Qu’est-ce qui vous fait choisir un journal le matin ?
Chacun slalome dans l’information en fonction de ses biorythmes. Pas de journal le matin pour la simple raison que je travaille. Pour lire, il faut aller au kiosque ou, quand on est abonné, attendre 11h ou midi. Donc, mon premier et seul journal, c’est au moment du déjeuner.
Peut-on vous demander lequel ?
Vous savez, il n’y a que deux corporations qui lisent tous les journaux : les politiciens et les journalistes. D’où une complicité. Ils sont sur la même longueur d’ondes. Nous, on doit faire régime si on veut garder un peu de quant-à-soi. Le seul quotidien auquel je suis abonné c’est La Croix. Le matin j’écoute France Inter. Plus Le Monde Diplomatique chaque mois, parce que c’est ma famille et mon histoire.
Et la télévision ? Vous disposez d’un poste chez vous.
J’aimais bien regarder le 20 heures, mais je n’y arrive plus. C’est beaucoup trop lent et le décervelage par le fait divers, vraiment excessif. Nos chaînes nationales sont devenues des bulletins municipaux, c’est Clochemerle à l’heure de la mondialisation, audimat oblige. Comment les rédactions, publiques ou privées, peuvent-elles construire le même réel, chaque jour, avec pratiquement la même hiérarchie de nouvelles, sans se passer le mot ? C’est tout le mystère de l’idéologie, ce concert sans chef d’orchestre. Notez bien que je n’ai pas trouvé le bonheur par le renoncement. Le régime sévère a de sérieux effets secondaires.
On manque trois choses capitales : le bulletin nécrologique, qui à mon âge devient vital, voire prioritaire ; les nominations et promotions, indispensables à la vie en société - je m’en tire en donnant du Monsieur le Président à quiconque me paraît avoir la cinquantaine ; et les cotations à la Bourse des valeurs culturelles, pour savoir de quoi ou de qui dire du bien ou du mal dans les dîners, sinon on mange sa soupe sans broncher, et on ne vous invite plus. Vu le nombre grandissant d’asociaux volontaires, il y aurait place, je crois, pour un imprimé en recto verso qui se limiterait à la nécro, aux « en hausse » et « en baisse », et au Dow Jones des bouquins, expos, films et pièces. Si ce journal existait, je serais le premier abonné.
Y a-t-il un média, un journal qui trouve grâce à vos yeux ?
Oui. La Croix. Pour la grâce, cela tombe bien. Je suis athée, mais les affaires de religion m’intéressent, c’est un penchant professionnel. Les options de La Croix ne sont pas les miennes. Je ne suis pas « euro-béat », et reste farouchement laïc, mais je ne me sens pas agressé en lisant ce journal qui ne pense pas comme moi. Alors que les autres... La Croix est un journal serein, qui ne cloue personne au pilori, se tient à distance des scandales judiciaires, ne saute pas dans le dernier train en partance, pondère assez bien les nouvelles, et ne prétend pas changer le monde. Que demander de plus ? Les éditos de Bruno Frappat sonnent juste et les billets d’Alain Rémond m’enchantent. Pour moi, un bon journal est un mixte de léger et de lourd, piquant, déconcertant, mais avec deux ou trois articles de fond. Et où il y a assez d’infos, dans les brèves et dans les coins, pour démentir l’édito en une, si on y tient.
Comment trouvez-vous l’attitude des médias par rapport au fait religieux ?
A la limite trop complaisante, après avoir été trop longtemps négligente. Trop sensible à l’actu, pas assez aux constantes. Mais il y a des dossiers - notamment dans Le Point - très bien construits. Et Henri Tincq, dans Le Monde, est toujours éclairant sur la chose chrétienne.
Le fait que l’on puisse, dans la presse française, se moquer du pape par exemple, mais jamais de l’islam ou du judaïsme, cela vous choque ?
Le judaïsme est protégé par Auschwitz, le protestantisme par sa discrétion, l’orthodoxie par notre ignorance et l’islam par l’antiracisme. On prend sa revanche sur le catho. C’est le bouc émissaire le meilleur marché. Là, pas de danger de représailles. Mais ne rêvons pas. Nous assistons aujourd’hui à un transfert de crédit et de croyance. Les lieux ou les personnels officiellement consacrés, les clercs, les prêtres, les évêques sont en réalité désacralisés. La sacralité sociale s’est reportée sur d’autres univers, celui des droits de l’homme, celui de la liberté de la presse : des choses intouchables.
Et vous pensez que les médias ont joué un rôle dans cette désacralisation ?
