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A contre-courant

RMC info, radiographie d’un succès

par Vincent Monnier

Chacun son astuce pour motiver ses troupes. A RMC, c’est une courbe qui s’étire sur l’un des murs de la station. Partant du sol et semblant vouloir percer le plafond, elle comptabilise les scores d’audience de la radio depuis octobre 2001 et sa reprise par Alain Weill. Une succession de « + 5 % », « + 8 % », « + 10 % ».

Autant de chiffres insolents dans un paysage radiophonique plutôt exsangue où les principales radios généralistes peinent à juguler l’hémorragie d’audience. En juillet dernier, RMC Info a même battu un record Médiamétrie en obtenant un vingtième résultat consécutif à la hausse. Mieux que France Info à ses débuts. Mieux que les grosses radios musicales. « Et encore, explique Jean-Jacques Bourdin, l’un des animateurs vedettes de la station, nous ne disposons que de 160 fréquences sur la France contre 250 pour les grandes radios nationales. » Soit un bassin d’auditeurs limité à 35 millions de personnes contre 45 millions pour les concurrents. Du coup, RMC est encore à la traîne sur les audiences cumulées : 5 % en juillet dernier, contre 11,5 % par exemple pour le leader RTL.

Il y a un paradoxe RMC. Seule généraliste à progresser, elle est certainement celle qui, aujourd’hui, affiche le meilleur bulletin de santé. Ce qui ne l’empêche pas de s’attirer les lazzis en rafale. Dans le petit monde des médias, son format de talk-radio axé principalement sur le sport et l’actualité est souvent comparé à celui d’une radio bla-bla. Une radio tabloïd. Une radio ras du comptoir où chacun vient pousser sa gueulante. Une radio « vox populiste » où tout le monde a un avis sur tout. « La critique “RMC radio popu donc forcément populiste”, c’est un peu fatigant, souffle Bourdin. Et puis il y a derrière tout ça l’idée un peu snobinarde que laisser la parole aux auditeurs, ce n’est pas noble. » Mais le concept de libre antenne ne tend-il pas à promouvoir l’idée que tout se vaut, la parole d’un péquin comme celle d’un spécialiste ? «  Quand on parle du SMIC, j’ai l’impression qu’un type qui gagne 1 200 euros par mois a plus de choses à nous raconter que tous les sociologues. » Pas faux. Même si on peut reprocher à la station son penchant pour les envolées un rien démago. Comme cette phrase entendue à l’antenne et destinée aux auditeurs : « Vous vivez ce que nous ne vivons pas : le quotidien. »

« Nous ne transformons pas les auditeurs en éditorialistes, se défend Alain Weill, 44 ans, le président de Next Radio qui regroupe RMC Info, BFM et BFM TV. Ils sont là pour apporter un témoignage sur un sujet d’actu. Du vécu. Pas forcément pour nous donner une opinion. » Et de poursuivre : « Bizarrement, on entend des critiques, mais dans le même temps, on voit nos concurrents reprendre beaucoup de nos idées, notamment en développant l’interactivité avec les auditeurs. » Ce repositionnement s’entend en effet dans d’autres slogans. Le « Parlons-nous » d’Europe 1. Le « Vivre ensemble » de RTL. Presque une forme d’hommage pour RMC revenue de loin. « Sauvée des ondes », comme titrait Le Nouvel Observateur, il y a quelques mois.

« Il y a derrière tout ça l’idée un peu snobinarde que laisse la parole aux auditeurs, ce n’est pas noble. »

Début des années 1990, l’ex-« station du soleil » a alors tout d’une rombière cannoise ayant abusé des UV. « Radio au service de l’Europe nouvelle », née en 1943 sous la férule du ministère des Affaires étrangères allemandes, Radio Monte-Carlo a connu son heure de gloire, au début des années 1980, où elle réussit un temps à marcher sur les plates-bandes de RTL. Mais la station subit de plein fouet l’arrivée des radios FM, perdant notamment le monopole des ondes dans le sud de la France. Ses animateurs vedettes comme Jean-Pierre Foucault font la malle, son audience s’effrite, ses déficits se consolident. Ils atteignent même les 100 millions de francs annuels au milieu des années 1990.

