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Vie publique

Le photojournalisme en danger de mort

par Guy-Pierre Bennet

Hubert Henrotte, fondateur des agences Gamma et Sygma, signe « Le monde dans les yeux » sur la vie et la mort des deux agences de presse les plus fameuses de ces 35 dernières années.

Pourquoi avoir écrit « Le monde dans les yeux » (Hachette Littératures) ?

J’ai été le témoin et l’un des acteurs de cette fantastique épopée qu’ont été la naissance et l’extraordinaire réussite des agences de presse photo françaises. Ça me faisait mal au cœur de constater ce déclin et cette disparition à terme sans qu’il reste une trace de l’aventure. Il y a une seconde raison, plus personnelle, c’est qu’il me fallait remettre un certain nombre de pendules à l’heure. La naissance de Gamma, la révolution interne qui a provoqué la création de Sygma, la fin de Sygma, le fonctionnement de ces deux agences célèbres, les raisons de leur succès, les rapports avec les photographes, les nouvelles façons de travailler que nous avons inventées, sont très mal connus et chacun dit là-dessus un peu n’importe quoi. Je voulais rétablir la vérité.

Une époque révolue ?

Le glas est en train de sonner...

Quelle est la situation des agences aujourd’hui ?

Elles sont pratiquement toutes tombées dans les escarcelles de trois sociétés qui monopolisent le marché mondial de l’image. Deux sont basées aux Etat-Unis : Corbis, propriété personnelle de Bill Gates, fondateur de Microsoft, et l’agence Getty Images, créée par un héritier du roi du pétrole Jean-Paul Getty. La troisième est en France, Hachette Filipacchi Médias, filiale presse du groupe Lagardère, qui a pris le contrôle de Gamma, Explorer, Spooner, Stills, Hoa-Qui, MPA, Jacana et Rapho. Elle est aussi éditeur d’une myriade de magazines dans le monde. Getty et Corbis détiennent chacune une bonne vingtaine de petites et grandes agences et s’enorgueillissent de contrôler près de 70 millions de photos d’archives. Il existe encore une ou deux agences qui résistent, mais pour combien de temps...

Est-ce que votre départ de Sygma et la fin de l’agence sont des faits liés ?

Oui, parce que un an après mon départ, la vente de Sygma à Bill Gates était consommée. C’est dire qu’au moment de mon éviction, les tractations avaient déjà été entamées sans que, bien évidemment, je n’en sache rien. Je savais que Jean-Marc Smadja voulait se séparer de l’agence mais j’ignorais que Franck Pearl, patron d’une importante société de placements de fonds américains, était devenu, par la vente extrêmement discrète de 51 % des actions que possédait Smadja, notre principal actionnaire. Le problème était que Jean-Marc Smadja s’était engagé par écrit à ce qu’il y ait des bénéfices. Comme il n’y en avait pas, Pearl a décidé de vendre et s’est rapproché de Bill Gates.

Comment avez-vous vécu cette période ?

Évidemment très mal. Je ne suis quand même pas parti de mon plein gré. Pour être clair, j’ai été viré. Sur un plan personnel, la baffe a été douloureuse. Mais l’horreur, c’est que la disparition de Sygma était inéluctable et que je ne pouvais rien faire. J’aurais tellement aimé me tromper ! Mais non, le rachat de l’agence par Corbis a provoqué l’arrêt programmé de la production - elle coûtait trop cher ! - avec pour conséquence le licenciement de la quasi-totalité des photographes et des producteurs, ce qui condamnait Sygma à disparaître. Souvenez-vous du ramdam qu’a provoqué ce licenciement massif. Grèves, manifestations, interventions au plus haut niveau, etc. L’agonie a duré cinq ans. Aujourd’hui Sygma n’existe plus. Et j’entends de-ci, de-là, des bruits alarmants qui pourraient laisser prévoir un arrêt de la numérisation des photos. 25 ans d’histoire du photojournalisme qui pourraient passer aux oubliettes !

Mais vous-même n’aviez pas entamé cette numérisation des archives ?

