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Presse

Alain Weill :

Tout réinventer ou mourir

par Emmanuelle Duverger et Christophe Labarde

Un nouveau « French tycoon » ? Discret, opiniâtre, rusé, ce routier de la radio, passionné d’information et de marketing, est d’abord passé par HEC avant d’apprendre son métier auprès de Jean-Paul Baudecroux, chez NRJ, puis de voler de ses propres ailes.

En quelques années, il a bâti un groupe de médias atypique dont il contrôle aujourd’hui 35 % du capital. Autour de la radio, qui reste le cœur historique de NextRadioTV (avec les marques RMC et BFM), une chaîne de télévision sur TNT (BFM TV) ainsi que des magazines et un site Internet leader sur les nouvelles technologies (groupe Tests). Et, depuis peu, un quotidien économique, La Tribune, racheté à Bernard Arnault, logé sous sa holding personnelle. Au total, une capitalisation boursière comprise entre 260 et 350 millions de francs pour plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et quelque 650 salariés. Ses détracteurs soulignent que le groupe est durablement endetté, que le pari de La Tribune est risqué et que le cours de bourse de NextRadioTV n’a guère décollé depuis son introduction. Ses supporters, au contraire, expliquent que, sur la même période, la capitalisation boursière de NRJ a été divisée par trois... Ils soulignent le pragmatisme du patron de NextRadioTV, son obsession du marketing et son sens du « coup » : arracher par exemple l’exclusivité des droits de diffusion radio de la Coupe du monde de football 2002. Ou improviser le débat François Bayrou et Ségolène Royal entre les deux tours de la dernière élection présidentielle.

En attendant, Alain Weill, 47 ans, a fait son entrée au panthéon des fortunes françaises. Pas de quoi émouvoir cet homme tranquille, étranger aux paillettes du showbiz, qui partage ses loisirs entre sa famille et ses amis.

Il reçoit Médias au siège de son groupe, dans l’immeuble moderne, sobre et fonctionnel, qu’il partage avec quelques concurrents (le groupe Lagardère, la chaîne KTO...). Ambiance simple et studieuse dans son bureau d’angle, perché au-dessus du périphérique.

Lorsque Alain Weill nous rejoint, le photographe est en train de « shooter » son bureau dont le journaliste d’un grand quotidien du soir avait cru bon, à l’occasion d’un portrait qui lui était consacré, de devoir souligner la banalité...

C’est donc ça la fameuse table qui vous sert de bureau ?

Lorsqu’on a déménagé RMC de Monaco, certains meubles pouvaient encore servir, et notamment cette table. Je l’ai rapportée à Paris. On n’allait quand même pas la jeter ? Franchement, je ne comprends pas pourquoi les journalistes se sont arrêtés à ce détail...

Peut-être parce que vous avez la réputation d’être très peu dépensier... On dit même que vous avez bâti un groupe « low cost ».

Je sais, et c’est un peu de ma faute. Au moment de notre introduction en Bourse, j’ai employé cette image parce que je pensais que le concept était à la fois compréhensible et attrayant. L’image était certainement trop belle, elle est restée, elle nous colle un peu à la peau. En réalité, nous sommes « low cost » par rapport aux opérateurs historiques. Nous n’avons pas leur lourdeur. Nous n’avons pas non plus leurs moyens. Alors nous les mettons en priorité là où c’est stratégique. Ce qui n’a rien à voir avec la qualité.

Dans les compagnies aériennes « low cost », ce n’est pas sur les avions qu’on économise. Au contraire. Quand vous prenez un vol easyJet, vous voyagez dans un avion aussi moderne que ceux d’Air France. Plus moderne parfois. Et aussi bien entretenu.

Dans nos métiers, c’est pareil. Lorsque nous avons négocié l’exclusivité des droits radio pour la Coupe du monde de football, je me souviens que nos journalistes voyageaient en classe économique pour aller commenter des matchs dont nous avions l’exclusivité. Dans la cabine avant, en business, il y avait les journalistes des chaînes concurrentes... privées de matches !

