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A contre-courant

Entretien avec Maurice G. Dantec :

Sus aux bien-pensants !

Celui qui se présente comme « un type bizarre » persiste et signe. Pour lui, il n’y a pas d’interlocuteur maudit. L’auteur sulfureux de la Série noire défend les « dialogues transversaux ».

Que pensez-vous de la volée de bois vert que vous a valu votre échange avec le Bloc identitaire ?

Pourquoi croyez-vous donc que j’ai fui la France, sinon parce que, pris entre la vérité du cataclysme et la police des idées, je ne pouvais que choisir l’exil ? Mon erreur aura été de croire que, parce que je vivais en Amérique du Nord, mes écrits seraient protégés par la Constitution américaine ou canadienne. J’avais oublié en effet que la France est une sorte de « Mini-Chine Pop » et qu’elle s’assure d’un contrôle étatique sur la production écrite - et même électronique maintenant ! - de ses citoyens que ne renierait pas un apparatchik de Pékin !

Lorsque j’aurai acquis ma nationalité canadienne, j’envisage sereinement de renier ma citoyenneté française, l’idée commence pour de bon à faire son chemin. On est en fait toujours surpris par ce mélange de lâcheté, d’inexpiable bêtise, de crasse intellectuelle qui provient de la multitude des bien-pensants, et de leurs maîtres à « penser » des tabloïds culturels. Mais en fait, au moment où tout cela est arrivé, je venais d’achever les corrections du Théâtre des Opération III (celui dont la maison Gallimard, sous la pression de Pierre Marcelle, et des autres, s’est vue obligée de retarder la parution) et j’étais sur un nouveau roman. Je n’ai pas très bien réalisé ce qui se passait durant les tout premiers jours. Jusqu’à ce que des amis « bien informés » me fassent comprendre que j’avais placé ma tête sur le billot, au moment où tous mes ennemis s’y attendaient le moins. La surprise fut, je crois, égale de part et d’autre.

Ces « dialogues transversaux », seriez-vous prêt à les mener avec des personnes, des groupes qui vous sembleraient menacer des idées qui vous sont chères comme « la défense des valeurs judéo-chrétiennes » ou « la pérennité de la civilisation européenne » ?

Je l’ai déjà fait : la réponse en fut une bordée d’injures et de sarcasmes - voir, par exemple, ma mésaventure sur le site uzine.net, avec Mona Chollet et sa meute, en 2001. Cela promettrait aujourd’hui d’être vraiment très chaud, autant dire qu’il vaudrait mieux, une fois de plus, que je me taise.

Avez-vous, à un moment, regretté d’avoir échangé ces courriers avec le Bloc identitaire ? D’être allé trop loin ?

Non, ce que j’ai regretté, peut-être, c’est de les avoir rendus publics sans aucune précaution. Mais je persiste à penser qu’il faut dialoguer avec ces gens-là, comme avec d’autres, précisément pour essayer de changer certaines de leurs préconceptions les plus préjudiciables à leur propre combat, s’il s’agit de se battre pour la liberté et pour le christianisme. Mais en fait, si j’en crois Pierre Marcelle, je me trompe : il vaut mieux attendre tranquillement que 15 ou 20 % de la population française soit islamisée, dans le contexte géopolitique que vous savez, et qu’en retour, le FN fasse au moins 40 % des voix. Pierre Marcelle et ses groupies du Nouvel Obs ou des Inrocks n’ont jamais vu de guerre civile ? Cela va bientôt changer.

Vous vous affichez comme un défenseur d’Israël. Mais n’avez-vous pas le sentiment que certains, au nom du « devoir de mémoire », de la Shoah, tentent de disqualifier toutes critiques de la politique actuelle des autorités israéliennes en les taxant d’antisémites ? Où fixez-vous la limite entre critiques et antisémitisme ?

Oui, hein ? Et comme c’est bizarre, ce sont précisément toutes les pleureuses du « devoir de mémoire », du Nouvel Obs à Ardisson, de Lefait à Nick Mamère, qui aujourd’hui sont les plus férocement antisionistes, les plus opposées à la « grande politique » de Bush et de Sharon ! Je signale à ce titre qu’il est tout à fait permis de chier à longueur de temps sur Sharon, Begin ou Golda Meir, et que c’est précisément la gauche pacifiste israélienne qui est « éthiquement inattaquable ». Rappelez-moi ? Combien de sketchs « zumoristiques » déjà, au sujet des pacifistes ? C’est qu’encore une fois les intorsions du nihilisme restent incomprises.