Nous numérisions le quotidien, mais nous n’avons pas eu le temps de remonter bien loin dans le passé. Imaginez la somme d’archives qu’il y avait à Sygma ! Il fallait pour cela des moyens pécuniaires que nous n’avons pas eus puisque Jean-Marc Smadja n’a jamais tenu ses promesses budgétaires.

Il semble tout de même improbable que Bill Gates ayant acheté une agence, célèbre entre autres pour ses archives, ne prenne pas le soin de l’exploiter.

Oh ! c’est facile à comprendre... Bill Gates a déjà dépensé tellement d’argent dans les indemnités colossales qui ont été versées au moment du renvoi des personnels de Sygma qu’il n’a sans doute plus envie d’investir dans la préservation de photos dont il ne voit pas l’intérêt en termes de rentabilité immédiate.

Avez-vous l’impression d’avoir été trahi ou manipulé ?

Surtout trahi à l’intérieur de la maison. Mais je n’ai pas envie de régler ce compte-là. Chacun se voit le matin dans sa glace de salle de bain et sait ce que lui renvoie son regard.

En quoi étiez-vous un danger pour Jean-Marc Smadja ou pour Bill Gates ?

J’imagine que je ne l’étais pas nécessairement pour Gates mais pour Smadja, oui. Un emmerdeur et un empêcheur de tourner en rond patenté ! Jamais je n’aurais accepté que Sygma disparaisse. Jamais. J’ai une passion pour le photojournalisme et pour les photographes. Je ne suis pas celui qui aurait pu brader ou vendre à l’encan une agence que nous avions créée de toutes pièces et avec qui j’ai vécu quelques-unes des meilleures et des plus enrichissantes années de ma vie. C’est tout ça aussi que je raconte dans « Le monde dans les yeux ».

Vous y faites, outre le constat du déclin du photojournalisme, celui plus pessimiste de sa disparition à plus ou moins brève échéance.

Non, je constate que le photojournalisme est en danger de mort, mais que ce n’est qu’une mort provisoire. Un coma clinique. Le photojournalisme traverse une mauvaise période, mais je ne suis pas sûr du tout qu’il va disparaître. Aujourd’hui, il n’y a plus de structure assez forte pour soutenir les photographes et imposer leurs reportages à la presse. Du coup, en France, il n’existe pratiquement plus de photojournalistes parce qu’ils n’ont pas les moyens de financer des reportages de qualité tels que les agences les diffusaient. Les grands photographes reporters sont ailleurs. En Scandinavie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Chine maintenant... Mais ils existent. En France aussi, même s’ils ont du mal à survivre. D’autre part, je suis certain qu’on ne va pas pouvoir continuer à se contenter de ces images instantanées que l’on voit aujourd’hui dans la presse magazine, qui ne sont que de l’illustration. Des photos qui ne racontent rien sur les événements, qui ne sont qu’un témoignage immédiat, sans réflexion en amont ni analyse en aval. Des images sans profondeur qui ne sont pas le résultat d’enquêtes. Ça, ce n’est pas possible. On ne peut pas accepter d’être soumis à des torrents d’images standardisées.

Les newsmagazines semblent pourtant s’en accommoder...

Enfin, ce qu’il reste des newsmagazines ! Vous voyez bien que la quasi-totalité de la presse magazine aujourd’hui donne dans le people, le fait-divers et le scandale ! Mais je reste persuadé que le vrai photojournalisme n’a pas dit son dernier mot. La presse écrite va devoir choisir entre communiquer et informer et se ressaisir sous peine de disparaître !

Pourquoi en est-on arrivé à cette situation ?

Parce qu’on est passé brutalement de la culture de l’information à celle de la communication de masse, que petit à petit on a assisté à l’abandon du photojournalisme par les photographes qui ne peuvent plus vivre de leur métier - entre 80 et 100 euros la photo, tous droits cédés, il faut en publier beaucoup pour assurer une vie décente à sa famille - et parce qu’est arrivé dans les publications, à des postes clefs, un personnel mal formé à la lecture de reportages photojournalistiques. Théron, Siegel et autres journalistes dans l’âme, grands patrons de presse, savaient exactement ce qu’était un reportage. Ils voyaient immédiatement ce qui en faisait la valeur, le caractère singulier capable de susciter l’intérêt des lecteurs. Ils savaient ce qu’ils avaient coûté non seulement financièrement, mais aussi émotionnellement. Je ne suis pas certain qu’il y ait aujourd’hui des individus dotés d’une telle stature dans les rédactions. Les vrais professionnels de l’image sont devenus extrêmement rares.

