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Carte blanche

Lettre au journal Marianne

par Robert Redeker

Longtemps j’ai été un de vos collaborateurs assidus. Des années durant j’ai signé dans vos colonnes, cher Marianne, des articles sur l’actualité littéraire et philosophique.

Plusieurs fois, vous me fîtes participer à vos séries d’été - sur le matérialisme, sur Marx, sur Machiavel. Vous me commandiez de l’écriture et je vous en proposais.

Un jour de septembre 2006, ma vie a basculé. Pour certains, je suis devenu une cible, au point qu’aujourd’hui encore je vis sous protection policière. Et pour beaucoup d’autres, du jour au lendemain, je fus ce « chien crevé », à l’instar de Spinoza qui, aux dires d’Hegel, demeura des décennies un tel animal. En souvenir de notre compagnonnage, vous m’avez alors inscrit dans votre ours.

Présent, donc, au sommaire du journal. Mais absent de son contenu. Depuis, en effet, à l’exception de deux pages sur Voltaire à l’automne 2007 et de trois interventions mineures, vous me forcez au silence. Un vrai tour d’apparition-disparition, digne des meilleurs prestidigitateurs  !

Vous refusez toutes les propositions que je vous fais, alors que c’était l’inverse avant ma condamnation et, parallèlement, vous ne m’en faites plus aucune. Rien que depuis janvier 2009, je vous ai proposé d’écrire sur l’actualité éditoriale concernant Calvin, S. Weil, Jacobi, le nihilisme, les ouvrages consacrés à Darwin, le livre décisif de P. Tudoret « L’écrivain sacrifié », les cours de Heidegger sur Nietzsche, l’« Histoire de la théologie » dirigée par Lacoste, Fougeyrollas, Adorno... et j’en passe. Presque jamais de réponse. Comme si je n’existais pas.

Robert Redeker
Robert Redeker
Illustration : Laurence Le Piouff

Désormais, vous m’ignorez : tout en me maintenant dans votre ours, vous ne répondez même plus aux e-mails accompagnant mes propositions de sujets  ! Que peut bien signifier alors ma place dans l’ours  ? Depuis ma solitude - je vis dans une semi-clandestinité et ne vois, hors de mes déplacements encadrés par la police, personne d’autre que les membres de ma famille -, je vous écris très régulièrement. Mais je me heurte à un mur de silence.

Sans doute tenez-vous pour indigne de me répondre  ? On ne s’adresse pas aux chiens crevés, on les ignore  ! Marianne, vous m’avez purement et simplement laissé tomber. Vous trahissez ainsi vos idéaux affichés, vous reniez la promesse de liberté faite à votre naissance. Ce n’est pas très joli de votre part  ! Avouons-le : je ne suis pas du bon côté  ! Pire encore, je ne suis d’aucun côté... Je suis libre d’esprit, c’est intolérable  !

J’ai été agressé deux fois en six mois par des Maghrébins, et je risque vraiment, si la prudence me fait défaut, d’être assassiné un jour dans l’une de ces rencontres de hasard. Je rentre du Danemark, où je suis allé présenter la traduction d’un de mes livres, « Il faut tenter de vivre ». J’ai été accompagné par la police française lors du trajet aérien, et protégé sur place par les deux polices, la française et la danoise.

Le scénario est toujours le même : à l’aéroport de Blagnac, la Police de l’air et des frontières (PAF) s’occupe de moi (je ne passe pas aux guichets ni à la sécurité)  ; arrivé à Orly, ce sont encore la PAF et le Service de protection des hautes personnalités (SPHP) qui me prennent en charge. Ces excellents policiers, des gens formidables auxquels je rends hommage, me suivent partout : je visite le Louvre  ? Ils restent avec moi. Je déjeune au restaurant  ? Ils sont encore là... Ainsi se déroule ma vie quotidienne depuis que j’ai blasphémé : dans une bulle, dans une sorte de sas qui m’isole de la réalité.

Une autre façon de me faire disparaître. De me chasser de la photo de famille tout en laissant mon nom dans le cadre.

Dernier ouvrage paru : "Le sport est-il humain ?", éditions du Panama, juin 2008
Dernier ouvrage paru : "Le sport est-il humain ?", éditions du Panama, juin 2008

 
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