Pierre-Louis Basse anime une belle tranche d’infos à la mi-journée, le week-end sur Europe 1, et met le ballon rond en équation chaque lundi soir. Pas encore quinquagénaire, ce journaliste est aussi écrivain, dans la lignée d’un Jean Prévost. On peut être rétif aux idées de Pierre-Louis Basse, difficile en revanche de ne pas aimer le personnage.
Rien de plus éloigné du dandy que l’animateur de « Faites comme chez vous ». Râblé, dense, Pierre-Louis Basse passerait plutôt pour un « homme de peu » allant cultiver son jardin ouvrier que pour une star du journalisme. Son monde, c’est la culture ouvrière, Nizan et Camus, la Résistance et les luttes sociales. Ferré et Reggiani, plutôt que les paillettes, le foot business ou les soirées chez Castel. Il ne vit pas dans les parages du Flore, ou, pire, de l’Avenue, mais à Saint-Ouen. Même si Guillaume Durand est « un frère », le footballeur Bernard Lama, « un grand ami », et qu’il avoue « une énorme affection » pour Jérôme Garcin, il ne fréquente guère les people et déteste le mot lui-même.
C’est peut-être pour cela qu’en 2003, il avait déclenché l’alerte sur les risques d’émeutes en banlieue. Dommage que son livre « Ma ligne 13 1 » n’ait pas été lu par nos éminences politiques et médiatiques. « Je suis effrayé par la cécité de notre métier face à certaines réalités. Où étaient les journalistes avant, pendant et après les émeutes ? Il a fallu que ce soit des Suisses qui réalisent le Bondy Blog et viennent vivre dans les quartiers ! »
Journaliste de radio depuis plus de vingt-cinq ans, il aura passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à Europe 1. Il y est entré au service des sports en 1986, après avoir réussi à décrocher un rendez-vous avec Elkabbach. « Gérard Carreyrou m’a donné ma chance en m’accordant un contrat de trois mois pour débuter. » Les deux hommes avaient beaucoup parlé littérature et histoire. Pour Pierre-Louis Basse, Europe 1 c’est LA radio, celle que toute sa famille écoutait, dans une cuisine où l’on parlait couramment la langue communiste. Père et grand-père résistants. « Je me souviens que mon grand-père ne s’est jamais senti proche de Thorez ou de Marchais parce qu’ils s’étaient planqués durant la guerre. » Ce grand-père avait été interné dans le camp où se trouvaient les vingt-sept fusillés de Châteaubriant, dont Guy Môquet. Un Guy Môquet dont Pierre-Louis Basse avait écrit la biographie bien avant que, par la grâce de Sarkozy, il ne devienne une icône républicaine et obligatoire. Basse salue d’ailleurs l’initiative présidentielle. Pour la beauté du geste, l’émotion partagée. Comment d’ailleurs échapper à la figure du jeune lycéen puisque c’est la mère de Basse qui, secrètement, mit à l’abri les planches du baraquement sur lesquelles les vingt-sept avaient gravé leurs derniers mots.
Le jeune Nantais aurait pu passer par la case délinquance et s’y perdre : « La frontière est toujours mince... » Mais la fidélité à une histoire familiale et à son code de valeurs l’emporte. Basse se prend d’amour pour la littérature, les beaux textes et l’histoire. L’homme qui s’est rêvé champion de ski fera trois khâgnes avant de tomber dans la radio, au grand dam de sa mère qui le voulait professeur. Avant Europe 1, il tâte de Sud Radio, de Radio Top Essonne, de Radio France Hérault.
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Pour Basse, « le journalisme c’est l’action et le rêve ». Une façon d’agir sur le réel, de faire avancer les choses et, bien sûr, la possibilité de rencontres avec des femmes et des hommes remarquables. « À Europe 1, je suis responsable de mon émission, titre compris. J’invite qui je souhaite dès lors que la personne est de qualité, que son action ou sa pensée nous aident à comprendre le monde et à sortir de nos certitudes. C’est moi qui ai voulu cette tranche l’après-midi car la matinale demande trop d’engagement physique et personne n’a jamais cherché à m’imposer un invité. » L’homme est fier d’avoir gagné 400 000 auditeurs ces trois derniers mois.
