Comment expliquez-vous la détestation des journalistes à votre égard ?
Disons que j’ai une approche des questions africaines bien éloignée de la leur. Je connais toute l’Afrique, j’ai une formation de géographe, d’ethnologue et d’historien, et je vais au fond des choses. Pas eux. De plus, l’actualité me donne raison. Regardez ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte et en Libye : dès le mois de décembre 2010, sur mon blog, j’annonçais très exactement les événements. Non pas que je lise dans le marc de café, mais tout simplement parce que je pars du réel, parce que je connais les milieux dont je parle, et d’abord parce que je ne suis pas aveuglé par l’idéologie. Je parle vrai, sur du concret.
Vous semblez ne pas apprécier les journalistes…
Ceux que je n’apprécie pas, ce sont les butors de la sous-culture médiatique, les arrogants, les prétentieux, les suffisants qui, derrière leurs micros, se permettent de donner des leçons alors qu’ils sont nuls. Nous ne faisons pas partie du même monde et leur analyse de l’Afrique est trop souvent malhonnête. Je connais bien les journalistes et, durant des années, j’ai été professeur à l’Institut pratique de journalisme où j’ai formé de nombreux futurs jour tes, et j’ai été sidéré par leur inculture. Même si, d’un certain point de vue, celle-ci est normale, car un sujet c l’autre, on ne leur demande pas d’approfondir mais de survoler, et c’est pourquoi il leur faut des certitudes courtes et bien bornées, bien formatées. Je suis d’autant plus ébahi qu’il existe pourtant une élite journalistique, celle qui été formée par cette véritable école de journalisme qu’étaient et que sont encore Valeurs actuelles et Le Spectacle du où j’ai eu le privilège d’être formé puis de travailler les années 1980, à l’époque de Raymond Bourgine. J’y ai appris le métier avec de vrais professionnels. Encore d’hui, Le Spectacle du Monde est ciselé, une pure merveille. Un style, des analyses profondes, et pas une faute de français. Le groupe Valmonde 1 est pour moi la quintessence de l’excellence journalistique.
Le vrai journalisme ou des gens de votre sensibilité ?
Mais je ne suis pas seulement attaqué par la presse de gauche. Il y a quelques années de cela, au moment des affaires balkaniques, le journal Présent m’a traité de « cryptocommuniste digne émule de Geor g es Mar c hais » . Rien de moins. Dernièrement, Rivarol, que j’ai connu plus inspiré, m’a insulté comme jamais je ne le fus ailleurs. Les journalistes de gauche n’ont pas le monopole de la crétinerie.
Les journalistes ne vous aiment guère, mais cela ne les empêche pas de vous piller…
Notamment les « plus grands », ceux qui se targuent de faire de la géopolitique. En 2011, mon blog qui publie, quand l’actualité africaine s’impose, des communiqués généralement bien informés, a reçu 350 000 visites. Son influence est donc loin d’être négligeable, et je retrouve parfois jusqu’à mes expressions ici ou là. Je vais vous faire une confidence : depuis quelques mois, lassé de voir mes informations reprises sans que jamais mon nom soit cité, chaque fois que je publie un communiqué, j’y glisse une fausse information. Je localise une tribu là où elle ne doit pas être, j’en invente une autre, etc. Bref, je m’amuse. Surtout lorsque je retrouve mes erreurs ailleurs… La presse française, et là est encore un de ses grands défauts, ne cite pas ses sources, contrairement à la presse anglo-saxonne.
Selon vous, « les événements de Tunisie et d’Égypte ont mis en évidence la double tare du journalisme français qui est le non-recul par rapport à l’événement et l’engagement partisan ». Pourquoi l’engagement partisan ?
Les journalistes sont politiquement et philosophiquement engagés à gauche, et un récent sondage l’a bien montré. Le pire, c’est qu’ils ne le savent pas, car l’air du temps et les écoles de journalisme les ont conditionnés intellectuellement. Dans cette corporation l’on trouve toute la palette de l’arc-en-ciel de gauche, depuis les trotskistes aux postmarxistes jusqu’aux droits-de-l’hommiste. Ils n’ont plus aucun recul et se comportent comme des militants tout en se drapant dans la toge de la neutralité. Sauf quelques spécialistes vraiment immergés dans leur sujet, notamment certains journalistes militaires, ou sur le terrain. Il y a aussi encore de très grands journalistes d’investigation, et je pense immédiatement à Pierre Péan, ou de superbes spécialistes des situations chaudes qui n’ont rien à envier aux grands correspondants de guerre de jadis. C’est un peu élitiste, non ? J’assume. J’ai même une vision aristocratique de l’existence. Ma philosophie est celle de Lyautey qui disait : « La République, c’est comme la syphilis : quand on l’a attrapée, soit on se fait sauter le caisson, soit on essaie de vivre avec. » J’essaie donc de vivre avec la société qui m’entoure en prenant garde à ne pas me faire happer par ses travers. Et je regarde couler le Titanic depuis le bar des premières classes en dégustant un vieux porto…
Dans votre dernier livre 2, vous dites qu’il faut en finir avec le diktat de l’exigence démocratique, avec l’ingérence humanitaire. Que l’Afrique doit se reconstruire autour des ethnies, revendiquer son africanité… Ça participe à construire de vous l’image d’un extrémiste.