Est-il vrai que vous avez été influencé par l’ouvrage « Do More With Less » de Patrick Mercier ?

Oui. J’en ai acheté une dizaine pour les offrir à tous mes collaborateurs. C’est un bouquin original et dans lequel je me suis reconnu. C’est bourré de conseils utiles qui m’ont beaucoup aidé lorsque j’ai repris RMC, par exemple.

Comme ?

J’ai retenu qu’il fallait toujours être numéro un de quelque chose ! Être numéro deux sur tous les plans n’est pas viable. Aujourd’hui, RMC est leader sur le sport. BFM sur l’économie. BFM TV sur l’information. Le groupe Tests sur les nouvelles technologies. Et nous réfléchissons, évidemment, à faire de La Tribune le leader de quelque chose...

photos : Christophe Zaragoza
photos : Christophe Zaragoza

« Évidemment, une non-information reprise par une dépêche, dans nos métiers, ça devient...une information ! »

Il paraît aussi que vous voulez déjà être numéro un chez vous, dans votre propre groupe...

Là encore c’est ma faute. Dans une réunion un peu anodine, au cours d’un débat, j’ai expliqué que lorsque le fonds d’investissement Alpha, qui m’accompagne depuis sept ans et qui a évidemment vocation à sortir, allait se retirer, je monterai très naturellement dans le capital de mon propre groupe. Entre nous, c’est une parfaite « non-information », à la fois banale et logique. Lorsqu’on possède 35 % d’une entreprise qui va bien, on a évidemment envie d’en posséder plus, d’être encore un peu plus chez soi.

Les investisseurs d’Alpha le savent. Je le sais. Les observateurs le savent. Tout le monde le sait. Mais dans la salle, ce jour-là, il y avait un journaliste de Reuters qui a fait une dépêche. Évidemment, une non-information reprise par une dépêche, dans nos métiers, ça devient... une information ! Alors, elle s’est d’elle-même transformée en « scoop ». En quelques heures, c’est devenu « Alain Weill lance une OPA sur son propre groupe ! »

Il faut dire qu’on n’a jamais parlé autant de vous que depuis que vous avez racheté La Tribune.

Franchement, j’en ai été le premier surpris. D’un point de vue capitalistique, BFM TV était quand même une opération bien plus importante que La Tribune. Mais en France, c’est comme ça. Le « vrai » statut, dans les médias, c’est patron de presse. Je n’y peux rien !

Pourtant la presse va mal...

C’est un euphémisme. La presse quotidienne nationale est même en voie de disparition. Je pense que personne n’en a vraiment conscience. Imaginez : pas un seul quotidien ne gagne de l’argent ! La seule et vraie question qu’il faut se poser, c’est : « Quel est le prochain titre qui va disparaître ? »

Cela dit, là aussi, c’est un peu une spécificité française. Partout ailleurs dans le monde, la presse écrite va mieux qu’on ne le dit. Même avec le développement d’Internet, les médias traditionnels continuent à bien se porter et à se développer.

Pour être honnête, quand j’ai regardé le dossier de La Tribune, ça m’a conforté de voir que Murdoch rachetait le Wall Street Journal. Son groupe fait preuve d’une grande vision. Je me suis dit que si lui aussi investissait dans la presse écrite, je n’étais pas totalement fou !

En France, aujourd’hui, tout le monde devrait être en train de repenser le système, de tout réinventer en fonction de la nouvelle demande, des nouveaux circuits de distribution, des nouvelles habitudes de consommation d’information... Hélas ! au lieu de se retrousser les manches, on continue à se demander comment maintenir telle ou telle habitude, tel ou tel avantage...

Que faudrait-il changer pour inverser la tendance ?

Beaucoup de choses... Si on compare avec d’autres pays, nos journaux coûtent environ trois fois plus cher. Pas uniquement à cause du syndicat du Livre. C’est un tout. Le système, modèle issu de la guerre avec un statut un peu particulier, n’a pas su évoluer : le journal qui arrive à 11 heures au bureau quand vous avez déjà écouté la radio et regardé Internet, c’est mort ! Je ne parle même pas du Monde qui arrive le lendemain en province... Sincèrement, vous pensez que ce système peut tenir encore longtemps ? La presse doit renoncer à s’accrocher à son rôle historique.

