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Georges-Olivier Châteaureynaud

Plume ou souris ?

par Léo Huisman

Georges-Olivier Châteaureynaud, nouvelliste et romancier français, prix Renaudot en 1982 avec « La faculté des songes ». Dernier titre paru : « L’Autre rive », Grasset, 2007.

L’écriture m’a pris très jeune, dès sept ans, en pension. Pour sortir de l’ennui. Puis, c’est devenu à l’adolescence une activité sacrée et, à vrai dire, assez puérile. La poésie appelle la sacralisation. J’écrivais donc des poèmes que je calligraphiais sur de beaux papiers. La prose narrative m’a libéré une première fois. Encore fallait-il que je trouve un modus operandi me permettant d’arriver à une écriture véritablement efficace.

J’ai abandonné les beaux papiers et la calligraphie, et me suis tourné vers la machine à écrire. Pendant les vingt premières années de mon activité d’écrivain, il n’y avait pas d’ordinateurs. Taper à la machine représentait un gain de temps, certes, mais restait encore un travail de longue haleine. J’ai donc vécu une seconde libération avec l’arrivée de l’ordinateur. J’ai été l’un de ceux qui ont acheté les premiers ordinateurs avec un simple traitement de texte. À l’époque, c’était une machine d’une lenteur assez extraordinaire. Chaque fois que je faisais une sauvegarde, je voyais tout mon texte défiler sous mes yeux. Mais c’était un grand bond par rapport aux manuscrits successifs, aux refrappes inlassables.

Aujourd’hui, je me sers d’un ordinateur portable, même si je ne travaille que chez moi. Mais je dois préciser que j’écris toujours à la main. J’écris d’abord à la main par séquences de quinze, vingt lignes que je ressaisis immédiatement sur mon ordinateur.

Plume ou souris ? Je suis dans ce domaine à voile et à vapeur. Il y a quelque chose dans le fait d’écrire à la main d’extrêmement satisfaisant pour l’esprit, ça coule littéralement. Le mot qui va du cerveau à la plume donne l‘impression d’un surgissement naturel. Il émane de nous comme une humeur. Sans être fétichiste, j’ai besoin de ce manuscrit. C’est un brouillon nécessaire, mais il reste un brouillon destiné à la poubelle. Je prends d’ailleurs très peu de notes. Les seules que je prenne sont mes idées de nouvelles ou de romans. Je les consigne dans un vieux registre de comptable. Une fois ma nouvelle ou mon roman terminés, je reviens à mon registre et inscris le titre de l’ouvrage et un “ok”.

Dernier “ok”, une nouvelle, “Escargot, pie, furet”. Dernière phrase écrite : “Nulles bêtes prodigieuses ou improbables ne hantent plus l’étage désinvesti. Gorbius et Terebent, en les fuyant, les ont entraînées avec eux. Jusqu’où ? Sous quels cieux ?


 
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