La radio survit alors grâce aux bonnes œuvres de la principauté de Monaco et de l’Etat français, coactionnaires de la station. En janvier 1994, fatigué de renflouer les caisses, le gouvernement Balladur décide de se débarrasser de cette onéreuse danseuse. Sans grand succès. Ce n’est qu’en 1998 qu’un repreneur est finalement trouvé. Ce sera le groupe pharmaceutique Fabre. Celui-ci enrôle quelques stars de la télé. Parisianise l’antenne. Confie une émission baptisée « Allo Bernard » à Bernard Tapie qui, chaque jour entre 8 h 30 et 9 h, devient le « Macha Béranger » diurne de RMC. Mais la formule ne prend pas. En juillet 2000, le groupe Fabre s’apprête à revendre la station au groupe NRJ qui souhaite en faire une radio tout-info. Mais la vente capotera. Déjà propriétaire de quatre réseaux (NRJ, Chérie FM, Nostalgie, Rire et Chansons), le groupe en reprenant RMC aurait dépassé le seuil maximal d’auditeurs potentiels autorisé par la loi et fixé à 150 millions de personnes.

C’est alors qu’Alain Weill, directeur général de NRJ, ayant suivi de près le dossier de rachat, décide d’y aller en solo. Il rallie un fond d’investissement autour de son projet : adapter en France le concept des talk-radios américains. Du sport, de l’actu, des débats permanents. Et faire de RMC une radio hexagonale et non plus repliée sur le Sud. La formule surfe sur la méfiance à l’égard du prêt-à-penser journalistique. Et promeut une espèce de radio-réalité. Pour ce faire, Alain Weill attire dans ses rets Jean-Jacques Bourdin, présentateur vedette de RTL, en lui donnant carte blanche pour une nouvelle émission. Et quand ses concurrents débauchent à coups de gros chèques des stars de la télé, il se concentre sur des people de second plan : Luis Fernandez, Brigitte Lahaie, Christian Spitz, le « Doc » de Fun Radio... Une politique toujours en cours. Ce qui donne parfois l’impression que la grille des programmes ressemble à une maison de retraite où voisinent une ex-star du porno, un ex-P-D.G (Jacques Maillot), deux ex-entraîneurs de football et pas mal de grognards du sport...

Avec Alain Weill, RMC va également changer de régime. Finies les largesses de la Principauté. Bonjour le régime sec. « Aujourd’hui encore, il faut demander une autorisation à la compta pour changer son stylo usagé », raille une salariée. La radio quitte ses bureaux monégasques et son pied-à-terre des Champs-Elysées pour un immeuble en bordure de périphérique. Des services comme la comptabilité sont externalisés. Un guichet départ est ouvert. Résultat : la station compte aujourd’hui une centaine de salariés contre six cents au milieu des années 1970. « Nous avons une organisation de start-up, explique Alain Weill. C’est ce qui fait notre force. Contrairement à nos concurrents, nous n’avons pas de grosse structure, d’héritage à gérer. » Cette sérieuse réduction de la voilure va de pair avec une certaine modération salariale pour la rédaction. Quant aux animateurs vedettes, leurs salaires, plus élevés, sont indexés sur leurs performances. « Comme dans n’importe quelle entreprise », explique Weill. C’est-à-dire aucune autre radio.

Jusqu’où ira RMC Info ? Pour le moment, la station est handicapée par son manque de fréquences. En particulier dans sa couverture du nord de la France. Conséquence de son ancien format régionaliste. « Nous sommes bien entendu candidat aux nouvelles fréquences que le CSA prévoit d’ouvrir. Il est temps que toute la France bénéficie d’un pluralisme de l’offre sur les généralistes ! »

Vincent Monnier est journaliste au Nouvel Observateur.


 
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