Du point de vue du contenu, elle doit s’affirmer dans un rôle nouveau, qui n’est pas concurrent mais complémentaire des nouveaux médias. Au lieu de le nier, elle doit en tirer parti. Proposer plus de recul, de vérification, d’analyse... Du point de vue de la gestion, il faut aussi « tourner la page », si j’ose dire, et gérer de façon plus dynamique, plus moderne.

Et de ce point de vue, je suis très optimiste car il me semble qu’il y a beaucoup de réserves de croissance et d’innovation. Regardez les magazines. Ils sont très dynamiques en termes de marketing. Étrangement, ce n’est pas le cas des quotidiens qui ont eu tendance à s’endormir. Beaucoup n’ont même pas leur propre service commercial. Ma conviction, c’est qu’il faut gérer une entreprise de presse comme une autre industrie et ne pas se placer systématiquement dans la défense d’un modèle et d’une nostalgie. En termes de marketing, par exemple, la presse est à l’âge de pierre...

Il n’y a pas de raison que ça ne marche pas à partir du moment où l’on sait se réformer, s’adapter. Et ceux qui n’arrivent pas à se réformer doivent d’abord s’en prendre à eux-mêmes...

À qui pensez-vous ?

À beaucoup de monde. Et pas seulement dans la presse. Prenez le Quid. Ce n’est pas de la presse mais c’est le même problème, une véritable institution. Tout le monde pensait : « Le Quid est éternel, il ne peut pas disparaître. » Eh bien, pour la première année, il ne sera pas réédité... Tout simplement parce que son propriétaire n’a pas su se remettre en cause. Et pourtant, s’il l’avait voulu, il aurait pu, lui, créer Wikipédia ! Quand on sait s’adapter, tout est possible.

Vous avez fait le MBA d’HEC. On constate qu’il y a de plus en plus de « managers » et de moins en moins de « journalistes » à la tête des médias.

Je crois que c’est une bonne chose. Historiquement, en France, nous avons eu beaucoup de journalistes patrons de presse. Ils avaient comme principal souci, et souvent comme seul souci, de faire des journaux de qualité. Pas forcément de les vendre. Bien sûr, il y a des exceptions. Axel Ganz, par exemple, a été un grand journaliste et un grand patron. Mais globalement, les patrons de presse français ont trop pensé à leur profession et pas assez à leurs lecteurs.

Comment allez-vous rentabiliser La Tribune ?

Nous allons tout modifier : le fond et la forme. On y travaille. La nouvelle formule sortira à l’automne et nous espérons être à l’équilibre financier en 2010. C’est ambitieux mais c’est jouable.

Concrètement ?

Nous allons revoir la politique commerciale. Prenez les abonnements, par exemple. S’abonner est un geste courant de la vie moderne. Aujourd’hui, dans la presse, les abonnements se font majoritairement à l’année. Nous allons proposer un abonnement au mois, comme c’est le cas pour le téléphone ou Internet... Plutôt que de payer 300 euros par an, il vaut mieux payer 30 euros pas mois.

Sur le plan de la publicité, vous savez que tous les professionnels se plaignent de la conjoncture. Je fais une analyse un peu différente. Je crois que la part de marché de la publicité est structurellement très basse dans les quotidiens français. Regardez le Wall Street Journal, par exemple [il déplie un vieil exemplaire sur sa table basse]. Vous voyez la quantité de pub qu’il y a dans ces journaux ? Ma conviction, c’est qu’il existe une vraie marge de progression chez nous.

En termes de distribution également, nous réfléchissons à des systèmes d’abonnement « entreprise » dans lesquels les journaux seront portés dès 7 heures du matin au domicile des abonnés. Là aussi, il faut tout inventer. Pour vous donner une comparaison : Métro diffuse dix fois plus de journaux que La Tribune, et son coût de distribution est de moitié inférieur ! Vous voyez les marges de progression possibles !