Ils ont tout à y gagner, en tout cas. Ils représentent l’autorité spirituelle propre à la démocratie de marché, l’âme d’un monde sans âme. La voix du Bien et du Vrai. Les médias là-dessus ne font que remplir un vide. Il faut bien que quelqu’un remplace notre ancien clergé. Sans doute y a-t-il des religions sans clergé, mais, comme dit Vernant, on ne connaît pas de société, fut-elle athée, sans religion. Cela dit, c’est un fait que les médias ont tendance à censurer leur ex-censeur, que ce soit le chef de l’Etat, le préfet, le député, et plus largement toutes les autorités autres que la leur propre, partis, syndicats, parlements, etc.
C’est le premier des pouvoirs ?
Dans une démocratie d’opinion, la fabrication de l’opinion joue les premiers rôles. Mais « pouvoir » est un terme impropre. Un pouvoir est un énonciateur de normes, capable de faire respecter celles-ci par la contrainte. Par ailleurs, « premier pouvoir » renvoie à Montesquieu, à une théorie de l’équilibre libérale, propre au XVIIIe siècle. Ce n’est pas la mienne. Je parlerais plutôt d’un magistère, d’un clergé, c’est-à-dire d’une puissance morale qui est en gros celle qu’Auguste Comte appelait le pouvoir spirituel. Ce n’est plus aujourd’hui une cléricature axée sur le surnaturel, mais sur le culte du réel, doublé d’un moralisme impitoyable. Il serait idiot, me semble-t-il, d’analyser la puissance de la presse sans parler de la baisse du pouvoir d’Etat, de l’écroulement des autres autorités spirituelles qu’étaient l’université, le clergé, les institutions savantes ou les académies.
C’est le principe des vases communicants ?
Oui, bien sûr. D’une façon générale, plus le pouvoir politique est moralement faible, plus le pouvoir spirituel est politiquement influent. A Etat faible, clergé fort. A clergé faible, Etat fort. D’où l’intérêt spontané des médias à dévaloriser ou délégitimer l’Etat, car cela augmente quasi mécaniquement, par contrepoids, leur propre autorité. C’est un jeu de bascule qui se vérifie à toutes les époques.
Dans votre bouche, il n’est pas sûr que le mot clergé soit positif.
Les clercs sont respectables. C’est le cléricalisme qui fait problème. En fait, les journalistes forment plutôt un magistère protestant qu’un clergé catholique ; il n’est pas hiérarchisé, il n’est pas vertical, il n’est pas dogmatique. Il est disséminé en ces petites communautés d’esprits que sont les rédactions, mais avec un credo et un profil communs. Et rappelez-vous que le clergé a eu beaucoup de martyrs, beaucoup de missionnaires tués dans le monde. Le clergé a été à l’origine des universités et des hôpitaux. Ce n’est pas rien. Tout cela pour montrer que le terme n’est en rien péjoratif dans ma bouche. Parler du clergé ou de la cléricature s’inscrit dans une réflexion anthropologique et non pas polémique. Pour savoir véritablement ce qu’est le journalisme, il suffit de lire « Discours sur l’ensemble du positivisme » d’Auguste Comte - 1848 - ou « Comment l’opinion doit-elle être dirigée ».
« Le catho est le bouc émissaire le meilleur marché. Là, pas de danger de représailles. »
Parler de contre-pouvoir serait donc une illusion ?
Mieux : un cliché. Aujourd’hui, le ministre est un rebelle, le banquier un ami des pauvres, le milliardaire met un jean pour aller à l’opéra, et le pouvoir se bat dos au mur et à mains nues contre les puissants coalisés. Cela fait partie de la « novlangue » en usage depuis une trentaine d’années. La vraie question est de savoir si la presse a un contre-pouvoir en face d’elle. Je l’ai espéré en 1981, avec l’arrivée aux affaires de mes amis socialistes. J’ai cru que l’Etat républicain pouvait être ce contre-pouvoir. Il m’a fallu deux ou trois ans pour saisir à quel point l’Etat démocratique était devenu médio-dépendant et donc docile au nouveau pouvoir spirituel émanant de la société civile, c’est-à-dire de l’argent et de l’image. Ce qui m’a fait bientôt rentrer à la maison pour réfléchir à ce sidérant renversement des rôles.
Etes-vous favorable à cet observatoire des médias que met en place Le Monde Diplomatique, et peut-il jouer ce rôle de contre-pouvoir ?
Je n’en sais strictement rien, c’est aux journalistes d’en décider. L’affichage d’un code dans les couloirs est une chose, le fonctionnement de la machine en est une autre. Mais une initiative de ce genre a plutôt rendu service à la laïcité en dévoilant la ronronnante particularité des médias, y compris ceux que le citoyen finance, dans la campagne référendaire.
Mais peut-on améliorer le fonctionnement des médias ?