Je n’ai pas la place de faire autre chose ici qu’une rapide synthèse : mais comprenez bien que les vrais antisémites, de « gauche » ou de « droite », préféreront toujours un « Juif » plus ou moins « assimilé » à la République - vivant dans une diaspora, privé en fait de son identité - donc plus ou moins de gauche ou de droite, et athée, c’est-à-dire une victime, désignée comme telle dans les deux cas : commémoration pleurnicharde ou phantasme d’extermination, qu’un Juif se battant pour sa terre, sa nation, biblique, vieille de 55 siècles.

Je suis contre tout recours aux tribunaux tant que les limites du droit véritable ne sont pas franchies, comme aux USA (pas d’appels nominaux au meurtre, etc.). M. Warschawsky (exemple) et les organisations non gouvernementales propalestiniennes ont donc le droit de dire tout ce qu’ils veulent à propos d’Israël, ce n’est pas mon problème. En revanche, j’ai le droit, moi aussi, de dire ce que je veux d’Arafat et de ceux que je considère comme des kapos de l’islamisme. M. Warchawsky a donc le droit de dire de Sharon qu’il est un « criminel de guerre », en toute diffamation. Je ne me priverai pas en retour de lui jeter à la face le fait qu’il est - lui - le complice objectif des exterminateurs de Juifs.

« On est toujours surpris par ce mélange de lâcheté, d’inexpiable bêtise, de crasse intellectuelle des bien-pensants »

Comment réagissez-vous à ce qui est devenu « l’affaire Dieudonné » ? Si vous aviez été à Paris, seriez-vous allé manifester devant l’Olympia pour défendre son droit à la liberté d’expression ? Les humoristes ont-ils le droit de tout dire, de tout brocarder ?

Les Zumoristes ont le droit de rire de tout. A condition qu’ils fassent rire. Je ne suis certes pas pour un recours systématique à la justice, surtout pas dans le cadre « juridique » (est-ce encore un juris ?) français. En revanche, rien ne nous interdit de leur dire tout haut ce que nous pensons de leur humour de pétomanes nazis lorsque c’est le cas, pour Dieudonné comme pour les Guignols de l’info. Idem pour les groupes de rap racistes vantant le « viol des Blanches » et la destruction de la civilisation francaise.

Michel Houellebecq pour avoir dit que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam », Oriana Fallaci pour son pamphlet « La rage et l’orgueil » ont été poursuivis par des organisations antiracistes. Comment jugez-vous ce recours aux tribunaux pour trancher entre ce qui peut être dit et ce qui ne doit pas l’être ?

C’est l’arme des faibles et des petits inquisiteurs moralitaires. Celle des Djerzinsky cuculturels à la mode Arno Vivianov. Ils sont à leur sommet. Donc leur ère s’achève. Je comprends leur panique. A ce titre, je m’étonne de n’être pas déjà poursuivi par la justice franchouille pour au moins quatre ou cinq chefs d’inculpation, le moindre n’étant pas : propagande pour la guerre. Il faudrait d’urgence prévenir les juges de la République. Une association charitable, comme Ras l’Front ou le Mrap, saura sûrement y pourvoir.

Avez-vous le sentiment que les interdits ont évolué avec le temps, que certains sujets sont plus difficilement abordables aujourd’hui ? Y a-t-il régression du débat démocratique ?

Débat ? Quel débat ? Y a-t-il débat en ce moment ? Toutes les véritables questions politiques d’importance qui engagent le sort de la France et de la civilisation européenne sont systématiquement bannies des médias, des débats publics, de toute micro-forme de discussion - voir ce qui m’est arrivé pour deux e-mails et deux expressions un peu rudes extirpées de leur contexte !

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit du fondement même de la Révolution française et de son régime de « terreur » démocratique. Dans l’ère des nihilismes post-modernes, cette terreur est éparpillée en chaque citoyen, qui devient le flic des autres, et d’abord de lui-même. Tout ce qui remettrait en question le Grand Simulacron jacobin doit être immédiatement proscrit, et j’en comprends très bien la raison : ce Grand Simulacron de l’État français ne tient plus qu’à un fil. Lorsqu’il sera coupé, tout s’effondrera.

