Si, comme le pensait Maurice Blanchot, « la première des libertés est la liberté de tout dire », la seconde est certainement de tout écrire. C’est bien la liberté d’impression qui signe la liberté d’expression. Pour le meilleur ou pour le pire.
Écrivain et éditeur lui-même (chez Gallimard où il a notamment publié « Les Bienveillantes »), Richard Millet le sait bien. Ses ennemis, nombreux, célèbre et virulents, n’en pensent pas moins : « facho », « réac », « homophobe »…
Au fond, que dit Millet ? Que la France fout le camp. La faute à qui ? En vrac, à l’islam, à l’Europe, aux journalistes, aux Noirs, aux enseignants, aux hommes politiques, aux Français… Bref, à la « béatitude démocratique » qui laisse le champ libre à l’inversion des valeurs à travers la dictature des minorités (sexuelles, raciales…). « Je suis catholique, blanc, hétérosexuel, écrivain » et donc… « étranger dans mon propre pays ! ».
La faute, surtout, à ceux qui ont laissé dériver notre langue, autrefois outil du sacré, vers un espéranto minable et pathétique. Millet est inconsolable : « Les grandes âmes ont disparu avec les grandes phrases. »
Le voici contraint d’écrire, la bave aux lèvres et la France en berne, un crucifix dans la main gauche, un dictionnaire dans la main droite. « Je suis en guerre. » On l’avait compris.
Certes, pour un paria autodéclaré de la littérature, être publié dans la « blanche » chez Gallimard n’est pas le moindre des paradoxes… Lui fait-on remarquer qu’il vit de l’argent d’Harry Potter ? Il s’en moque.
Millet dit « aimer les coups ». Alors on le lit avec un mélange d’effroi et de fascination, frappé par la violence et la sincérité de ces courtes pages, par cette argumentation éclatée comme autant de particules amoureuses ou haineuses d’une bombe à fragmentation littéraire.
Vous aimiez les déclinologues ? Vous adorerez les démonologues. « L’opprobre ne suppose pas le goût du scandale, mais quelque chose de mystérieux, de fort : une technique de nage en profondeur. Face au triomphalisme haineux, c’est le souci du juste orgueil. »
Au-delà de la splendeur du style, lisez donc Millet comme un exercice pratique de liberté d’expression. Comme moi, peut-être, vous ne le regretterez pas. Sinon, comme ses ennemis, vous aussi… vous jetterez « L’opprobre » !

Revue Médias















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