A la marge, oui. Sur le fond, je ne crois pas. La machine a sa logique. Concurrence et donc alignement sur le bas. Recherche d’audience maximale, pour le financement publicitaire. La survie commande. Vitesse obligatoire. Le client est roi. La télé généraliste en particulier est une machinerie industrielle dont les contraintes me semblent telles que le pilotage en est quasi automatique. Cela dit, les « mass media », on est en train d’en sortir. Là encore, la technologie mène le bal, et la déontologie s’adapte bon an mal an. Internet a changé la donne. On n’est plus dans un entonnoir rigide, mais dans un réseau plus ouvert, amorphe, sans indexation.
Vous pensez réellement que les journalistes dirigent l’opinion ?
Si cela était vrai, le oui à la Constitution européenne aurait fait 98 % des voix. Tous les cardinaux, sans exception, étaient partisans du oui. Il faudrait s’entendre sur ce mot écran, ce mot-valise, de journaliste. Qu’y a-t-il de commun entre l’agencier ou le localier et le directeur d’une rédaction nationale ? Il y avait un fossé, dans le clergé d’Ancien Régime, entre le haut et le bas clergé. En 1789, le haut clergé a rallié la noblesse, et le bas clergé le tiers état. Cette scission interne a permis la prise de la Bastille. En 2005, la haute presse a ouvertement rallié la classe dirigeante, avec la haute intelligentsia qui n’a pas sa carte de presse mais qui trace dans sa roue, je veux dire les chroniqueurs, blocs-noteurs et libres-opineurs. Les intellectuels assimilés ou éditorialistes associés sont un peu aux chefs de service ce qu’est le coadjuteur à l’évêque. Mais le technicien de l’information qui fait le boulot n’apparaît pas à l’écran ni en une. Le curé de village non plus, qui tenait l’état civil avant 1789, n’était pas reçu chez monsieur le Comte. Je vous réponds donc : 1/ les journalistes de métier ne forment pas une classe et 2/ il n’y a donc pas dictature de cette classe.
Pourtant, vous êtes un lecteur du Monde Diplomatique. C’est leur théorie, non ?
Il en va des directeurs d’opinion comme jadis des directeurs de conscience. Ces derniers n’ont jamais empêché les adultères, les guerres, les rapines. Bref, le saint rayonne, mais ne produit pas la sainteté autour de lui. Plus que de direction d’opinion, je parlerais de climatisation, avec production d’un effet d’ambiance, d’une atmosphère créant au sommet une sorte de bulle intellectuelle et morale, assez aveuglante au demeurant pour ceux qui vivent dedans. Tout cela dans une couche de la population - encore une fois, comme avec le clergé d’antan - la plus instruite et la plus fortunée. Mais il y a tout de même une production de références, la ventilation quotidienne du bon et du mauvais, du vrai et du faux, la mise en forme du monde... Qu’est-ce qui fait nouvelle ou pas ? Pourquoi tout d’un coup tel otage devient-il phénomène national, et tel autre ne le devient pas ? Comme disent les Américains, c’est « l’agenda setting ». Les médias fixent ce sur quoi il convient d’opiner. L’idéologie d’une époque se définit par ce qu’elle s’accorde à tenir pour réel. Et en ce sens, les médias définissent globalement ce qu’il convient de tenir pour réel à l’instant T dans un lieu X. Et, évidemment, cela ne sera pas le même réel selon que l’on se trouve en Birmanie, en Inde, en Colombie ou en France. Chaque sphère médiatique nationale a sa propre couleur. Avec, là est le fait nouveau, une horloge unique, une vidéosphère mondiale, mais qui passe par l’image, et non par l’écrit.
Pensez-vous que quelqu’un tire les ficelles ? Les puissances d’argent derrière la concentration des médias ?
Non. Je ne crois guère à cette idée rassurante d’un Big Brother qui serait le grand capital actionnant des marionnettes. C’est d’ailleurs une idée assez médiatique, manichéenne et magique : c’est aussi pour cela qu’elle marche. Chacun connaît l’indépendance des rédactions par rapport aux détenteurs du capital d’un titre, le côté rétif du journaliste pour tout ce qui est « directives venues d’en haut ». S’il y a une homogénéité du milieu, au niveau des dirigeants, c’est pour des raisons internes de formation, d’éducation, de milieu social, de mode de vie. Il y a un esprit de corps, mais pas du tout, je crois, petit doigt sur la couture du pantalon.
Vous n’êtes donc pas de ceux que l’arrivée des Lagardère au Monde, Rothschild à Libération et Dassault au Figaro fait trembler ?
J’aurais préféré le programme de 1945 concernant les « sociétés de presse à but non lucratif » qu’Hubert Beuve-Méry avait souhaité. C’est bien triste mais cela fait partie de la « marchandisation » du monde. Et la presse n’est qu’une expression parmi d’autres du monothéisme du profit, du culte généralisé de l’argent. En l’occurrence, la dictature passe par l’audience, avec le tropisme du scoop ou du scandale.
