Vous avez proposé un million de dollars en échange de la preuve d’un scandale sexuel impliquant un haut responsable du gouvernement américain. Vous l’aviez déjà fait une première fois au moment de l’affaire Monica Lewinsky. Quel est le sens de cette récompense ?
Je n’aime pas les hypocrites. Nous les traquons depuis plus de vingt ans. Quiconque prend publiquement des positions contraires à ce qu’il fait dans sa vie privée mérite d’être dénoncé. Je ne suis pas intéressé par la vie sexuelle de ces gens en tant que telle. Mais c’est un domaine dans lequel ils sont vulnérables. Je suis en train d’écrire un livre sur la manière dont nous menons nos enquêtes, un livre qui va dévoiler de nouveaux scandales juste avant notre élection présidentielle de 2008. Afin que les Américains sachent vraiment pour qui ils votent.
Avez-vous déjà versé de l’argent ou est-ce un effet d’annonce ? Et comment vous y prenez-vous pour vérifier ces témoignages ?
Nous avons recueilli pas mal de choses différentes, notamment des vidéos, des photos d’amants pris sur le fait, des reçus d’hôtel, des témoignages. Nous faisons attention. Notre crédibilité est en jeu. Eh oui ! j’ai dû verser à mes sources environ quatre ou cinq millions de dollars ces dix dernières années.
Si une de ces affaires devait desservir la carrière politique d’un de vos amis, seriez-vous prêt à cacher l’information en votre possession ?
Non, je ne le ferais pas. Si un ami menait une vie privée en contradiction avec ce qu’il dit en public, s’il votait au Congrès contre ses propres pratiques, alors je n’aurais aucun scrupule à la révéler. Tout hypocrite mérite d’être démasqué, qu’il soit mon ami ou non.
Lors de votre procès contre le célèbre télé-évangéliste Jerry Falwell, la Cour suprême a consacré la liberté d’expression en précisant que les personnalités publiques qui se voient infliger intentionnellement une « détresse émotionnelle » basée sur une parodie ne peuvent prétendre toucher des dommages et intérêts. Sans vous, le premier amendement était menacé ?
La décision de la Cour suprême de 1988 a renforcé le premier amendement et changé la manière d’envisager la liberté d’expression aux États-Unis. Nous n’avons plus à nous inquiéter de heurter les susceptibilités des uns et des autres. Les comédiens ont retrouvé leur liberté de ton. Les satires de l’émission télé « Saturday Night Live » ont cessé d’être censurées, le fait de « blesser les sentiments » d’une personne n’étant plus un problème. Notre société a radicalement changé du jour au lendemain.
« Trop de journalistes ont peur des grands groupes médiatiques pour lesquels ils travaillent. »
Votre victoire dans cette affaire était d’autant plus inattendue que vous aviez multiplié provocations ou insultes contre les juges et les tribunaux tout au long de la procédure. Vous avez même fait de la prison pour vous être présenté devant un tribunal avec une couche-culotte taillée dans un drapeau américain. Où fixez-vous la limite entre liberté d’expression et provocation ?
J’ai été très surpris quand la Cour a tranché en ma faveur. Je pensais que j’allais perdre. Après tout, j’étais le « Pornographe » contre le « Prêcheur ». Mais vous savez, il y a un prix à payer pour vivre dans une société libre, et ce prix est d’avoir à tolérer les propos auxquels vous n’adhérez pas.
Vos publications vous ont valu de nombreuses batailles juridiques. À la sortie d’un de ces procès, en mars 1978, on vous a tiré dessus, ce qui vous a rendu paraplégique. La bataille en valait-elle la peine ? Le referiez-vous ?
Oui, je le referais, parce que j’ai toujours voulu repousser les limites de la liberté d’expression. C’est le combat de ma vie.
Le 11 Septembre et les mesures répressives qui l’ont suivi ont-ils muselé les médias américains ?
Les médias américains fournissent à leur public les informations qu’ils veulent bien lui délivrer. Ils n’uti-lisent pas la liberté d’expression comme ils le devraient. Trop de journalistes ont peur des grands groupes médiatiques pour lesquels ils travaillent. Trop de journalistes, au lieu de dire ce qu’ils savent, s’en tiennent à ce qui leur paraît sans risques. Hustler ne rapporte que ce qui est vrai.
Le film de Milos Forman qui vous a été consacré a-t-il été un atout dans votre combat ?
Oui et j’ai beaucoup aimé le film que j’ai trouvé très juste. Woody Harrelson a d’ailleurs joué mon rôle beaucoup mieux que je ne l’ai fait moi-même !
Aujourd’hui, avez-vous des interdits ?
Aucun sujet n’est ni ne devrait être tabou.
Pourtant vous avez décidé de ne pas publier des photos de nu de Jessica Lynch, ce soldat de l’armée américaine capturée en Irak et secourue à grand renfort de publicité par les forces de la coalition. Pourquoi ?
Jessica Lynch était un soldat qui accomplissait tout simplement son travail. Le gouvernement l’a utilisée pour créer de toutes pièces l’héroïne dont il avait tant besoin en Irak. Cette jeune femme effectuait seulement son service militaire et ne méritait pas d’être ainsi exposée. Lorsque ces photos ont été prises, elle ne faisait que s’amuser. Ce n’est pas une hypocrite. Je ne voulais pas participer à une campagne de désinformation lancée par le gouvernement américain.
Vos amis démocrates sont-ils différents ? Hillary Clinton est-elle plus respectueuse de la liberté de la presse que George Bush ?
Absolument. Hillary Clinton n’est pas un dictateur comme George Bush.

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