La scène se passe en 2003 sur le plateau de Fogiel (France 3). « Marco » accueille ce soir-là pour invités trois compères du PAF, Laurent Ruquier (France 2) en tête et deux moutons noirs en puissance, en l’occurrence François Léotard et Sheila. Quand vient le tour de Ruquier, on frise l’événement le plus important depuis que l’homme a inventé la pierre taillée. Pensez-donc ! C’est à son tour - ouaf ! ouaf ! - de présenter cette année le concours Eurovision de la chanson. Alors que - ouaf ! ouaf ! - Marco s’en était chargé l’année précédente.
Du reste, il y a de quoi s’attarder sur cet antécédent. A l’époque, Fogiel et ses complices s’étaient tant gaussés, et avec tant de délicatesse, du physique de certaines candidates étrangères, que les ambassadeurs à Paris des pays concernés avaient très vite, ensuite, fait officiellement savoir leur compréhensible courroux. En tout cas, dans l’immédiat, plus rien (d’autre) ne compte sur le plateau. Ruquier et Fogiel en rajoutent des tonnes. Tétanisés, Léotard et Sheila, qui n’existent plus, se terrent dans leur coin. On imagine qu’il en aurait été de même d’un quelconque prix Nobel qui se serait égaré par là.
Un peu plus près de nous, chez Fogiel toujours. En réponse à quelques insistantes questions du même Marco, Lambert Wilson, qui donne rarement dans le genre expansif, entreprend d’évoquer - en douceur - ses relations au moins complexes avec son Georges Wilson de papa. Et, dans la suite du débat, se met à raconter le déroulement d’un tournage à Hollywood. Des tournages rigoureux, minutés, sans bavures, mais surtout froidement hiérarchisés. C’est intéressant, rarement entendu, ça a l’accent du vécu et de la sincérité. Trop, sans doute. Au côté de Lambert, l’animateur (M6) et paraît-il comédien Michaël Youn s’agite façon cancre de CE2, interrompt constamment, débilise...
Coup de fil dès le lendemain de notre part à une ponte de la direction de France 3. Question : « Expliquez-moi. Quand un invité extérieur à la télé se met ainsi un peu à nu, comment accepter qu’un, comment dire, lui coupe comme ça, sans cesse, la parole ? » La réponse vaut son pesant de redevance : « Vous comprenez, l’intérêt du public faiblit vite, il faut donc sans cesse relancer. » Sûrement la bonne justification.
On vous parle de Fogiel, on aurait pu aussi évoquer Ardisson, lequel, en mai dernier, recevait par exemple Alain Chabat. Celui-ci n’est plus que comédien, mais enfin, il s’est révélé sur Canal +, dans « Les Nuls ». Les protagonistes sont donc strictement entre eux, dans leur monde, le seul qui vaille, celui de la télé. Passe une hôtesse, qui, selon une tradition de l’émission, tend à l’invité une série de cartes où il y a « à gagner ». Et qu’est-ce qu’il a gagné, le remarquable Chabat ? Le droit d’aller, en régie, embrasser, sur la bouche (!), la réalisatrice de l’émission, Catherine Barma, la si exceptionnelle, la tellement prodigieuse Catherine, qui, que, dont, à laquelle, etc.
Le PAF en est là. Enfin, il en est aussi là : à s’autoglorifier, à s’autocongratuler, à s’autocommémorer en permanence. Dix mille fois diffusées les fameuses séquences où Patrick Sébastien se déguise en candidat brutal, sinon odieux à différents jeux télé. Cent mille fois remontré le plan où Philippe Gildas « reconnaît » sur le plateau de « Nulle part ailleurs » (Canal +), sous la perruque d’un étrange partenaire, son vieux complice Antoine de Caunes ! Six cent mille fois disséqué, reconstitué, analysé le tour de piste du même Michaël Youn en string sur le podium des « 7 d’or ». Ce qu’on rit, ce qu’on s’amuse, ce qu’on est bien, dans la grande famille de la télé !
Remarquez, elle est accueillante. Et toujours prête à ouvrir le club. De préférence ou plutôt uniquement à ceux qui viennent de se faire remarquer récemment dans... une émission de télé. Un temps, dans un grand coup de menton et de préservation de sa différence (supposée), France Télévisions avait élevé le ton, et le niveau : pas question d’accepter sur nos plateaux ces sous-êtres qui se sont illustrés dans les crétineries de la télé-réalité ! L’oukase n’a duré que quelques mois et Steevy, du premier « Loft » (M6) fut vite enrôlé dans l’équipe de Ruquier, toujours lui. Depuis, ça n’arrête pas. On vous avait déjà fait beaucoup bénéficier des lumières de Massimo Garcia (« La Ferme célébrités », première édition). D’une chaîne à l’autre, le public a eu double, triple, quadruple édition de « La Baronne » (« La Ferme », deuxième) et à égalité avec n’importe quel chef de parti politique. Ceci pour le courant des choses. A l’échelon supérieur, et même si la finale de ses « misses » est désormais l’affaire de TF1, Geneviève de Fontenay assure, dans le public comme dans le privé, tous plateaux confondus.
La désignation, début juillet, de Patrick de Carolis comme président de France Télévisions pourrait sonner le branle du « marché des transferts » (des animateurs-producteurs). Comprenez que les mêmes pourraient se retrouver ailleurs, mais avec les mêmes invités, les mêmes ficelles et les mêmes rétrospectives. Il est permis de redouter que ça n’atténue guère leur autocomplaisance.

Revue Médias















Aux Armes Citoyens ! Plaidoyer pour l’autodéfense
A bas le Parti Vert ! Vive l’écologie !
Quand on aime, il ne fait jamais nuit
Vive Le Pen !
Les intellectuels jugent les médias - Tome 1
Les intellectuels jugent les médias - Tome 2
Faut-il avoir peur de francs-maçons ?
Cantines : le règne de la mal-bouffe ?
Les homosexuels font-ils encore peur ?
Pour ou contre l’homéopathie ?
Pour ou contre la garde alternée ?
Peut-on tout dire ?
Les Français sont-ils antisémites ?
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?
Faut-il croire les journalistes ?
Faut-il avoir peur des religions ?
Et si on jugeait les juges ?