En France, peut-être. Je crois au contraire que ça participe à construire l’image de quelqu’un de réaliste, qui dit les choses vraies.
Pour les médias, vous êtes quand même le « facho de service ».
Si j’étais ce qu’on dit de moi, l’ONU ne m’aurait pas assermenté sept fois auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Les médias français vivent sous le joug d’une pensée formatée, donc tout ce que vous dites et qui s’en affranchit sera utilisé contre vous. Que le petit monde de Saint-Germain-des-Prés ait des « vapeurs » quand il lit mes ouvrages ou mes articles, tant mieux. Ça me fait grand plaisir.
Ce dénigrement ne vous blesse pas ?
La reconnaissance des cloportes m’importe peu. Tout ce qui ne tue pas renforce. Même si cela a bloqué ma carrière universitaire. Dans les années 1975, une cabale, montée par quelques professeurs affiliés à la bien-pensance de gauche, m’a fermé les portes de la Sorbonne. Plus tard, à Lyon, sur un poste « Histoire de l’Afrique à l’époque moderne et contemporaine », les mêmes ont réussi à élire une spécialiste des jardins en Bourgogne au xviie siècle, pour m’empêcher d’obtenir le poste… Un peu comme à l’armée, je fus tel ces colonels qui savent qu’ils n’auront jamais leurs étoiles ! Cela m’a donné une liberté absolument merveilleuse. D’abord, je n’ai pas perdu mon temps en tâches administratives. Puis, lorsque j’ai compris, dans les années 1990, que ma carrière universitaire n’avait aucun avenir, j’ai contourné la muraille : j’ai publié des livres et j’ai créé ma revue, L’Afrique réelle, à l’époque sur papier. Je suis totalement ignoré en France, mais reconnu à l’étranger. Une anecdote, après avoir donné une conférence devant le Council on Foreign Relations3 sur la question de la réalité des droits historiques du Maroc sur le Sahara occidental, plusieurs universités américaines, parmi les plus prestigieuses, ont voulu me recruter et cela au moment où, en France, cinquante-cinq plaisantins faisaient circuler une pétition pour que l’on supprime une promotion indiciaire que j’avais obtenue. Voilà la différence.
« Chaque fois que je publie un communiqué, j’y glisse une fausse information... Bref, je m’amuse. Surtout lorsque je retrouve mes erreurs ailleurs... »
Comment expliquez-vous que cinquante-cinq africanistes soient montés au créneau contre vous ?
Reprenez cette liste, elle est pleine d’enseignement : sur les cinquante-cinq, les trois quarts ne sont pas de vrais africanistes, mais des « africanistes en chambre » ayant travaillé sur archives et jamais ou quasiment jamais sur le terrain, que je parcours pour ma part depuis 1972. De plus, à l’époque, nombre d’entre eux n’avaient même pas une thèse, étaient de simples doctorants alors que j’avais deux doctorats, dont un doctorat d’État. Les autres ? Mes vieux ennemis de l’université. Les jaloux qui avaient des ulcères en voyant les chiffres de vente de mes livres (80 000 toutes éditions confondues pour mon Histoire du Maroc et 60 000 pour celle de l’Afrique du Sud). Depuis toujours, ils m’ont attaqué parce que je représente tout ce qu’ils ne sont pas.
« J’ai commencé à être attaqué sur mon prétendu négationnisme, moi qui n’ai jamais rien écrit sur ce sujet et qui suis totalement étranger à cette question.
»
Comment a commencé votre diabolisation ?