Il s’agit plus de la dictature du public que de la dictature de l’argent ?
Les deux se rejoignent étant donné qu’un journal à gros tirage aura plus de publicité. L’argent imbibe les esprits, plus qu’il ne les achète. Comme disait Kierkegaard, l’homme heureux vit dans un monde, et le malheureux dans un autre. Un salaire très élevé, cela vous expédie sur une autre planète, via les restaurants, les villégiatures, les habitudes, les voitures à chauffeur, les cent coups de téléphone quotidiens...
Mais peut-on faire l’éloge de la pauvreté dans un média ? On sait bien que l’indépendance, c’est aussi d’être riche.
C’est vrai. On est un peu entre Charybde et Scylla. Un intellectuel pauvre est plus satellisable. Mais un riche sera absorbé par un milieu, un rythme, une façon d’être, qui en feront un notable parmi d’autres. Je ne vois pas de solution simple. Ce qui me gêne, c’est qu’on parle de plus en plus de la classe médiatique comme on parle de la classe politique. En 1955, si on avait eu un entretien comme celui-ci, on n’aurait pas parlé des médias en général, mais de la presse communiste, de la presse socialiste, de la presse chrétienne, de la presse de droite ; et chacun de ces univers avait ses propres critères. Les uns allaient à vélo, les autres en voiture, les autres prenaient le métro. C’était des micro-sociétés ou des contre-sociétés. Aujourd’hui, nous avons - à l’américaine - un resserrement de l’éventail et un milieu homogène et assez lisse. On peut passer indifféremment d’une rédaction à l’autre. La profession a peut-être gagné en compétence ce qu’elle a perdu en conviction. Le milieu est indépendant, mais l’individu est cent fois plus dépendant de son milieu. Cela se traduit d’ailleurs dans le resserrement du nombre de titres. En 1910, on pouvait lire à Paris plusieurs dizaines de journaux d’opinion différente. Et encore en 1950, passer du Figaro à Libération (celui d’Astier de la Vigerie), c’était passer d’une planète à une autre.
Mais aujourd’hui, lire Libération et Le Figaro, c’est la même chose ?
Il y a des nuances, mais sur un fond commun : une idéologie libérale-européo-décentralisatrice, avec des deux côtés une fascination spontanée pour l’Amérique du Nord. Chaque époque a ses modèles. Convenons que Bush et Kerry, c’est mieux que Staline ou Hitler. On progresse.
« La profession a peut-être gagné en compétences ce qu’elle a perdu en conviction. Le milieu est indépendant, mais l’individu est cent fois plus dépendant de son milieu. »
Vous êtes très virulent contre Le Monde. Est-ce parce que vous avez eu maille à partir avec lui ?
Vous faites peut-être allusion à une correspondance avec l’un de mes anciens élèves, journaliste catholique qui a démissionné de son groupe de presse. Ç’a été publié sous le titre « Le siècle et la règle », et ignoré par la presse, à l’exception de Marianne et du Point de Franz-Olivier Giesbert, mais honoré du prix François Mauriac. Je vous ferai remarquer que dans cet échange, c’est moi, au nom du réalisme, qui prend la défense de ce quotidien, face à un idéaliste qui finit d’ailleurs par rentrer dans les ordres.
Il faut peut-être en parler à l’imparfait, mais Le Monde était devenu un journal sectaire, manichéen et de mauvaise foi. Sectaire parce que sans charité aucune envers ses hérétiques. C’est caricatural dans Le Monde des livres où prévaut la devise : « Nul n’aura d’esprit que nous et nos amis. » Manichéen parce qu’il s’estimait en charge du Bien et du Mal. Vous vous souvenez de l’édito intitulé « la faute de Monsieur Fabius ». Pas « l’erreur » ou le « faux pas », la « faute ». C’est le ton édifiant du XIXe ecclésial. De mauvaise foi enfin, comme tout ce qui n’est pas ce qu’il est et est ce qu’il n’est pas. On n’est pas le journal d’information objectif, pondéré, équidistant qu’on dit être, mais on n’est pas non plus le journal d’opinion qu’on est de facto, parce qu’on n’annonce pas clairement le programme.
Je ne vois que des avantages à ce qu’un parti démocrate franco-américain se constitue, malheureusement sans le Black Caucus ni les syndicats ouvriers - mais de là à ce que ce parti devienne l’arbitre des élégances, non ! La Croix a une religion ouverte et ancienne, cela lui donne un certain recul par rapport aux dernières-nées. Il abat ses cartes. Du coup, il n’y a pas entre l’édito et l’info le même « parasitage » qui fait de la manchette un coup de machette. Je vous avouerai m’être désabonné du Monde, après que le New York Times en est devenu la référence hebdomadaire. Autant j’aurais trouvé formidable la publication tournante d’un grand journal étranger - espagnol, brésilien, japonais, africain, et américain - mais chaque semaine le New York Times, au nom du cosmopolitisme de surcroît, cela m’a paru un peu fort de café. On m’assure que les choses sont en train de changer. Tant mieux. Pourvu que Plantu reste en une...
