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Radio/Télé

Hervé Bourges :

Sur le ring de l’audiovisuel

par Emmanuelle Duverger et Robert Ménard

Hervé Bourges en connaît un rayon sur l’audiovisuel. Directeur général de RFI, président de Canal + Afrique, PDG de TF1 puis de France Télévisions, et, enfin, président du CSA, il a occupé tous les postes. Et en parle... sans hésiter à cogner.

Vous étiez président de TF1 lorsque celle-ci a été privatisée : un « coup de poignard », disiez-vous.

TF1 était la chaîne de tous les Français. Je m’étais battu pour qu’elle redevienne la première. Aujourd’hui, quand TF1 se targue de sa réussite en termes d’information, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un héritage. Même si le groupe Bouygues l’a indubitablement fait fructifier en y mettant beaucoup de moyens. Le coup de poignard ? Il n’y avait pas de précédent, dans le monde, de privatisation d’une chaîne publique. Il fallait créer des chaînes privées. J’en étais personnellement convaincu. Mais la décision fut partisane et TF1en fit les frais.

Et la Cinq ?

Mitterrand l’a proposée à Berlusconi parce qu’il tenait à instaurer une concurrence entre les chaînes du public et celles du privé.

Mais pourquoi Berlusconi ?

Parce qu’il n’avait pas trouvé, en France, les partenaires de son choix. Le seul dont il ne se méfiait pas, c’était Rousselet, à qui il a confié la création de Canal +. La suite lui a donné raison, puisque Canal est devenue une très belle chaîne. Mais au départ, c’était un cadeau fait à un ami.

Comment expliquer que le journal de TF1 continue à séduire deux fois plus de spectateurs que les autres ?

Ce leadership est historique, car l’information n’y est pas meilleure qu’ailleurs.

Laquelle regardez-vous, vous qui avez été le patron de TF1 et de France Télévisions ?

Je regarde parallèlement les journaux deTF1, France 2 et ceux de France 3.

En même temps ?

À 20 heures, je zappe. Je commence généralement par la chaîne publique parce que j’y ai mes repères. Mais quand TF1 annonce un invité ou un sujet important, je la regarde. Je regrette toujours qu’il n’y ait pas plus d’informations internationales sur l’une et l’autre, mais on sait, hélas, que le grand public s’y intéresse peu, à moins d’un tsunami ou d’une révolution.

Selon vous, la privatisation a été un « désastre » pour le service public.

Combat inégal. En effet, si le privé est confronté à des exigences de budget et de résultat - un maximum d’audience et des programmes payés le moins cher possible -, les contraintes du public sont plus nombreuses : cahier des charges, vocation éducative et culturelle, pesanteurs administratives, restrictions financières...

Les pressions politiques existent toujours ?

Oui, encore maintenant.

Le service public est moins libre qu’une chaîne privée ?

Le privé se fixe des résultats d’audience qui impliquent des programmes dont le citoyen ne se sent pas toujours très fier. C’est une autre logique.

Ce n’est pas le cas dans le domaine de l’information ?

Les contraintes existent, même inconsciemment. En termes d’info, ce sont l’autocensure des journalistes et, surtout, la bien-pensance, la « pensée unique » qui pèsent.

photo : Charles Duprat
photo : Charles Duprat

« Arrêt sur images » a été victime de censure ?

Je regardais l’émission de Daniel Schneidermann toutes les semaines et je l’appréciais beaucoup. Personnellement, je regrette qu’elle ait été arrêtée. Néanmoins, une chaîne est totalement libre, en fin de saison, de mettre un terme à une émission dans le cadre de la réorganisation de ses programmes. Dans ce cas, on ne peut parler de censure.

C’est pourtant ce que dénonçait Schneidermann !

De sa part, une autre réaction eût été surprenante...

Vous-même, avez-vous subi ou exercé des pressions ?