Pour liquider l’université Lyon-III, seule université qu’elle ne contrôlait pas, la gauche marxisto-bien-pensante, aidée d’« idiots utiles » comme Michel N o i r, l e m a i r e d e Lyon d e l’époque, a utilisé la lutte contre le négationnisme. Or, les négationnistes existaient bien à Lyon, mais à Lyon-II, université de « gauche » où enseignait le professeur Faurisson, et pas à LyonIII. C’est comme ça que j’ai commencé à être attaqué, sur mon prétendu négationnisme, moi qui n’ai jamais rien écrit sur ce sujet et qui suis totalement étranger à cette question. La première attaque vint d’Ivan Levaï, alors directeur de France Info, qui interdit d’antenne un enregistrement réalisé avec Philippe Vallet et qui, pour se justifier, et tout en nuances, osa déclarer au micro qu’il « ne voulait pas donner la parole au Faurisson de l’histoire de l’Afrique ». J’ai fait condamner Ivan Levaï qui ne s’en est jamais vanté, et ce fut le premier de la longue série de mes procès gagnés. La presse lyonnaise a largement fait écho à ces attaques en ne tenant jamais compte de mes explications, de mes démentis, des jugements rendus et qui m’étaient tous favorables. J’ai eu affaire non à des journalistes, mais à des inquisiteurs, à des militants politiques. À cette occasion, France Info Lyon s’est particulièrement distinguée. Les plus malhonnêtes furent cependant les journalistes du FigaroLyon, les moins malhonnêtes, ceux de Libération-Lyon. J’ai d’ailleurs intenté des procès au premier et pas au second. Je ne me suis pas laissé faire : j’ai engagé dix-sept procès, que j’ai tous gagnés. Ça m’a permis de refaire une partie de la toiture de la superbe maison que j’avais en Bourbonnais. Le Canard enchaîné et L’Événement du jeudi m’ont, quant à eux, payé la réfection d’une très belle cheminée du xvie siècle… Depuis que je n’ai plus de procès, mon train de vie a baissé…
« Les Africains ne sont pas des Européens pauvres à la peau noire », dites-vous dans votre livre . C’est l’Afrique aux Africains ? On va vous accuser de racisme !
Au contraire ! C’est l’assimilation qui est un génocide intellectuel. Vous enlevez leur culture à des gens et vous les forcez à en adopter une autre. Je suis un ethnodifférentialiste. Il n’y a pas plus altruiste que moi, puisque je défends les gens dans leur culture. Au nom de quel droit, nous, Occidentaux, allons-nous imposer notre démocratie, nos droits de l’homme, nos conceptions à ces populations ? Je suis dans la ligne de Lyautey : « Les Africains ne sont pas inférieurs, ils sont autres. » Au même moment, Léon Blum disait : « Il est du devoir des races supérieures d’apporter la civilisation. » Moi je ne veux pas apporter ma civilisation ! Je ne la considère pas comme supérieure à celle des Zoulous. Je ne suis pas du tout suprématiste.
Mais chacun chez soi ?
Chacun chez soi ou, du moins, que les frontières soient bien bordées.
La presse dit exactement le contraire de vous…
Bien sûr, et c’est pour cela que je suis attaqué. Mais j’énonce des évidences…
Des évidences pour Radio Courtoisie, Minute , National Hebdo , Le Cra pouillot… les journaux où vous avez travaillé.
Vous oubliez Paris Match à l’époq ue de Philippe de Ba lein e. P a r ailleurs, je n’ai jamais travaillé dans certains des journaux que vous venez de citer, il ne faut pas croire la f iche Wikipédia… La vérité est que j’ai donné des interviews une fois au Crapouillot si ma mémoire est bonne et une ou deux fois à National Hebdo, ce dont je ne rougis pas. En revanche, je n’ai jamais collaboré à Minute, mais à Minute-La France où, durant une assez longue période, j’ai tenu la rubrique « Histoire », et durant plus de dix années j’ai dirigé sur Radio Courtoisie « Le libre journal des historiens », prenant notamment le relais de Pierre Chaunu. Vous apprécierez la qualité de la référence.
« Le Figaro, cette Pravda des mollassons, n’a qu’un seul intérêt pour moi : son carnet mondain. »
Vous êtes marqué du sceau de l’extrême droite.
Qu’y puis-je ? Mais, comme le chante la Légion, « peuvent pleuvoir grenades et gravats… », cela ne m’empêche pas d’avancer. Je tiens peut-être de mes ancêtres huguenots du Quercy cette faculté de résistance que certains m’envient, de mon aïeul qui s’illustra dans la Garde impériale cette imperméabilité aux coups qui étonne mes ennemis et de mon grand-père qui gagna sa Légion d’honneur à Douaumont, dans le ravin de la Couleuvre, cette vitalité qui m’anime. Ceci étant, que demain Libération ou Le Monde me demandent une interview sur l’Afrique et je la leur accorde immédiatement.
Pourquoi seule la presse d’extrême droite vous pose-t-elle des questions ?
Poser la question est y répondre. Parce que nous sommes en guerre idéologique. La France est en guerre civile intellectuelle depuis 1789 : coupée en deux, gauche contre droite. La première parle de la République, la seconde de la France. La gauche en général, donc les médias, parle de la République, parce que c’est une nuée idéologique, tandis que les gens de droite parlent d’une réalité enracinée et charnelle qui est la France. Je fais partie de cette seconde catégorie.