Vous vous êtes donc félicité du départ d’Edwy Plenel ?
Non. Edwy Plenel est un excellent journaliste, et un homme plus qu’estimable. Le problème est que c’est un intellectuel, donc un militant, un passionné. Un intellectuel est un homme qui fait la guerre en temps de paix, et chaque jour est une bataille à gagner, un plan stratégique à refaire, avec un front principal, des ennemis, des alliances, des renversements d’alliances. Tout un jeu d’échecs très absorbant, qui permet d’installer une influence. Un intellectuel combattant n’a pas pour priorité de rendre le monde intelligible, - ça, c’est la fonction du savant -, il veut rendre son environnement haïssable ou aimable, selon qu’il est ou non conforme à ses valeurs. Pour l’information, ce n’est pas l’idéal. Mais s’il vous plaît, pas de bouc émissaire !
C’est pour cela que vous parliez de dévoiement ?
Le bon mot serait l’hubris, la démesure. Se servir d’un lieu de débat comme d’un moyen de combat. Et puis, on ne peut pas être à la fois juge et partie. On peut parfaitement estimer que tout ce qui parle de nation est du nationalisme, de l’Etat, de l’étatisme, du peuple, du populisme. Si cela était clairement revendiqué, ce serait aussi respectable que la position inverse. Le problème est que ce n’est pas dit. Et que selon que vous adhérez ou non à ce credo, vous serez jugé. Mon cas personnel est négligeable, un parmi cent autres. Tant que j’étais l’ami de la direction, même Sollers me trouvait un brin de talent. Quand je suis devenu officiellement rouge-brun, après la bulle lancée par BHL, le maître des lieux, et affichée en une, « Adieu, Régis », je suis redevenu le plumitif insignifiant que je n’aurais jamais dû cesser d’être. Selon que vous serez puissant ou misérable...
Vous êtes donc d’accord avec ce Premier ministre qui disait : « On ne peut pas gouverner contre Le Monde. »
C’est vrai qu’on ne peut pas faire la politique des élites contre le journal des élites. Dans la mesure où celui-ci cristallisait l’idéologie ambiante, c’est-à-dire Davos plus le cannabis, la fin du Smic plus le multiculturalisme, si vous avez un gouvernement de type libéral-social, vous aurez cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Jospin est passé sous les fourches caudines du Monde de cette époque : cela ne lui a pas réussi. Cela dit, le rapport de forces est ce qu’il est : le directeur du Monde peut « se faire » un ministre, l’inverse est impensable.
« Je regrette l’époque où les journalistes avaient d’autres références que Sciences-Po, le moule à gaufre des vues courtes et convenues. »
Est-ce pour cela que vous trouvez les journalistes « arrogants et désinvoltes » ?
Ce n’est pas leur faute. C’est le milieu technique qui autorise un certain sans-gêne. En 1961, j’ai fait un reportage sur Cuba : j’y suis resté six mois, pour un article de deux pages dans Les Lettres Françaises. En 1964, je suis revenu du Brésil sur un cargo parce que j’étais fauché. Ça m’a donné trois semaines pour tourner ma plume dans l’encrier. C’était une époque où le charter n’existait pas, ni le portable, ni le satellite. Bref, aujourd’hui, difficile pour un journal d’envoyer un type se perdre pendant six mois à l’autre bout du monde.
Maintenant vous recevez un coup de téléphone d’un jeune journaliste pressé qui se présente à peine, vous alloue trois minutes pour répondre à une enquête sur l’existence de Dieu, le futur de l’Europe ou le montant de vos impôts. Quand vous lui proposez de venir en discuter face-à-face, on vous répond qu’on doit boucler l’après-midi et qu’on a autre chose à faire. La politesse est aussi une affaire de technologie. La courtoisie, la flânerie supposent un autre rythme. La pression de la concurrence et le devoir de vitesse font quasiment de l’outrecuidance, de l’inculture et du « je m’enfoutisme » des atouts professionnels. France 2 vous bassine pour venir vous interroger sur l’enseignement du fait religieux à l’école ; vous acceptez pour la bonne cause ; ils arrivent, s’installent chez vous, arrangent les lumières, font sauter votre électricité, vous prennent deux ou trois heures et rien ne passe à l’écran, ou dans le meilleur des cas, cinq secondes prélevées sur un entretien de quinze minutes. Et vous croyez qu’ils vous appelleront le lendemain pour s’expliquer, sinon s’excuser ? Non.