« En France, c’est comme ça : le "vrai" statut, dans les médias, c’est patron de presse. Je n’y peux rien ! »

Cela veut dire que vous allez sortir des NMPP ?

Sortir, non. Travailler plus finement avec eux, oui. Je ne pense pas que La Tribune doive être présente dans le moindre petit kiosque du fin fond de la France. On va devoir se concentrer sur des kiosques rentables. D’autant qu’aujourd’hui, La Tribune comme Les Échos doivent supporter plus de 60 % d’invendus ! Vous imaginez un peu ce que ça implique ? On imprime des journaux pour les pilonner et faire perdre de l’argent à tout le monde ! Ce n’est pas viable...

Vous n’avez pas été tenté de transformer La Tribune en gratuit ?

Non. Si on veut un gratuit, il ne faut pas partir d’un payant. Pour reprendre mon exemple, si vous voulez faire easy Jet, vous ne partez pas d’Air France. En revanche, je crois beaucoup à des systèmes « mixtes » qui sont déjà largement répandus. Avec d’un côté de « vrais abonnés » qui payent. Et de l’autre, de « faux abonnés » qui ne payent pas, comme chaque fois que vous recevez un journal à l’essai sans trop savoir pourquoi pendant quelques mois. Et, enfin, avec des journaux payants que vous recevez gratuitement. Comme dans les aéroports ou dans les hôtels. Cela ne se limite d’ailleurs pas à la presse écrite. À l’hôtel, par exemple, vous ne payez pas votre abonnement à Canal +. Chez vous, oui.

Les mauvaises langues disent que Bernard Arnault vous a cédé La Tribune parce qu’il était persuadé que vous ne sauriez pas la redresser...

Je l’ai entendu dire, moi aussi, mais c’était avant qu’on ne la reprenne ! La rumeur, d’ailleurs, venait de tous ceux qui espéraient qu’on ne l’aurait pas... En réalité, Bernard Arnault sait très bien que nous avons prouvé, par le passé, notre capacité à relancer des marques en difficulté. Je crois surtout qu’il avait besoin d’un repreneur crédible, « acceptable » pour la rédaction de La Tribune. Sans quoi il n’aurait jamais pu réaliser son opération sur Les Échos. Et il nous donne la chance de devenir le premier groupe de presse économique en France : je ne vais pas m’en plaindre.

Dans la foulée, vous avez débauché le patron de la rédaction des Échos, Erik Izraelewicz [1] (un autre HEC !). C’est un coup de poignard dans le dos de Bernard Arnault ou un nouveau cadeau qu’il vous fait ?

Honnêtement, Erik s’était tellement opposé à l’arrivée de Bernard Arnault aux Échos que son départ, qui n’était pas prévu, arrangeait tout le monde. En ce qui me concerne, je vous ai dit que je voulais envoyer un signal fort à propos de notre ambition éditoriale pour La Tribune. Et de notre indépendance. Le choix d’Erik était idéal.

Vous pensez sincèrement que la rédaction de La Tribune est plus indépendante que celle des Échos ?

Je crois plus à l’indépendance financière qu’au contrôle de la rédaction par les journalistes. Une rédaction qui dépend de ses banquiers n’est plus indépendante ! Qu’on le veuille ou non, l’argent reste la meilleure des garanties d’indépendance. Surtout si c’est un pure player des médias qui est derrière.

Et pas un industriel ?

Oui. Les industriels qui investissent dans les médias, ce n’est pas forcément une très bonne chose.

C’est pourtant monnaie courante ! LVMH, Lagardère, Bouygues, Dassault...

Je ne veux pas parler pour les autres. Mais du point de vue des affaires, un groupe industriel qui investit dans les médias se comporte avant tout comme un actionnaire, ce qui est normal puisqu’il a d’autres métiers dans son portefeuille d’activités. Mais les actionnaires sont rarement des développeurs. Leur logique - et on ne peut pas leur en vouloir - c‘est de gérer des participations avant de développer du business. Les pure players, eux, sont des développeurs par nature.