Un seul appel de l’Élysée lorsque je présidais TF1, et ce ne fut pas une pression. En octobre 1985, après un raid israélien sur le QG de l’OLP en Tunisie, Claude Sérillon fit au journal de 20 heures une analyse erronée des suites diplomatiques de ce raid. Mitterrand m’a appelé aussitôt pour démentir. J’ai alors fait savoir à Sérillon qu’il lui fallait rectifier son information. Pour ma part, je n’ai jamais exercé de pression, ni en tant que patron de chaîne, ni durant mon mandat au CSA. Et pourtant, combien de personnes nous appelaient pour trouver scandaleux tel ou tel programme annoncé et nous demander d’intervenir. La réponse du CSA était toujours identique : jamais d’intervention a priori.

« «  Certains Premiers ministres étaient assez interventionnistes, comme Alain Juppé ou Laurent Fabius. » »

Les interventions des politiques sont fréquentes ?

Ils se plaignent toujours. D’une manière générale, ils ne regardent pas la télévision. Manque de temps. En revanche, leurs proches et leurs militants, pour la plupart des zélateurs, appellent sans cesse pour dénoncer tel ou tel traitement qui serait défavorable à leur champion. Et si je n’ai pas souvenir de pressions directes de la part d’un président de la République, que ce soit Mitterrand ou Chirac, certains Premiers ministres étaient assez interventionnistes, comme Alain Juppé ou Laurent Fabius. Une exception notoire : Pierre Mauroy. Mais cela ne veut pas dire que ceux qui appellent obtiennent satisfaction.

Ce sont eux-mêmes qui vous appelaient ?

Plutôt leur entourage. Laurent Fabius, alors Premier ministre, m’a même demandé, par l’intermédiaire de Georges Fillioud, ministre de la Communication de l’époque et ami de longue date, de lui aménager, de façon régulière, une invitation au sein du journal pour s’adresser aux Français. Comme pour les émissions de Mendès France à la radio. C’était impossible ! On a alors créé une émission, « Parlons France », en dehors du journal, pendant laquelle il a pu s’exprimer : c’était limite, même si un droit de réponse fut organisé. Les hommes politiques veulent toujours passer à la télévision. C’est normal. C’est leur métier. Mais ceux qui se plaignent le plus souvent de ne pas être invités par le service public, lorsqu’ils ont le choix entre France 2 et TF1, se dirigent systématiquement vers la chaîne privée. Question d’audience.

François Bayrou, qui a attaqué deux fois TF1 de façon assez violente sur le plateau de Claire Chazal, l’aurait fait de la même façon face à PPDA ?

Bayrou n’avait rien à perdre à attaquer TF1 et à être très offensif. Bien au contraire. La preuve, c’est qu’il y passe régulièrement maintenant. Je ne sais pas si ce qu’il dénonçait était réel, en tout cas, cela faisait partie de sa stratégie et elle a payé.

Reste-t-il une différence entre public et privé ?

TF1 et France 2 sont deux chaînes sœurs, qui ont à peu près le même nombre de journalistes et des programmes quasi identiques, à l’exception de la téléréalité absente du service public. Néanmoins, il existe davantage de programmes éducatifs et culturels sur France 2. Au fond, ce que souhaiteraient l’actionnaire comme les téléspectateurs, c’est que France 2 ait les programmes d’Arte avec l’audience de TF1 : cette télévision n’existe pas.

Pour sa part, Patrick Le Lay a souvent demandé une distinction plus claire : au service public les émissions culturelles et au privé le divertissement. Avec son corollaire en matière de financements : les fonds privés à la télévision privée et les fonds publics au service public. Bien entendu, si c’était le cas, on tuerait le service public. Car on n’impose pas aux téléspectateurs les émissions qu’ils regardent. Et combien de ceux qui disent : « Pivot nous manque ! » le regardaient réellement ? La télévision publique doit trouver un équilibre entre qualité et audience. Et je ne suis pas persuadé qu’on y arrive en diffusant des opéras en prime time.

Programmer « Le Trouvère » de Verdi l’été dernier en prime time était une erreur ?