Si vous faites cela à quiconque, vous êtes rayé des listes. Eux, c’est l’impunité. Et puis, entre nous soit dit, ils auraient tort de se gêner, nos arrogants. Les politiques sont devenus leurs domestiques, et nombre d’intellos aussi. On les sonne, et ils viennent. Cent personnes contrôlent l’accès à l’image d’un bon million d’aspirants notables, et l’image ou la notoriété est notre valeur suprême à tous, comme le salut éternel était celle de nos aïeux. Les hommes en noir avaient barre sur eux, comme les décideurs de presse ont barre sur nous. Ils peuvent nous bousiller l’image, et donc la vie, à tout instant. La muflerie est d’ailleurs fonction de l’audimat. On est plus courtois à France 3 qu’à TF1, parce que c’est un distributeur de gloire plus faible. Le journalisme écrit est en général moins mufle que l’audiovisuel, il est moins indispensable. Diderot appelait cela « les idiotismes du métier ». Ce sont ceux de l’époque finalement. Le grand journaliste est bien l’homme d’affaires du génie de notre temps : sa désinvolture fait partie de la désymbolisation générale de la vie. En 1955, on sublimait. En 2005, on désublime. On peut se consoler en pensant que ça ne durera pas.
Vous paraissez regretter le « bon vieux temps » ?
Oui, je l’avoue. Je suis un homme de nostalgie, c’est tout ce qui me reste du révolutionnaire que je ne suis plus. Là où il n’y a plus de nostalgie, il n’y a plus de progrès. Tout en sachant qu’il n’y a pas eu d’âge d’or, je voudrais y revenir. Lénine en 1917 voulait refaire la Commune de Paris, la Commune voulait refaire 1848, ceux de 1848, 1789 et ceux de 1792 voulaient retourner à Rome et à Sparte. La nostalgie fut le sentiment royal du XIXe siècle, qui ne fut pas pour rien le siècle des révolutions. Seuls les conservateurs ne sont pas des nostalgiques. Comme nous vivons la Restauration conservatrice, « nostalgie » est devenu un gros mot. Oui, je regrette le temps où Eric Rouleau partait un mois au Proche-Orient, Robert Guillain des années au Japon, et Niedergang un trimestre en Amérique du Sud avant de pondre une série de quatre ou cinq articles. Ils prenaient leur temps et m’en demandaient, à moi lecteur.
Je regrette l’époque où les journalistes n’étaient pas formatés par les écoles professionnelles, et avaient d’autres références que Sciences-Po, le moule à gaufre des vues courtes et convenues. Où ils avaient une expérience personnelle de la vie, acquise sur le tas. Je regrette le temps où le fin du fin n’était pas le scoop, et même celui où l’on estimait devoir garder par devers soi certaines vérités. Mais je sais bien que cet âge d’or est largement idéalisé, que la grande presse était pourrie - celle d’avant 14 achetée par les ambassades, celle d’après 14 par le Comité des forges. Je ne me fais pas trop d’illusions. Mais le journalisme modeste m’a donné le goût du grand large. Le journalisme de Zorro me donnerait plutôt l’envie de fermer les volets. Cela dit, le temps des Jean Lacouture, des Jean-François Kahn et des Jacques Derogy reviendra, j’en suis sûr. Il ne nous a peut-être même pas quittés, mais on en parle moins. C’est probablement pourquoi j’aime Le Monde Diplomatique, parce qu’il y a encore des articles longs et fouillés sur des sujets lointains. Je ne suis pas toujours d’accord sur le fond, mais c’est un vrai effort de compréhension tourné vers le lointain, alors que tout est fait aujourd’hui pour nous ramener à notre nombril.
« L’idéologie ambiante, c’est Davos plus le cannabis, le fin du SMIC plus le multiculturalisme. »
Dans ce contexte, la défense de la liberté de la presse est une espèce de bouclier pour une profession qui n’a pas envie de se faire critiquer ?
Oui, c’est la tradition dite du « for ecclésiastique ». Dans l’Ancien Régime, les clercs d’Eglise ne pouvaient être jugés que par d’autres clercs. Aujourd’hui, seul un journaliste peut en juger un autre, en sorte qu’il n’y a pratiquement pas de sanction puisque la confraternité le rend tabou, en tout cas en public, devant les laïcs que nous sommes. De toute façon, la dissymétrie est trop forte. Quand M. Kechichian, du Monde des livres, explique que je suis un benêt, il éclaire ses lecteurs, qui sont un million, en montrant sa propre hauteur de vues. Si je lui rendais la pareille en pointant sa dévastatrice incompétence devant mes trois mille lecteurs, j’attaquerais la démocratie, en montrant une âme basse. Donc, je me gare sans moufeter. Normal, non ? Ou alors, c’est une atteinte à la liberté critique, à l’indépendance de la presse, une vengeance du pouvoir, un complot stipendié. La paranoïa est le lot des puissants. Le symptôme infaillible. Le propre du pouvoir est de se croire persécuté.
