’affaire est aussi le prétexte d’une formidable reconstitution impressionniste des bas-fonds de Whitechapel, illustrés à l’encre (très) noire à l’aide d’une imposante documentation détaillée dans des dizaines de pages d’annexes, lesquelles énumèrent aussi les hypothèses concurrentes, comme le fait Dumas pour le Masque de fer à la fin du « Vicomte de Bragelonne ». Emprunté au même Dumas, le remplissage baroque des lacunes et des silences de l’histoire par l’imagination du poète, ici résolument tournée vers l’ésotérisme. Les auteurs n’oublient pas d’évoquer le rôle de la presse populaire, qui sut à l’époque exploiter l’affaire avec des méthodes promises à une longue carrière : la plupart des lettres signées « Jack l’éventreur » furent l’œuvre d’un certain Best, journaliste.

CHANTAL MONTELLIER

LES DAMNES DE NANTERRE (Denoël Graphic, 88 pages, 20 euros)

Moins convaincante est cette tentative de retour sur un fait divers récent, l’équipée sanglante de Florence Rey et Audry Maupin, en octobre 1994 : on se souvient de ce braquage de la préfourrière de Pantin, suivi d’une fusillade place de la Nation avec une équipe de policiers. Quatre morts, dont Maupin. Dans les médias, les deux jeunes gens firent brièvement ressurgir les spectres d’Action directe, tandis qu’était dénoncée la maléfique influence du film « Tueurs nés » d’Oliver Stone. L’auteur tire parti du silence dans lequel s’est enfermée Florence Rey pour rouvrir le dossier, sur la base de fragiles éléments évoqués à l’époque. Nous suivons donc l’enquête d’une journaliste de La Vérité (quotidien communiste édité à Saint-Denis !) à la recherche du « troisième homme », qui viendrait étayer l’hypothèse d’une machination destinée à faire accepter à l’opinion et à une gauche embarrassée les lois Sécurité et Liberté de Charles Pasqua... Ce qui gêne dans l’entreprise, c’est le détournement de l’enquête journalistique, utilisée ici comme alibi pour instruire le procès convenu de notre société « sécuritaire » et faire de Florence Rey, coupable mais aussi (forcément) victime, une icône de la violence contemporaine. Quant au dessin, qui emprunte ses éclats et ses stridences à l’iconographie des années 70, il est mis au service des mêmes choix « subversifs » : psychologie sommaire, féminisme essoufflé, horreur économique...

RIAD SATTOUF

RETOUR AU COLLEGE (Hachette Littérature, 96 pages, 12,30 euros)

Riad Sattouf est revenu passer quinze jours dans une classe de troisième d’un établissement de l’ouest parisien : le collège-lycée Charles-Henri (certains détails permettent d’identifier de façon certaine le lycée Carnot, nos excuses à l’auteur qui avait monnayé sa présence contre une promesse d’anonymat). Voici donc les ados des quartiers privilégiés, leurs codes vestimentaires, leurs mâles dominants, leur chevelure « emplâtrée » de gel, leurs obsessions sexuelles, leur consumérisme averti, leur communautarisme balbutiant mais légèrement inquiétant. Voici également, à travers les profs, l’institution scolaire, ébranlée chaque jour dans ses pratiques et ses certitudes, et qui tente de se rassurer comme elle peut. Sans prétendre à l’ethnologie, l’ensemble est vrai et vivant, à mille lieux des enquêtes voyeuristes et convenues de vos hebdos favoris sur les « tribus ados » et autres stéréotypes navrants.

PIERRE HENRI ET LOUIS ALLOING

DANS LA SECTE (La Boîte à Bulles, 88 pages, 13,50 euros)

Autre essai d’enquête de société dessinée, « Dans la Secte » décrit les démêlés de Marion, trentenaire parisienne légèrement déboussolée, avec l’Eglise de Scientologie, de Paris où elle est enrôlée, à Copenhague où elle est envoyée pour une terrifiante formation à l’encadrement. Les étapes du parcours sectaire - première rencontre, prise de contact, embrigadement et, dans ce cas, sortie - sont très finement décrites à travers les pièges psychologiques où se prennent les futurs adeptes, qui participent activement à leur aliénation. Les auteurs ont beau assurer que le récit retrace fidèlement une expérience vécue dont seuls les noms ont été modifiés, on reste tout de même un peu perplexe devant le caractère exemplaire de l’histoire et de la personnalité de Marion - d’autant plus que l’album paraît sous les auspices de l’ADFI (Association de défense de la famille et des individus, animée par la députée Catherine Picard) et qu’il est bardé d’une préface et d’une postface fort didactiques à l’intention des lecteurs qui conserveraient des doutes sur la nocivité des sectes. Ni la bande dessinée ni le journalisme n’ont jamais fait bon ménage avec la communication, aussi louables soient ses intentions.


 
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