Y a-t-il de nouveaux marchés pour le photojournalisme ?

Il y a une vraie demande dans le domaine des expositions. C’est d’ailleurs là qu’est le paradoxe : le public, lui, aime la photo et le prouve puisqu’il fréquente les galeries qui lui proposent ce qu’il ne trouve plus dans la presse, et qu’il est acheteur de photos quand elles restent dans des prix abordables. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des photos accrochées sur les murs des salons de gens qui, il y a quelques années, se contentaient de celles des calendriers des Postes au-dessus de l’évier ! « Visa pour l’Image » est un bel exemple de cet intérêt populaire pour la photo. L’an dernier, il y a eu à Perpignan 35 expositions pratiquement toutes consacrées au travail des photojournalistes. Les photos n’étaient pas à vendre et il y a eu quand même 150 000 visiteurs. Je constate donc un déclin, que je souhaite momentané, du photojournalisme dans la presse mais pas de l’intérêt du public pour la photo. Pour en revenir d’ailleurs à ce déclin du photojournalisme, Jean-François Leroy, directeur de « Visa pour l’Image » a, d’année en année, de plus en plus de mal à trouver dans le monde les 35 grands sujets de la qualité qu’il souhaite et revendique.

Dans « Le monde dans les yeux », vous évoquez nombre de scoops faits par les photographes et diffusés par les agences. Aujourd’hui où est le scoop ? C’est la découverte d’un nouveau charnier au Kosovo ou le sein de Sophie Marceau à Cannes ?

La vraie question est : « Deux photos arrivent en même temps dans un magazine. L’une faite par l’un des 500 photographes qui suivent le Festival de Cannes montre le sein dévoilé de Sophie Marceau ; l’autre, faite par un seul photographe, montre le charnier nouvellement découvert au Kosovo. Quel est le scoop ? » C’est évidemment la seconde photo, non seulement parce qu’elle est unique, mais aussi parce qu’elle a une portée historique, politique, sociale et humaine. Il n’empêche : le sein de Sophie est passé partout, a fait la une de quotidiens et d’hebdomadaires pourtant réputés pour leur sérieux et même, en très gros plan, la couverture d’un magazine people ! Je crois qu’on a moins vu les photos du charnier...

C’est de la décadence ?

C’est simplement la réaction de survie d’une presse aux abois.

Aujourd’hui, un jeune photojournaliste a-t-il les mêmes chances que ces photographes devenus célèbres que vous citez dans votre livre ?

Non. L’époque n’est plus la même et l’environnement professionnel est totalement différent. Les jeunes photographes ne peuvent plus s’appuyer sur les grandes agences qui, parce qu’elle étaient fortes et structurées, pouvaient soutenir, aider à progresser et, finalement, imposer un photographe de talent. Et il n’y a plus les supports susceptibles de consacrer six ou huit pages au reportage d’un photographe débutant, aussi doué et original puisse-t-il être. Les reportages de photojournalisme pur sont aujourd’hui destinés à une presse magazine confidentielle ou semi-spécialisée. C’est en tout cas la seule dans laquelle on trouve encore des enquêtes pointues, des sujets différents de ceux ce que l’on voit dans les magazines de grande diffusion. Un autre phénomène, lié à la disparition des agences et au désintérêt des supports pour le photojournalisme, c’est l’absence de la concurrence que se faisaient entre eux les grands magazines pour publier en exclusivité des reportages exceptionnels. Du coup les supports dictent leurs lois financières.

« Une bonne photo est une photo qui raconte tout à la première lecture et permet de réfléchir sur ce que l’on ne voit pas. C’est le résumé et la preuve d’un évènement. »

Les conditions de travail ont changé elles aussi...

