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Edito

Vive Bernard Reynaud !

Enfin une bonne nouvelle ! Elle ne vient ni des professionnels des médias, ni des politiques. Figurez-vous qu’elle émane de la 6e chambre du tribunal correctionnel de Lyon, laquelle a relaxé Siné dans le procès que lui intentait la Licra pour « incitation et provocation à la haine raciale ».

Mais plus encore que la décision elle-même, on retiendra les réquisitions du procureur Bernard Reynaud - il faudra se souvenir de ce nom - qui aura osé ce qu’il est tellement difficile de dire dans la France de 2009 : l’accusation d’antisémitisme est utilisée - voire instrumentalisée - pour traîner devant les tribunaux le mal-pensant, couvrir d’opprobre publique le mal léché, le déviant. « J’ai le sentiment que l’on attendait Siné au tournant », a justement fait observer le magistrat.

On n’épiloguera pas sur les acrobaties de Philippe Val, le patron de Charlie Hebdo, qui rameutait, il n’y a guère, le ban et l’arrière-ban de nos intellectuels et de nos politiques pour le défendre lors de l’affaire des caricatures de Mahomet. Et il apparaissait cette fois en censeur ! Pour paraphraser le Cabu du numéro spécial « Caricatures » de Charlie, on pourrait écrire à propos de ce même Val incarnant un temps la liberté de la presse : «  C’est dur d’être défendu par des cons. »

Quant à Bernard-Henri Lévy, se rêverait-il tous les matins en Zola d’une nouvelle affaire Dreyfus - quitte à la fantasmer -, nous sommes suffisamment peu suspects d’anti-BHLisme à Médias, pour lui dire notre mot. Entre sa présence à charge au tribunal de Lyon et son reportage sur Gaza, paru dans le JDD, à faire pleurer tant il est de parti pris, on est tout simplement atterré. Par tant d’aveuglement, par tant de mauvaise foi. Mais faut-il s’en étonner ? N’est-ce pas dans les colonnes de Médias même que BHL exprimait sa « fidélité à Israël » ? C’est donc vrai, envers et contre tout, y compris la vérité, la compassion.

À l’heure où toute une partie de la profession s’est ridiculisée - et l’on pèse ses mots - dans des États généraux qui se sont transformés en une gigantesque quête à la subvention, où l’on a courageusement tu les méfaits du syndicat du Livre, on sort comme réconforté de ce procès de Lyon. On en remercierait presque les vigiles de la bien-pensance que sont les militants de la Licra. Il y a donc encore des hommes qui veulent pouvoir rire des saillies d’un Siné contre les puissants. Fussent-ils fils de chef d’État.

Le procureur lyonnais, encore lui, s’interrogeait, ou plutôt s’inquiétait, d’une société qui oublie ses audaces d’hier jusqu’à en perdre le sens de l’humour. Le passé ? Oui, parfois les leçons viennent aussi du passé. À l’heure où Médias s’associe à l’Institut national de l’audiovisuel, véritable gardien de nos mémoires télévisuelles, et vous propose dorénavant trente-deux pages signées par l’équipe de la revue de l’Ina, Médiamorphoses, nous sommes peut-être, l’air de rien, dans le sens de l’histoire, n’oubliant pas de regarder dans le rétroviseur...


 
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