Je n’ai jamais rencontré un homme d’influence dont le premier mot n’est pas : « Tout le monde m’en veut. On veut ma peau. » Alors, pour se protéger, on réclame une position de surplomb, on veut être maître chez soi. Les directeurs d’opinion, comme auparavant les directeurs de conscience, ne sont pas des élus. Ils n’ont pas la légitimité démocratique. Nous sommes en démocratie d’opinion, ils acclimatent les bonnes opinions mais sans avoir à rendre des comptes, sinon devant leurs actionnaires, et fort peu devant leurs lecteurs. J’en ai personnellement assez du haro sur le politique, du haro sur le ministre. Les élus du peuple font un métier épouvantable, aux rétributions faibles et aux désagréments considérables. Ce haro sur le baudet me semble relever d’une stratégie préventive. La meilleure défense est dans l’attaque. Aux vertus qu’on exige d’un ministre, combien de directeurs d’antenne seraient encore en piste aujourd’hui ?
Mais il existe des pays où la défense de la liberté de la presse n’est pas unvain mot.
Bien sûr. Le principe de publicité est essentiel à la démocratie. On peut pasticher Churchill là-dessus.Lesmaux propres à la surpuissance médiatique sont les pires, à l’exception des maux provoqués par l’impuissance médiatique.
Nous ne sommes pas à Cuba, ni en Corée du Nord. Un intellectuel doit pointer les iniquités sur lesquelles il peut agir et donc commencer par faire le ménage chez lui. Parler des journalistes sûrs de leurs droits n’empêche pas, bien au contraire, de venir au secours des journalistes victimes, partout ailleurs, de leur devoir. Le lissage du milieu professionnel a pour très heureuse contrepartie la solidarité interne au niveau international, favorisée par Internet et les nouvelles technologies. L’esprit de corps a du bon ! Les missionnaires en avaient un aussi, en leur temps.
« Un non-journaliste ne peut pas critiquer un journaliste ». Est-ce pour pallier ce manque que vous avez décidé de lancer votre revue Médium ?
Non, car la médiologie n’a rien à voir avec l’étude des médias. Médium succède aux Cahiers de médiologie, qui étaient une publication bi-annuelle et thématique - la bicyclette, la route, l’automobile, le papier. Dans les 18 numéros des Cahiers de médiologie, aucun ne parle des médias. Médium ne parle pas de communication mais de transmission, qui sont comme chien et chat. Et cela, à travers quatre points d’entrée : l’éducation, l’art, la technique et les religions. La médiologie est une réflexion sur les médiations techniques de la culture, sur ce que l’évolution des outillages transforme dans nos institutions, nos pensées, notre vie artistique, politique, spirituelle, etc. A l’heure de la fracture numérique, c’est indispensable, cette prise de recul. On vit une sorte de Renaissance, de XVIe siècle au carré, avec un basculement non pas de l’écrit vers l’image - on n’a jamais tant écrit qu’aujourd’hui - mais du livre vers l’écran. La lecture devient une lecture de prélèvement, de picorage. Pour généraliser, on peut dire que la communication mange lentement la transmission ou que le transport de l’info dans l’espace, qui est la communication, met en crise le transport de l’info dans le temps. C’est cela qui intéresse Médium, revue qui n’est pas en kiosque comme Médias, mais accessible par abonnement et dans quelques librairies. Nous ne faisons pas la critique des médias, qui savent fort bien se critiquer eux-mêmes. De toute façon, la « prière du matin » qu’était pour Hegel la lecture du journal appartient au passé : à un milieu, né du chemin de fer, de l’asphalte, des kiosques, des rotatives, bref, de toute la sphère déjà datée qui a supporté la naissance du journalisme sur papier, dont la disparition va entraîner la mort de son petit protégé. C’est-à-dire sa métamorphose ou sa renaissance autrement.
Vous êtes très sévère avec la presse et pourtant vous êtes à votre façon un intellectuel médiatique.
Je ne suis pas sévère envers la presse, qui essaye de survivre bon an mal an avec les moyens du bord, comme vous et moi. Je suis sévère envers ses lèche-culs, qui lui rendent un bien mauvais service. Tous ceux, politiques, artistes, intellos, tétanisés par la crainte d’être montrés du doigt par la nouvelle Eglise, et font chaque jour les pieds au mur pour lui complaire. C’est pitié de voir nos hommes publics courir après la jeunesse, idole de l’ère médiatique, comme après l’animateur télé, jusqu’à offrir les hémicycles à des émissions de variétés. Quant à ma petite personne... On est toujours le médiatique de quelqu’un, comme on est toujours le mondain d’un autre mondain.
