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Alain Lamassoure : « Venir à Bruxelles, c’est faire vœu de chasteté médiatique. »

par Loup Besmond de Senneville et Clémentine Forissier pour Euractiv.fr

À Bruxelles, il est connu comme le loup blanc. À Paris, le député européen Alain Lamassoure, ancien ministre du Budget et des Affaires européennes, a disparu de la scène médiatique. Un retour à l’anonymat qu’il prend avec le sourire.

Avez-vous eu la sensation d’un abandon médiatique de la presse française lorsque vous êtes parti pour Bruxelles ?

C’est exactement ça. Venir à Bruxelles, c’est faire vœu de chasteté médiatique. Pour un politique, c’est assez douloureux. Cette situation a été assez frappante sur le plan personnel. Pendant deux ans, j’ai été ministre du Budget d’Alain Juppé et porte-parole du gouvernement. J’étais dans les studios de télévision trois fois par semaine. En 1999, je reviens au Parlement européen. Et, simultanément, je disparais des écrans. Malheureusement, nous sommes nombreux à pouvoir dire la même chose. En dix ans, j’ai été invité une seule fois à une émission de télévision en direct d’une grande chaîne. Il s’agissait de « Soir 3 », à 23 h 30. Marie Drucker m’avait demandé de venir parler du rapport sur le citoyen et l’application du droit communautaire. J’avais remis ce document au président de la République le matin même. Deux jours auparavant, j’avais programmé une conférence de presse à Paris. J’ai dû l’annuler car aucun journaliste n’avait confirmé sa présence.

Lors d’un déjeuner à l’occasion de la première session plénière du Parlement européen, après les dernières élections européennes de juin 2009, vous avez presque remercié les journalistes présents pour votre réélection. C’est un peu grâce à eux ?

Oui. Je l’ai d’ailleurs dit avec humour et une certaine émotion. Les journalistes qui traitent de l’Europe et nous autres, députés, sommes un peu dans la même situation. Ignorés des médias. Tout naturellement, nous nous entraidons. En tant que porte-parole de la délégation UMP au Parlement européen, j’ai initié l’organisation d’un déjeuner avec les journalistes, lors de chaque session plénière du Parlement européen à Strasbourg. Dans ce milieu très compliqué, c’est l’occasion de discuter à bâtons rompus et de s’échanger des informations. Nous finissons par bien nous connaître. Ils sont respectueux des politiques car ils ont fait les mêmes choix. Et, à la différence de ceux qui traitent de politique intérieure, ils sont extrêmement compétents. Impossible d’être journaliste à Bruxelles sans connaître le fond des dossiers. Lors des dernières élections européennes, je me suis trouvé dans une situation difficile : durant la constitution des listes, il a été question que je sois relégué en position inéligible. Or, je suis l’un des très rares hommes politiques français à avoir délibérément fait le choix de la politique européenne, abandonnant même mon mandat de maire. Si je n’étais pas élu, ma vie politique s’arrêtait. De nombreux correspondants ont alors évoqué ma situation, ainsi que celle de Jacques Toubon qui était encore plus difficile que la mienne. Cela m’a beaucoup aidé. Une sorte de rumeur — « On ne peut quand même pas laisser tomber Lamassoure ! » — est parvenue aux oreilles de... Plus directement, sur un plan psychologique, le fait d’avoir la reconnaissance et l’estime des meilleurs connaisseurs français de la chose européenne était important.

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