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Edito

Rester aux aguets

A la fois témoins et protagonistes de la campagne, les médias ont été au cœur de l’élection présidentielle. Et pas seulement après l’attaque en règle menée par François Bayrou contre les grands groupes de presse au service exclusif, dénonçait-il, du "couple" Sarkozy-Royal. On en a tout dit. On leur a tout reproché. Une chose et son contraire. D’être trop puissants et, en même temps, de se faire distancier par la blogosphère. Les journalistes étaient un jour absents et, le lendemain envahissants. Et comme toujours, le maudit tandem médias-sondages était accusé de tous les pêchés de la République après qu’on s’en fut allégrement servi pour s’imposer aux siens...

Rien de bien neuf. Sur le fond, au moins. Sur l’intensité des critiques, un suil a été franchi. Comme si l’on se sentait enfin autorisé à régler ses comptes, à dire tout haut son exaspération, à se venger d’une certaine suffisance. Beaucoup qu n’aiment pas les médias l’ont fait savoir. En plus grand nombre qu’on pouvait le penser.

Il faut dire que la personnalité d’un des candidats - qui, finalement, s’est imposé- laissait craindre à certains que plusieurs des médias parmi les plus puissants se mettent à son service. S’il n’en fut rien - quoi qu’en disent les militants du camp adverse-, le doute était là. Il s’est immiscé, puis installé, soupçonneux, mordant, corrosif.

On l’a rappelé, à juste raison, Nicolas Sarkozy est un proche, voire un intime de quelques-uns des grands patrons de la presse française. Il se présente même comme le "frère" d’Arnaud lagardère. Plus interventionniste que ses prédécesseurs, il n’hésite jamais à interpeller un journaliste, à téléphoner à une rédaction, à "influencer" tel ou tel de ses amis en charge de l’info. Il ne s’en cache guère. Jouant même l’étonné quand on s’en inquiète. On a bien le droit de choisir ses amis. Ils sont aux manettes ? Qu’y puis-je ?

De cette proximité, les journalistes ont tout à craindre. Ils doivent rester aux aguets. Quand Sylvio Berlusconi se vante de conseiller "Nicolas", on peut hausser les épaules devant cette nouvelle fanfaronnade du tycoon italien. Mais quand même.

Aujourd’hui, les journalistes se savent sous surveillance. Le public ne leur pardonnera pas de manquer de vigilance. Paradoxalement, l’arrivée du candidat de l’UMP aux commandes de l’Etat peut avoir un effet positif, obligeant chacun à se montrer encore plus sourcilleux en matière d’indépendance. L’épisode du yacht en a donné un avant-goût. Encourageant. D’autant que l’ironie et même l’insolence n’ont pas été l’apanage des seuls médias classés à gauche. Et certains silences, oublis ou rétentions d’informations font désormais débat public.

Au lieu d’enfourcher le vieux canasson de la lutte des classes entre patrons de médias, vendus à la droite libérale, et rédactions, gardiennes de l’éthique et de la probité, pouruqoi ne pas parier sur les chances qu’offre toute nouvelle époque ? Une époque qui verrait, par exemple, la presse reconquérir un public las de son manque d’audace et d’impertinence.


 
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