Absolument. Est-ce qu’un photographe peut travailler librement, et en profondeur, sur la situation politique et sociale en Irak ? Est-ce que les instances chinoises vont permettre que soit réalisé un vrai reportage sur la vie des paysans dans les campagnes du Hunan ou du Sichuan qui risquerait de venir contredire la vision que le pays veut officiellement faire passer ? Est-ce qu’on peut travailler librement dans les pays d’Afrique noire ? En Tchétchénie ? En Palestine ? En Corée du Nord ? A Cuba ? Un photographe et un reporter peuvent-ils entrer à Guantanamo pour témoigner sans contrainte ni censure de ce qu’il s’y passe ? Que risque un journaliste qui couvre un conflit sans être accompagné, encadré, voire surveillé par les autorités qui lui donnent la permission de faire ce reportage et s’octroient, en échange, un droit de regard sur le résultat ? Certes, les journalistes savent à quoi ils s’exposent quand ils réalisent des reportages sans l’aval des pouvoirs en place, mais personne ne souhaite qu’ils soient les martyrs de l’information. Or, les journalistes sont aujourd’hui en danger partout où ils décident de faire des enquêtes en dehors des chemins balisés. Et même là, rien n’est assuré. C’est beaucoup plus simple et moins dangereux avec le people... Moins dangereux, certes. Quoique... c’est un milieu où, à l’occasion, on vous gifle sans état d’âme ! Plus simple, non. Le fameux « droit à l’image » a imposé des limitations effrayantes à la parution des photos, y compris celles de gens d’accord pour être photographiés.

Vous parlez beaucoup de photojournalisme, de reportages en profondeur, mais cela concerne principalement la presse magazine. Les photographes alimentent aussi la presse quotidienne.

C’est un domaine spécifique, aujourd’hui entièrement tenu par des agences d’information telles AP, AFP ou Reuters. Mais c’est de l’illustration de l’événement immédiat, en concurrence directe avec la télévision et Internet. Ces photos de news ont une importance informative, mais elle ne sont pas réfléchies. C’est de l’instantané. Ce qui ne veut pas dire que ces photos ne soient pas de bonnes photos.

Qu’est-ce qu’une bonne photo ?

Nous allons rester sur le photojournalisme puisque c’est ce que je connais le mieux. Une bonne photo est une photo qui raconte tout à la première lecture et permet de réfléchir sur ce que l’on ne voit pas. C’est le résumé et la preuve d’un événement. Elle est faite avec un regard sans complaisance et une grande dose d’émotion. On peut se contenter de la légender par le lieu, la date, l’heure et le nom des individus. Et c’est une preuve ad libitum puisque, contrairement à l’image de télévision, la photo de presse reste et que l’on peut la revoir, la reprendre à l’infini. Une bonne photo est une photo historique au sens littéral du terme.

Cette photo n’est-elle pas sujette à caution puisqu’elle est quand même fonction du regard, de la culture, de l’histoire personnelle, de l’opinion politique du photographe ?

Il m’est arrivé, tant à Gamma qu’à Sygma, de refuser de diffuser des images que je trouvais partiales. Là encore, un vrai photojournaliste doit garder le regard propre, mais il ne peut le faire que si ses photos sont le fruit d’une enquête et ne sont pas seulement faites sous le coup de la nécessité. On risque là de tomber dans le domaine de la manipulation de l’information. Le livre regorge de témoignages de grands photojournalistes qui ont quitté le devant de la scène pour garder une certaine distance par rapport à l’événement. Il y a une grande différence entre le photojournalisme et le spectaculaire.

A Gamma, à Sygma, qu’attendiez-vous d’un reportage que l’on vous soumettait ?

La fiabilité de l’histoire et l’originalité de l’angle d’attaque, l’honnêteté du photographe, la rigueur de son regard et la qualité de son travail. Un grand reportage suit une ligne droite qui passe par le cerveau, l’œil et le cœur.

Est-ce que vous auriez diffusé la photo de Sadam Hussein en slip ?