Sur le contenu, ils ont souvent une tentation d’intervention plus forte : une partie de leur groupe a pour métier, entre autres, de parler de ses activités... Chez nous, vous comprenez que ce n’est pas le cas. J’ai toujours pensé qu’il fallait laisser les journalistes faire leur boulot et qu’intervenir au profit d’un annonceur, par exemple, était une erreur.

Vous n’êtes vraiment jamais tenté ?

Honnêtement, non. Pas au quotidien. Je me sens moi aussi à la fois un peu journaliste et un peu patron. Quand on me pose la question, j’ai du mal à définir la frontière... Je n’ai pas de carte de presse, mais je suis passionné, et très impliqué. Dans la nouvelle formule de La Tribune, par exemple. Mais pas dans les choix rédactionnels.

Chacun sait que notre nouveau président de la République a du mal à lutter contre ses penchants interventionnistes. Les mauvaises langues, toujours elles, racontent qu’il vous a appelé pour vous engueuler. Vous démentez ?

Non, c’est exact. Il m’a appelé.

« Nous réfléchissons, évidemment, à faire de La Tribune, le leader de quelque chose. »

Et ça ne vous choque pas ?

Non, ça ne me choque pas [il hésite]. Pour être honnête, ça me surprend... Sur le moment, c’est un peu bizarre ! Surtout que je ne connaissais pas les raisons de sa colère. Après vérification, c’était parce qu’un auditeur avait appelé pour livrer à l’antenne un témoignage qui impliquait sa vie privée. Cela venait des auditeurs et pas de la rédaction. C’était une rumeur, pas une information... Objectivement, nous ne sommes pas là pour relayer des rumeurs mais pour diffuser des informations fiables. Alors oui, on peut se poser la question de la pertinence d’une intervention...

Pas toujours facile de faire la part des choses ?

Mais pas impossible. Dans le passé, j’ai été choqué par le cas Mazarine Pingeot. C’était très clairement de la dissimulation d’information avec la complicité de journalistes qui étaient au courant. Cacher, c’est manipuler. Plus récemment, je pense que la situation n’était pas non plus très saine entre François Hollande et Ségolène Royal. Mais lorsqu’il n’y a pas de conséquence sur la vie publique, je pense que ce n’est plus notre job de traiter l’information. Moi aussi, si on relayait des rumeurs et des informations à la fois fausses et préjudiciables à mon groupe ou à ma personne, je téléphonerais... Mais encore une fois, cela n’a rien à voir avec l’indépendance. Il ne faut pas tout confondre.

Vous aussi, vous intervenez parfois. Vous venez de déposer un recours devant le Conseil d’État pour protester contre la mauvaise exposition de BFM TV sur CanalSat.

C’est exact. La chaîne i>TV, notre concurrente, bénéficie d’un avantage indu sur CanalSat. Je ne discute pas son antériorité, qui est évidente. Mais la différence de numérotation l’est moins. BFM TV ne figure pas sur la mosaïque des programmes. Elle ne figure pas non plus sur le guide des programmes de CanalSat ainsi que sur le guide électronique. Vous trouvez ça normal, vous ?

C’est une déclaration de guerre à Canal + ?

Non. Nous avons de bonnes relations. Mais quand on est dans son bon droit, il ne faut pas hésiter à en user.

La suppression de la publicité sur les chaînes publiques, est-ce une aubaine pour vous ?

Oui, au fond, je crois que c’est une bonne chose. Pas seulement pour la télévision, mais pour tous les médias privés. Il est plus simple et plus sain que l’argent public aille aux médias publics, et que l’argent privé aille aux chaînes privées. C’est une bonne décision. La seule chose contestable, à mes yeux, c’est la forme. Personne n’était au courant...

Et l’avenir de la télévision ?

Il est radieux ! Nous sommes à la veille d’une révolution qui va bouleverser les habitudes de consommation d’images. C’est la fameuse « télévision sur mobile ». Ce n’est pas pour après-demain, mais pour demain.