Il est certain qu’il existe une corruption de l’intelligence par la notoriété ou la recherche maximale de notoriété. Elle consiste à répondre du tac au tac à la demande sociale, aux priorités et à l’agenda de la presse. Je ne crois pas donner trop dans ce travers, mais je me sens aussi corruptible qu’un autre et même un peu plus, à cause d’une certaine faiblesse de caractère. Je prends donc plus de précautions qu’un autre. Vous ne me verrez pas chez Ardisson ni chez Drucker le dimanche. J’ai refusé d’aller « plaider » pour de Gaulle, comme on me l’a gentiment proposé dans je ne sais plus quel hit-parade des plus grands hommes de France. La vie médiatico-intellectuelle repose sur un échange raisonné et toujours craintif de services mutuels. Quand vous contrôlez une cage d’ascenseur, vous avez droit à des retours d’ascenseur. Je n’en occupe aucune : en dehors d’une chronique toute petite dans Le Monde des religions, je n’ai aucune place attitrée dans un hebdo, une radio ou un quotidien, ne fais partie d’aucun jury littéraire, ne suis membre d’aucune académie et n’ai pas de ruban à la boutonnière. Personne ne peut donc attendre de moi en retour une place, un prix, une photo, une bonne critique ou un piston. Cela dit, vous avez raison : les garde-fous ne suffisent pas. Vu de l’extérieur, je suis un intellectuel médiatique comme les autres. Il faut se faire à cette tristesse.
« Il existe une corruption de l’intelligence par la notoriété ou la recherche maximale de notoriété. »
Dans le numéro 4 de Médias, nous avons organisé une interview de Tariq Ramadan. Y a-t-il des personnes à qui il ne faut pas donner la parole, ou avec d’infinies précautions ?
A part les négationnistes et les racistes professionnels, je ne vois pas pourquoi couper le micro aux gens qui ne pensent pas comme nous. Le vieux jacobin que je suis n’a pas précisément d’affinité avec Ramadan mais cet homme a fait l’objet d’une véritable campagne de diabolisation. Ce n’est pas parce qu’on écoute son point de vue qu’on va s’y rallier. Au contraire. Ou alors, établissons un monopole officiel du débat public pour les bons démocrates. Il y a un fond de magie infantile dans le politiquement correct : ce dont je ne parlerai pas n’existera plus. J’exclus, donc j’abolis. Par exemple, Alain de Benoît - qui représente une très vieille tradition de pensée en France, la tradition contre-révolutionnaire, à laquelle je m’oppose de toutes mes fibres républicaines - a été exclu du débat, hitlérisé sans autre forme de procès. Interdit professionnel. Si c’est ainsi, retirons des bibliothèques Joseph de Maistre, Léon Bloy, une bonne part de Renan et la moitié de Bernanos. Au moins, ce sera clair.
Quelle différence faites-vous entre lynchage et excommunication ?
« Lynchage médiatique » est un cliché de confort, une formule machinale. Il y a dans l’excommunication une dimension de liturgie publique, de catharsis collective... L’effet de meute ne doit pas nous égarer. Le lynchage est un crime de foule commis dans la surexcitation d’un attroupement éphémère. Une excommunication est un acte de piété, un exploit moral, prononcé par une collectivité dispersée et qui n’a pas besoin, pour passer à l’acte, de se rassembler. Un lynchage est honteux, y compris pour ses auteurs, qui opèrent de nuit ou à la dérobée ; une excommunication se mène au grand jour. Les brutes lynchent, les clercs excommunient. Quand j’ai été frappé d’infamie par l’Eglise contemporaine, je n’étais plus persona grata dans les milieux officiels. Nous vivions alors sous la gauche morale. Rassurez-vous : elle reviendra.
Que pensez-vous de la mention « relu et amendé » ? On ne peut pas faire confiance aux journalistes ?
La mention relève du fair-play. Quant à la confiance... Je ne serais pas dans vos colonnes si vous ne m’en inspiriez pas. Au risque de me répéter, ce serait du racisme éthique que de parler des journalistes en général. Aussi bête qu’un journaliste parlant des intellectuels en général. Il y a des journalistes que j’estime et d’autres non. Comme il y en a qui m’estiment et d’autres non. Chacun virevolte sans filet, point final. Sauf à rentrer au couvent, et je n’en n’ai pas le courage. Donc, pour l’heure et avec vous, confiance.
Le texte de cet entretien a été relu et amendé par Régis Debray.

Revue Médias















Aux Armes Citoyens ! Plaidoyer pour l’autodéfense
A bas le Parti Vert ! Vive l’écologie !
Quand on aime, il ne fait jamais nuit
Vive Le Pen !
Les intellectuels jugent les médias - Tome 1
Les intellectuels jugent les médias - Tome 2
Faut-il avoir peur de francs-maçons ?
Cantines : le règne de la mal-bouffe ?
Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?