Bien sûr. La captation de pièces de théâtre ou d’opéras est un exercice difficile. Leurs formats ne sont pas adaptés à celui de la télévision. Et puis, le public amateur d’opéra est trop restreint pour espérer faire de l’audience. Le service public doit donner à aimer le théâtre, le cinéma, la peinture, la musique, mais à travers des émissions plus grand public. Il en existe déjà de bien faites, comme « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddeï sur France 3, ou « La Boîte à musique » de Jean-François Zygel sur France 2. À noter aussi un beau pari réussi pour France 2 avec la retransmission récente, en direct, de « Faisons un rêve » de Guitry. Une piste à explorer pour une « télévision populaire de qualité ».

Vous n’aimez pas la téléréalité. Est-ce une aversion personnelle, liée à votre éducation stricte ?

La téléréalité déshonore l’individu. C’est la chienlit de la télévision. Aux téléspectateurs de s’en détourner si les programmes leur déplaisent.

Vous parlez pourtant de « démoralisation »...

Parce que ces émissions sont ignobles ! On expose des individus tout heureux, semble-t-il, d’étaler leurs plaies à la télévision. On y célèbre le culte du plus fort. Même si la France n’est pas la pire en ce domaine, vous avouerez que « L’Île de la tentation » et « Koh Lanta » sont lamentables. Plus grave : de nombreuses émissions de télévision ont en commun bêtise et vulgarité. Et ce n’est malheureusement pas spécifique à la téléréalité !

Êtes-vous favorable à la seconde coupe publicitaire sur le service public ?

Je ne veux pas m’en tirer par une pirouette, mais le financement du service public est un sujet épineux. Je ne suis pas choqué par le fait que cette deuxième coupure ait été demandée, mais je comprends qu’on ne l’accorde pas, car cela mettrait en danger toute la presse écrite. En revanche, je suis pour l’augmentation de la redevance qui est, chez nous, l’une des plus faibles d’Europe. Cela ne se fera probablement pas puisqu’il s’agit d’un impôt, dont la hausse est toujours mal perçue. Mais c’est pour moi un impératif. Accompagné, il est vrai, d’une gestion rigoureuse du service public.

Vous avez été choqué par les propos de Patrick Le Lay sur le « temps de cerveau disponible » ?

Patrick Le Lay a formulé sa pensée d’une manière particulièrement cynique, qui en a indigné beaucoup. Mais il n’a fait qu’exprimer la réalité : il fait de la télévision pour gagner de l’argent. Pour cela, il lui faut de la publicité. Et pour attirer les annonceurs, les programmes doivent plaire au plus grand nombre. C’est la pratique courante d’une chaîne commerciale, exprimée brutalement par son patron.

Les rapports entre patrons de presse sont difficiles ?

Les chaînes privées, et notamment TF1, n’imaginent pas qu’elles puissent être concurrencées par des chaînes publiques. J’ai eu avec Patrick Le Lay des rapports très tendus, voire très durs lorsque j’étais patron de France 2 à propos d’une émission, « La Nuit des héros ». Arrêtée par France 2, cette émission avait été reprise, sous un nom différent, mais dans un format identique, par TF1. Nous avons fait un procès, que nous avons gagné en première instance, en appel et en cassation. Un jour, je reçois un appel de Patrick Le Lay qui m’annonce qu’il a préparé un chèque - la somme était très élevée puisqu’il y avait eu plagiat : 55 millions de francs ! - et qu’il le tient à ma disposition. Il finit en me disant : « À partir d’aujourd’hui, c’est la guerre. Je vous tuerai, je vous briserai. » J’avais autour de moi plusieurs collaborateurs qui l’ont entendu. Patrick Le Lay a ensuite prétendu ne pas s’en souvenir. Il peut en effet oublier dès le lendemain ce qu’il affirmait la veille.

Comment avez-vous pu vous retrouver arbitre face à ce même Le Lay en tant que président du CSA ?

Je me suis efforcé d’exercer mes fonctions de manière indépendante et impartiale. J’avais décidé de faire abstraction des conflits du passé. Et j’ai volontairement « oublié », pendant la durée de mon mandat, que j’avais été moi aussi patron de France 2 et donc de la chaîne concurrente de TF1 pendant quelques années.

Et lui ?