Respect pour le travail et l’effort, respect de ceux qui ont droit à la culture et au savoir, même si ce ne sont pas des héritiers. Goût de l’apprentissage et de la connaissance, aversion pour le relativisme et l’absence de hiérarchie. « Sur ce point, je me sens en parfait accord avec Finkielkraut qui refuse que l’on confonde Camus et Cauet, Sartre et Dechavanne... » Basse veut pratiquer un journalisme de vigilance, qui dérange. Il ne s’agit pas de suivre la pente douce du consensus mais de maintenir le cap d’une véritable rigueur, de proposer aux auditeurs des choix tranchés. « Les bateleurs sont à la mode, mais il faut se battre pour aider à discerner le vrai du faux. Dire que Gracq n’est pas Fogiel et que Romorantin-Créteil, ce n’est pas Italie-Brésil. Le combat est là. Je suis une sorte d’espion qui apporte à Europe le souffle et les références de mon monde. »
Basse, qui fut pourtant licencié d’Europe 1 en 2004 pour y revenir en 2006, affirme bénéficier d’une liberté totale : « Je n’ai jamais été censuré, ni politiquement, ni intellectuellement. » Ce qui n’interdit pas les prises de bec, à tout le moins les discussions. Il ne se veut pas militant, ayant depuis longtemps pris ses distances avec tout embrigadement. « Lorsque le PC a refusé d’appeler à une marche silencieuse pour l’assassinat de Pierre Goldman, j’ai jeté ma carte. »
Le journaliste à la voix chaude définit Europe 1 comme « un bel ensemble de personnalités. Il y a des individualités qui s’apprécient plus que d’autres, comme dans une famille, des personnes avec lesquelles on peut avoir des désaccords mais qui sont respectables ». On pourrait ainsi le croire très éloigné d’une Catherine Nay, à bien des égards son antithèse, mais pour autant il lui voue estime et affection. « Elle assume ses choix et fait remarquablement bien son travail. J’adore discuter avec elle car elle a un vrai regard sur l’actualité et ses acteurs. » La relation est identique avec Elkabbach. Ils sont on ne peut plus différents, mais partagent une même passion de l’information. Basse refuse de jouer les victimes ou les héros : « Je ne suis pas obsédé par la politique mais je sais d’où je viens. » Il sait surtout s’en souvenir.
« C’est Pierre-Louis Basse, qui, le premier, émit un doute sur un certain match OM-Valenciennes. »
Et le sport dans cette histoire ? Pierre-Louis Basse aurait pu écrire « Plaisirs des sports », le beau livre de Jean Prévost ; au lieu de quoi, il cosigne en 1993 « Un rêve modeste et fou », une biographie élégante et serrée de Cantona, qui va le faire entrer dans la catégorie des écrivains ayant du souffle. Plus tard, il va nous gratifier d’un « 19 secondes 83 centièmes 4 », sur la course sidérale de Tom Smith aux JO de 1968, terminée par un poing levé depuis quarante ans. Basse ne commente pas le sport, il le raconte et le fait vivre. C’est lui aussi qui, le premier, émit un doute sur un certain match OM-Valenciennes. Ce fait d’armes lui vaudra les foudres et le tenace ressentiment de Bernard Tapie.
Ainsi va Pierre-Louis Basse, entre passions affirmées et détestations assumées. À des années-lumière du journalisme de cour. Résolument côté contre-pouvoir. Finalement, c’est surtout pour lui une belle manière de parler aux hommes, de les ramener à la réalité. « Ce monde n’a pas de sens supérieur, disait Camus, mais l’homme est le seul être à exiger d’en avoir. »

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