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Carte blanche

Médias d’état, état des médias

par Claude Moisy

Comment choisir entre les deux sujets « médiatiques » qui m’ont le plus agacé ces derniers temps ? Le mieux est de ne pas choisir et de les traiter tous les deux. Ils sont d’ailleurs très proches puisqu’ils portent l‘un et l’autre sur les rapports des médias français avec l’autre pouvoir, celui de l’État.
Le premier tourne autour de ces curieux États généraux de la presse organisés par le souverain, comme ceux de 1789, pour rechercher les moyens de sauver la presse écrite quotidienne d’une mort annoncée. Ils ont une fois de plus montré la schizophrénie d’un petit monde qui se prétend perpétuellement menacé par les tentatives de domination venant du sommet de l’État et qui réclame toujours l’aide de ce même État pour se sortir de ses difficultés.
La culture d’assistanat dans laquelle baignent les médias français, comme le reste de la société, depuis les beaux jours de l’économie dirigée d’après la Seconde guerre mondiale, s’est à nouveau manifestée avec autant de candeur que d’obstination. Sur tous les tons, on a proclamé que c’était à l’État de fournir les moyens de la pérennité d’une forme d’information de plus en plus mise à mal par les dernières technologies séduisant les nouvelles générations. Les limites du ridicule ont été atteintes lorsqu’il a fallu attendre des représentants de l’État l’audacieuse suggestion de développer le portage à domicile des journaux quotidiens, fonctionnant parfaitement dans beaucoup de pays depuis des décennies, mais encore peu pratiqué en France.
On a inévitablement ressorti une fois de plus la vieille rengaine de la sacro-sainte pluralité de l’information qu’il est, naturellement, de la responsabilité de l’État de garantir en fournissant les moyens de paraître à des journaux qui ont d’autant moins de lecteurs qu’ils ont plus d’opinions. Quand enseignera-t-on dans les écoles de journalisme que c’est d’abord au quotidien d’information générale qu’il incombe de pratiquer le pluralisme en présentant au public différents points de vue sur un même sujet ?
Mon autre agacement est venu des réactions à la nouvelle loi sur l’audiovisuel public. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas besoin de chaînes de service public si c’était pour les obliger à courir après l’audience en dépendant de la publicité. On sait bien que c’est la recette de la bêtise et de la vulgarité. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. L’unanimité du monde politico-médiatique s’est surtout faite pour condamner comme un recul de la démocratie le retour à la nomination du président de France Télévisions en Conseil des ministres. « Comme au temps de l’ORTF ! », s’est-on écrié avec horreur.
Je me demande quel besoin a eu Nicolas Sarkozy de couper les verges pour se faire battre en légalisant ainsi un état de fait qui n’a pas changé en France depuis que la télévision existe. Pure provocation ? Car, quelles que soient les différentes hautes autorités qui ont été inventées pour donner le change, il n’y a encore jamais eu un patron de l’audiovisuel public français qui n’ait été nommé par la volonté du chef de l’État. Cela se saurait. Et le comble de la flagornerie a été atteint par la vertueuse indignation manifestée par quelques anciens présidents de l’un ou l’autre de ces organismes dits « de contrôle ». Ces messieurs dames savent pourtant mieux que personne qu’ils n’ont jamais décidé qui serait à la tête de la télévision publique.

 
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