Je n’en sais rien, mais j’ai reçu à moult reprises Le Lay et Mougeotte, et les rendez-vous se passaient normalement. En revanche, si la réaction de Patrick Le Lay, dans l’affaire à laquelle je viens de faire allusion, peut être mise sur le compte de la colère, j’ai vécu un autre événement, beaucoup plus grave. À ce degré de responsabilités, on est sans cesse l’objet de déstabilisation. J’en ai moi-même été victime. Début 1993, alors que je suis à la tête de France Télévisions, je reçois, un soir, un appel de Franz-Olivier Giesbert, alors directeur de la rédaction du Figaro. Il m’annonce qu’il publie le lendemain à la une la preuve de ma participation dans une société de Pierre Botton, à l’épo-que l’objet de procédures judiciaires. Je n’avais jamais ren-contré Botton de ma vie. Interlo-qué, je lui demande de quoi il s’agit et il me répond qu’il a entre les mains le K-bis d’une des sociétés de Botton où figure mon nom. J’apprends que ce jour-là, des journalistes de TF1 ont fait le siège de tous les quotidiens et de tous les hebdomadaires en apportant ce document pour qu’il soit publié. Je réponds que c’est un faux, et qu’à sa place, je ne le publierais pas... J’ai vérifié auprès du registre du commerce et évidemment, il s’agissait d’un faux, assez grossier d’ailleurs, car mon nom avait été rajouté frauduleusement...

photo : Charles Duprat
photo : Charles Duprat

Qui avait fait cela ?

J’ai porté cette affaire devant la justice et les auteurs - qui travaillent toujours aujourd’hui dans les médias, mais à qui j’ai promis de ne plus citer leurs noms car ils m’ont présenté leurs excuses - ont été condamnés. Patrick Le Lay a demandé à me voir tout de suite et nous avons eu une longue conversation durant laquelle il m’a certifié n’être pour rien dans cette histoire. Je l’ai cru. Je n’en dirai pas autant de certains cadres haut placés dans son entourage... Je tiens à préciser que j’exclus, par intime conviction, Étienne Mougeotte de la machination. Il y a eu, et c’est une première à TF1, perquisition dans les bureaux de la direction, puis procès. On a condamné les exécutants de ces basses œuvres, pas les commanditaires.

C’est à l’image des mœurs de la télévision française ?

La télévision est un monde violent. Cette affaire s’est déroulée au moment de la création du groupe France Télévisions, que TF1 voyait d’un très mauvais œil.

C’est comme cela avec tout le monde ?

Pas du tout. J’avais de bonnes relations avec Francis Bouygues, par exemple. Après la privatisation de TF1, j’ai dîné chez lui dans sa propriété de Sologne où il m’a présenté « mon » contrat : je devenais, entre autres fonctions, son conseiller personnel, avec quatre fois mon salaire de l’époque, voiture, chauffeur, etc. Mais je n’ai pas donné suite.

Et Jean-Pierre Elkabbach ? Il vous parle encore ?

C’est plutôt moi qui aurais toutes les raisons de ne plus lui parler. En 1993, Édouard Balladur m’a contacté pour me dire : « Vous avez très bien fait fonctionner le service public, mais vous ne pouvez pas vous représenter : ma majorité ne le supporterait pas. » Le pouvoir, à gauche comme à droite, pensait encore, à ce moment-là, que les médias étaient à sa disposition. Je ne me suis donc pas représenté, alors que le CSA m’aurait reconduit. Je ne voulais pas être président de France Télévisions contre l’État : situation trop préjudiciable à mes équipes, qui auraient fini par me le reprocher. On m’a alors proposé différentes fonctions que j’ai refusées les unes après les autres, dont un poste d’ambassadeur à Dakar ou New Delhi. J’ai accepté celui d’ambassadeur auprès de l’Unesco. Je voulais rester à Paris, car je sentais que les choses pouvaient bouger très vite pour moi. J’ai eu raison : en janvier 1995, Mitterrand m’a nommé président du CSA.

« J’ai beaucoup d’estime pour Elkabbach en tant qu’interviewer, mais était-il fait pour diriger France Télévisions ? »

Revenons à Elkabbach...

