Avec « l’affaire des caricatures », responsables politiques et religieux du monde musulman ont multiplié les déclarations fustigeant ceux qui moquent, brocardent, insultent, disent-ils, l’islam et ses fidèles. On ne respecte plus le sacré, on piétine les valeurs, on s’en prend aux fondements même d’une des grandes religions monothéistes. Au-delà des manipulations et des calculs des uns et des autres, de nombreux musulmans se sont sentis blessés. Mais de là à brûler des ambassades ou lancer des fatwas ? La politique a évidemment exploité la chose : les potentats sont toujours heureux de désigner un bouc émissaire qui fasse oublier leurs propres turpitudes.
Comme abasourdis par la violence des images retransmises par toutes les télévisions du monde, les Occidentaux ont plié l’échine. On en a appelé à la responsabilité des journalistes. Mea culpa quasi général. De Washington à Paris, en passant par Copenhague, chacun y est allé de ses regrets, de ses excuses. Quant aux hommes d’église, ils ont sauté sur l’occasion, presque trop belle, pour rappeler à leurs devoirs des (in)fidèles décidément irrespectueux ces derniers temps.
On en avait presque oublié les dessins eux-mêmes. Douze cartoons si bruyamment voués aux gémonies et si peu vus. Dont plusieurs, soit dit en passant, défendaient l’islam et, pour l’un d’entre eux, s’en prenait même à l’initiative du journal danois... dans ses propres colonnes.
Tout à la repentance due aux musulmans, à leur foi, à leur prophète, l’opinion s’est-elle interrogée sur ce qu’on peut lire depuis des années, notamment au Moyen-Orient, dans nombre de ces journaux si prompts à prêcher la déontologie. Oubliés les dessins antisémites, les caricatures nauséabondes qui, sous prétexte de dénoncer « l’entité sioniste », s’en prennent à satiété au juif au nez crochu, à la bouche lippue, au dos voûté. Au juif buveur de sang, déicide, toujours occupé de meurtre rituel ou de complot mondial. De « véritables pousse-au-crime », pour reprendre la formule de Joël et Dan Kotek, auteurs d’un livre dont sont tirés les dessins publiés ici.
Ces basses œuvres où Sharon est toujours figuré en nazi ne soulèvent guère d’indignation, ne suscitent ni manifestations ni pétitions pour les dénoncer. Ni même de colloques pour s’en expliquer.
Fort heureusement - nous résisterons au Dieu merci - certains journalistes dans les pays arabes et musulmans ne mangent pas de ce pain-là. Ils sont d’ailleurs les premières victimes de ces régimes qui se présentent aujourd’hui comme des parangons de vertu. Dans cette affaire, on les a vus prendre tous les risques en publiant les caricatures de Mahomet pour « montrer l’objet du délit ». Bref, ils ont fait leur métier. Ils ont été poursuivis, emprisonnés. Ils sont jordaniens, yeménites, algériens, marocains. Chapeau bas !
Afin de donner un sens à l’expression « deux poids deux mesures », il nous a paru instructif de soumettre à votre jugement ce qui ne choque guère l’opinion arabo-musulmane.

Revue Médias















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