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Carte blanche

Carte blanche à David Abiker

Voici le temps des vacances

Quand s’approche la chaleur qui annonce l’été avec un peu d’avance, je me souviens et je prends la tangente. Je me lève un peu plus tôt pour échapper au vacarme de la maisonnée qui ne s’ébrouera qu’à neuf heures. Et je vais les chercher. Je file en douce au port pour boire un café et trouver les journaux. Le café presque seul en terrasse, accompagné d’un quotidien, c’est un plaisir sans partage pour un père en vacances. Il y a tout ce que je peux désirer dans ce moment volé à l’agitation estivale : la solitude, le café que je considère comme l’ultime drogue autorisée et, bien sûr, les nouvelles du monde.

L’ennui, c’est que les nouvelles fraîches ne le restent jamais bien longtemps et les journaux trouvés en vacances, surtout à l’étranger, sont minces et toujours en retard d’un jour et d’une actualité.

Restent Voici et Gala. Je les rapporte aux femmes à la façon de bêtises non assumées. Je reviens chargé de ces lectures que je leur jette comme une obole. Et c’est un accord qui nous réunit autour d’une mystérieuse convention. Les Voici et les Gala sont pour les filles qui acceptent, exceptionnellement, de porter le chapeau sexiste du commérage. Le regard farci d’une gourmandise aggravée, elles endossent sans rechigner le rôle des cancanières. Le duvet de leur lèvre supérieure mouillé de chocolat ou de thé, elles en oublient le service public de la tartine aux enfants pour se consacrer aux stars tropéziennes « à califourchon » sur leur jet-ski.

Le jet-ski est une activité idiote, voyante et bruyante qui gâche le beau souffle de la mer. Mais dans ces instants, on oublie ces fléaux mineurs et les couillons qui les pilotent se muent illico en princes des mers, en héros de pacotille. Elles tournent les pages du bout des doigts, négligeant les premiers cris des enfants et l’agitation qui monte. Les recettes de cuisine d’été sublimement photographiées donnent des idées colorées que la paresse remet bien sûr aux calendes. On achètera les rougets et la menthe demain. Bien sûr, bien sûr.

Poursuivant leur lecture qui les mène dans une rue ombragée de Saint-Paul-de-Vence, elles s’assurent que les sandales perlées des top-modèles sont bien celles qu’elles se sont achetées avant de partir. Leurs pieds feront donc briller la nuit. Ça soulage.

illustration : Pierre Chassagnard
illustration : Pierre Chassagnard

Les hommes prendront leur tour plus tard. Chacun est dans son rôle acceptant une séparation des sexes d’un autre âge. Pourtant je ne vois rien de plus drôle et enthousiasmant qu’une jeune femme qui fait l’andouille en feuilletant ces pages de rien du tout et qui se rue sur le récit d’une nuit en boîte avec Nikos Alliagas. Elles mettent en scène une envie folle de tout savoir sur presque rien. Plus tard on retrouvera les magazines quelque part dans le jardin, près d’une raquette en mal de sa jumelle. Stars affublées en une d’une auréole grasse d’écran total. Le soir, ils auront pris le sable à la plage et l’eau salée aura gondolé leur couverture rouge pétard. Les Voici et Gala sont des coquelicots, ils se fanent dès qu’on les cueille.

Une journée suffit à nous détourner de leurs fausses nouvelles et des condamnations conséquentes et carrées au goût de papier bleu. Leur seule chance de mûrir un peu est sans doute d’offrir leur grille de mots fléchés à un oisif en mal de travaux pratiques. « Son dernier tube en sept lettres » demande la grille...

En vacances, ces menus plaisirs en papier glacé finissent au pire à la poubelle au mieux dans un barbecue. À la ville, on prolongerait leur carrière chez un coiffeur pour dames ou dans la salle d’attente d’un médecin conventionné. Reste à compter les jours de vacances en n semaines de potins et piles de journaux fanés avec cette angoisse minuscule qui accompagne toujours le compte à rebours qui nous rapproche du retour.

Voilà. Voici, je veux dire.

David Abiker est chroniqueur. Dernier ouvrage paru : « Le mur des lamentations », aux éditions Michalon, 2006.


 
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