Il était l’un des vice-présidents de la commission de réflexion pour le service public, dite commission Campet. L’autre étant Jean-Marie Cavada. Tous les deux avaient très envie de me succéder. On disait que Cavada avait les faveurs de Balladur dont la femme aimait beaucoup « La Marche du siècle ». Finalement, c’est Jean-Pierre Elkabbach qui a été élu par le CSA en décembre 1993. J’ai beaucoup d’estime pour l’intervieweur, mais était-il fait pour diriger France Télévisions ? Avec l’affaire dite « des patates », il a scié la branche sur laquelle il était assis : il a dénoncé les «  contrats en or » des animateurs-producteurs (Arthur, Delarue...), alors qu’il les avait lui-même conclus. Il est même venu me voir en me proposant de sacrifier son équipe, croyant sauver sa tête. Il m’a ensuite attribué une partie de la responsabilité de sa chute, alors qu’il en était l’unique artisan. Pendant longtemps, il ne m’a plus adressé la parole. C’est fini maintenant, on se parle tout à fait normalement.

France 24 a 80 millions d’euros de budget, CNN, 1 milliard d’euros et la BBC, 600 millions d’euros...

France 24 débute, laissons-lui le temps et donnons-lui les moyens de réussir. Même si, personnellement, je ne trouve pas le montage réalisé très convaincant, elle doit devenir cette grande chaîne internationale qui nous manque. Il faut qu’elle ait les moyens de faire ses propres images, et les satellites nécessaires pour être bien diffusée. L’erreur et la confusion seraient de vouloir marier France 24 et TV5, alors que cette dernière est une chaîne francophone et généraliste. Elles n’ont pas du tout la même vocation. Je suis opposé à leur fusion. L’audiovisuel extérieur français - tous médias confondus, y compris RFO -, c’est 600 millions d’euros. J’ai suggéré, dès le mois d’août dernier, de créer une holding regroupant l’ensemble des entreprises concernées - France 24, RFI, TV5, etc. -, et préparant les rapprochements nécessaires.

Deux initiatives peuvent être prises rapidement. Le vrai média mondial aujourd’hui est le multimédia. Il est donc indispensable que la France se dote d’un portail unique d’informa-tion internationale de référence sur Internet. Il est également essentiel d’assurer la distribution mondiale de nos chaînes d’information multilingues (Euronews, France 24), et de la chaîne généraliste francophone (TV5), en rapprochant leurs équipes de distribution pour démarcher leurs clients potentiels, bouquets satellites, ADSL ou cablo-opérateurs dans le monde entier. C’est un ensemble de chaînes qu’il faut proposer aux opérateurs, non une chaîne isolée.

Vous avez été conseiller technique de Ben Bella dans les années 1960, alors qu’il était président de la République algérienne.

J’ai d’abord effectué mon service militaire en Algérie, à Sétif, à partir de 1958, durant trente mois. Croix de la valeur militaire. Lors de l’indépendance, j’y suis retourné, après avoir combattu le système colonial et la guerre d’Algérie comme beaucoup d’autres. J’étais animé à l’époque par le souci d’aider au rapprochement et à la réconciliation franco-algérienne. Cela a peut-être été la seule période utopiste de ma vie.

On vous l’a longtemps reprochée...

Je suis même étonné d’avoir pu faire une telle carrière malgré ces critiques. Lorsque je suis rentré d’Algérie en 1967, j’étais littéralement tricard, aussi bien à droite qu’à gauche. Pour les uns, j’étais un traître. Pour les autres, une barbouze. J’ai pris de gros risques. Rien de ce que j’ai obtenu dans ma vie n’a été quémandé ni sollicité. Que ce soit à RFI, à TF1 ou à France Télévisions, j’ai toujours été appelé pour des développements, des remises en ordre, des sauvetages. Cela n’a pas été pour me déplaire : j’aime me battre.

"Ma rue Montmartre : petite chronique citadine, médiatique et politique", éditions Ramsay, mars 2007
"Ma rue Montmartre : petite chronique citadine, médiatique et politique", éditions Ramsay, mars 2007

 
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