Certainement pas ! Non seulement parce que cette photo est dégradante et humiliante, même si elle montre un parfait salaud, mais aussi, et surtout, parce que je ne sais pas d’où elle sort, qui a intérêt à ce qu’elle paraisse et pourquoi. J’ai d’ailleurs ce même rejet face aux photos faites dans les prisons américaines d’Irak où l’on voit des hommes entassés nus, ou tenus en laisse par des GI’s. Et puis franchement, sur un plan personnel, je n’aime pas le regard que l’on me force à porter sur ces photos. C’est un regard indécent, vulgaire et indigne.

Ces photos ont quand même fait basculer l’opinion publique ?

Voyez ! Vous-même le dites ! Faire basculer l’opinion publique. La faire basculer dans quel sens ? Qu’est-ce qui prouve que ces photos n’ont pas été montées dans un but précis ? N’allez pas croire que je prends ici la défense ou que j’attaque qui que ce soit. Nous parlons de journalisme et la première question qu’un journaliste doit se poser face à un tel témoignage est : qui a intérêt à ce que ces photos soient diffusées et pourquoi ?

Vous trouvez qu’en matière de photos de presse il y a une escalade dans le spectaculaire ?

C’est indéniable. Et c’est dommage. Les supports vous diront que c’est ce genre de photo qui fait vendre la presse. Vraiment ? Mais alors on n’est plus là dans le journalisme. On est au mieux dans l’information spectacle, au pire dans l’horreur et le « crade ». Mais encore une fois, la presse n’a pas tous les torts. Il faut aussi s’interroger sur le regard que nos sociétés portent sur les événements et la façon dont ce regard a été éduqué.

Est-ce que nous sommes manipulés ?

Je me méfie de ce genre de mot définitif. Nous sommes tous dotés d’une intelligence qui devrait nous permettre de faire des choix cohérents dans l’information qui nous est proposée. Mais nous sommes soûlés d’images et nous n’avons pas le temps de trier ; nous sommes surinformés mais de façon partiale et parcellaire. Chez vous, assis dans votre canapé, par la magie d’une commande grande comme un paquet de cigarettes, vous avez accès à 300 chaînes de télévision dont une bonne dizaine spécialisées dans l’information en direct qui diffusent en boucle des images aussi vite oubliées qu’elles ont été matraquées. Mais si vous avez envie d’en savoir plus, où trouvez-vous l’information ? C’est pour ça que je ne suis pas si pessimiste quant à l’avenir du photojournalisme. On sent déjà que le public en a marre de cette avalanche d’images qui n’ont qu’une signification anecdotique et immédiate. On sent que le public a envie d’avoir un autre regard, une autre façon d’aborder l’événement. Et ça, c’est le domaine du photojournaliste qui, lui, ne se contente pas de photographier l’air du temps.

La presse souffre d’une crise de confiance ?

La presse d’opinion, indubitablement. Il y a eu trop de scandales. La crédibilité du Monde a été sérieusement ébranlée il y a un an par le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen. La presse américaine, on l’a vu récemment avec les « révélations » du New York Times sur les armes de destruction massive en Irak, puis de Newsweek sur la profanation du Coran à Guantanamo, n’est pas épargnée non plus. D’où la percée extrêmement sensible de la presse quotidienne gratuite où au moins il n’y a que de l’information brute, et de la presse people où il n’y a que du rêve et du bubblegum.

Aujourd’hui, si vous aviez l’âge qui était le vôtre quand vous avez fondé Gamma, est-ce que vous vous lanceriez dans la même aventure ?

Sans hésitation. Je le ferais différemment sans doute, mais je le ferais. J’ai toujours eu et j’ai toujours une passion pour la photo et une tendresse, une admiration pour les photographes. Un grand photographe, celui dont les photos vous émeuvent, ne peut pas être dans la vie un type médiocre.

En conclusion, vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste ?

Je suis réaliste et lucide. Une situation de crise telle que nous la vivons aujourd’hui devrait ouvrir la voie à de nouvelles orientations. Sans photographes, il n’y a pas de photos.

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