Évidemment, vous êtes candidat...

Évidemment. Nous avons déposé trois dossiers. Mais honnêtement, cela ne changera pas le paysage que vous connaissez. Ce sera transparent pour le consommateur. Les gagnants seront les grandes chaînes nationales qui sont déjà leaders sur la télévision « fixe ». Les spectateurs voudront toujours voir les grandes chaînes en mobilité. Ce sera comme une sorte de « transistor télévision » si vous voulez. RTL est leader en France, que vous l’écoutiez chez vous ou dans votre voiture. Ce sera pareil pour la télévision. Même si je le regrette d’avance, le leader de la télévision mobile ne sera pas BFM TV. Mais... TF1 !

France Télécom a réussi un joli coup en partageant les droits de diffusion du football avec Canal +. Craignez-vous la concurrence des entreprises de télécom qui se lancent dans la diffusion, voire la production de programmes de télévision ?

Avec les sommes en jeu, tout le monde peut trembler. Le seul bénéfice de France Télécom est comparable à la somme des chiffres d’affaires des principales chaînes de télévision. Financièrement, le jeu est inégal. Mais il s’agit de deux métiers fondamentalement différents.

Pour faire un parallèle avec la grande distribution, la démarche de France Télécom serait comparable à celle des « marques distributeurs » dans les supermarchés. Vous pouvez proposer votre propre gamme de produits, mais vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas proposer les produits des autres. Carrefour peut proposer du « riz Carrefour », à condition de laisser le choix, dans ses rayons, entre les autres marques de riz. Sinon, les clients ne viendront plus chez Carrefour !

De la même manière, imaginez qu’Orange signe un accord d’exclusivité pour la diffusion du football et que Free signe la même chose pour le rugby. Si je suis à la fois passionné de foot et de rugby, je fais quoi ? Je ne vais quand même pas prendre deux abonnements téléphoniques ou Internet... Le système ne fonctionne pas lorsqu’on pousse la logique à fond. Il se développera donc en parallèle ou en complément. Mais pas en remplacement.

« Je me sens à la fois un peu journaliste et un peu patron. Quand on me pose la question, j’ai du mal à définir la frontière. »

Spontanément, vous ne parlez pas beaucoup d’Internet...

Si, bien sûr. Comme vous le savez, l’année 2007 a été une année de fort développement pour nous. Nous voulions investir dans l’Internet, mais les prix pratiqués pour le rachat des sites étaient tels que nous n’en avions pas les moyens.

Alors nous avons racheté le groupe Tests parce qu’il y avait en son sein une vraie pépite, 01net, qui est le site n° 1 en termes de fréquentation et qui est aussi le n° 1 en termes de téléchargements de logiciels au niveau européen.

Que pensez-vous des modèles payants comme Médiapart ?

Je n’ai pas la prétention de tout comprendre mais je trouve ça bien compliqué. C’est un site payant. Résultat, le jour où ils sortent un scoop, tous les sites le relayent, à commencer par leurs concurrents. C’est une formidable publicité pour le site mais vous ne pouvez pas en savoir plus à la source puisque vous êtes obligé de vous abonner ! Et comme vous avez déjà eu l’info ailleurs, vous n’avez aucune envie de vous abonner... Franchement, je trouve ça bizarre. [En réfléchissant, Alain Weill manipule de vieux documents protégés par un étui en plastique.]

C’est un scoop que vous cachez ?

Non, c’est quelque chose que j’ai retrouvé dans les archives de la comptabilité de RMC. Ce sont des vieux reçus de pige de... Philippe Labro ! 200 francs, à l’époque, pour couvrir les élections américaines. Sympa, non ? Je vais les lui donner, je pense que ça lui fera plaisir. Vous voyez, c’est comme mon bureau, ça peut encore servir. Je n’allais quand même pas le jeter !

1.

Notes

[1] Depuis, Éric Béziat, rédacteur en chef édition aux Échos, est devenu le nouveau directeur artistique de La Tribune.


 
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