En France, le « débat » doit se tenir entre gens du sérail. Sur le plan politique : ce n’est tout de même pas un type qui n’a pas fait Paris VIII qui pourra venir nous parler de Deleuze et tenir tête au professeur Linderberg ! Sur le plan littéraire : ce n’est quand même pas un auteur cyberpunk de série noire qui va nous apprendre à lire Nietzsche, de Maistre, Blanchot ou Abellio !

« Seuls ceux qui sont capables de penser, pensent ; seuls ceux qui sont capables d’agir, agissent. »

Vous dénoncez la « bien-pensance » dans les médias dominants. Que voulez-vous dire par là ? Et qui visez-vous exactement ?

Si nous devions tenir à notre tour une « blacklist », j’ai peur que toutes les pages de l’annuaire parisien n’y suffisent pas. Ils signent en toute tranquillité leurs crimes contre la lettre et l’esprit, chaque semaine, voire chaque jour, dans leurs quotidiens et leurs hebdomadaires. On les a entendus à la radio, sur France Inter, le 1er février dernier, se vautrer, comme le dénommé Arnaud Viviant, dans la fange pestilentielle qui leur tient lieu de « culture ». Je laisserai maintenant le soin à l’histoire, ou ce qu’il en reste, de juger ces Francisque Sarcey de la littérature d’après la littérature.

Vous êtes un utilisateur assidu d’Internet. Avez-vous l’impression de trouver sur la Toile des informations que ne diffusent pas les grands médias traditionnels ?

C’est même la principale raison du succès d’Internet ces dix dernières années, au moment même où la chape de plomb idéologique, en Europe occidentale, commençait à dépasser en pesanteur ce que les ex-républiques populaires de l’Europe de l’Est tout juste libérées du communisme avaient connu durant un demi-siècle !

Internet véhicule aussi des informations fausses, invérifiables ou d’autres encore nauséabondes. Comment faire le tri ?

Cela s’appelle : sélection, recoupements multiples, vérifications par voies indirectes. Un travail de flic. Ça tombe bien, je suis auteur de romans « policiers ».

Croyez-vous que la provocation est la bonne méthode pour faire bouger les gens, les faire réfléchir par eux-mêmes ?

Seuls ceux qui sont capables de penser, pensent ; seuls ceux qui sont capables d’agir, agissent. Je ne suis pas un « provocateur », cela ne m’intéresse absolument pas, à la différence d’Alain Soral - « agitateur social depuis 1976 », appellation garantie.

Vous vivez au Canada depuis 1998. Est-ce à dire que vous estimez pouvoir vous y exprimer plus librement qu’en France ?

A peine plus, mais assez pour entreprendre de devenir Nord-Américain : le Canada est à mi-chemin entre l’Ancien et le Nouveau Monde, il ne s’est jamais vraiment trouvé. Paradoxalement, cela veut dire que tout, ou presque, reste à faire. Quant au Québec lui-même, jamais je n’ai vu une telle dévolution du langage et de la pensée. C’est le nihilisme noam-chomskyen à tous les coins de rue, à chaque colonne de journal ; festival du livre anarchiste par-ci, manifs pro-Arafat par-là, « performances anti-guerre » entre les deux : un antiaméricanisme typiquement franchouillard, mais en plus jésuite, et sans la moindre culture politique véritable. Ici, l’antisionisme de « gôche » a très bien su se marier avec l’antisémitisme latent du « souverainisme-nationalisme » des Québecois qui, je le rappelle, soutinrent massivement Pétain jusqu’en 42 (avant que les USA ne leur bottent les fesses) et se refusèrent par un vote 2/3 - 1/3 à toute conscription pour libérer le sol de France et d’Europe (il fallut un ordre anglo-fédéral pour que les Québecois acceptent de mourir contre le nazisme) ! Après, ces gens-là viennent constamment vous prendre la tête avec le méchant empire britannique d’Amérique du Nord. Ils en ont d’ailleurs trouvé un nouveau encore plus méchant, et encore plus américain, à 80 km au sud de Montréal !


 
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