Le Figaro, c’est mieux que Le Monde ?
Le Figaro, cette Pravda des mollassons qui ne f ait jamais le moindre écho à mes livres, n’a qu’un seul intérêt pour moi : son carnet mondain, pour savoir qui se marie, qui a rejoint « la maison du Père », et c’est tout. Je ne lis pas Le Figaro. Mais Libération, oui. Au moins, on y trouve des choses amusantes, et même parfois des photos de femmes nues que j’apprécie, car en plus de toutes mes tares, je suis un hétérosexuel assumé. J’aggrave mon cas… Vous le voyez, je suis un anarchiste de droite, je ne suis pas classable.
Est-il vrai que chaque Mardi gras, vous arriviez devant vos étudiants habillé en colon ?
Je ne sais pas ce que c’est qu’être habillé en colon. En revanche, je connais les uniformes. J’ai hérité d’un lointain parent officier dans le 6e régiment des lanciers du Bengale une superbe tenue que je portais lors du Mardi gras. L’amphi chantait, l’ambiance était extraordinaire, tout le monde venait déguisé. Ceux de mes étudiants qui ont vécu ces fêtes m’en parlent souv ent a v ec nos t algie. J’entonnais l’hymne de l’infanterie de marine et tout l’amphi reprenait en chœur. Cela durait dix minutes, puis le cours reprenait. C’est une tradition universitaire : le professeur ne se prend pas au sérieux le jour du Mardi gras. Les tristes greffiers de la pensée unique ont réussi à faire interdire cette manifestation festive. Qui plus est à Lyon, patrie de Guignol. Canuts, sortez de vos tombeaux et revenez pour rosser ces pisse-froid !
Vos choix sont, chaque fois, une nouvelle provocation…
Vous auriez préféré que je vienne tout nu ou avec une feuille de vigne ?
Toujours à propos de l’Afrique, vous prétendez que le plus grand service qu’on puisse lui rendre, c’est de ne p l u s s ’ o c c u p e r d’elle.
Je ne le dirais pas comme ça. Plus on l’aide, plus on l’enfonce dans la dépendance.
Et le fait d’avoir une lecture qui ramène aux ethnies ?
C’est la réalité. Je ne vais tout de même pas nier les ethnies pour faire plaisir à JeanPierre Chrétien qui soutient que Tutsis et Hutus sont des inventions coloniales… Nous vivons dans un monde où la réalité n’existe plus : le seul fait de dire « il fait beau » vous fait passer pour un extrémiste.
La quasi-totalité de la presse nie les ethnies…
Ils ne savent pas de quoi ils parlent.
Ça vous amène à des prises de position difficiles à défendre : sur la Libye, vous étiez contre l’intervention.
Bien sûr, et j’y suis toujours opposé. La colonne de chars blindés sur Benghazi qui a justifié l’intervention française est une rigolade. Il y avait huit chars pourris qui avançaient. C’est un montage complet. Exactement le même que pour Timisoara ou les couveuses irakiennes. Et la presse française s’est une fois de plus associée à la manipulation. Aucun recul, un suivisme lamentable !
« Au nom de quel droit, nous, Occidentaux, allons-nous imposer notre démocratie, nos droits de l’homme, nos conceptions à ces populations ? »
Ça veut dire que Bernard-Henri Lévy ment ?
Comme il a menti ou s’est trompé sur la Bosnie, ou sur d’autres sujets… En réalité, le problème de la Libye est simple. Kadhafi était certes une crapule, mais une crapule qui tenait son pays et la sous-région, et s’il n’y avait pas eu l’intervention de l’OTAN, il aurait réglé le pro blème. Pour un bien ou pour un mal ? Là n’est pas la question car les journalistes auraient, comme Beaumarchais, eu avantage à dire : « Je ne blâme ni ne loue, je raconte. » Au lieu de cela, ils ont pris parti, ayant même « les yeux de Chimène » pour les rebelles présentés comme des combattants de la liberté. La liberté de la charia, de la polygamie, des mariages forcés et j’en passe ! Leur nullité les a rendus incohérents… La vérité est que nous nous sommes immiscés dans une guerre civile qui ne nous concernait pas, et nous avons donné le pouvoir à un clan contre un autre. Alors, aujourd’hui, comment gérer le monstre dont nous avons enfanté ? Pour nous, Européens, la situation va-t-elle être meilleure que ce qu’elle était auparav ant ? J’en doute. Parce que la question se pose en ces termes, mais à partir du moment où vous commencez à parler intérêt européen, intérêt national, et que vous évacuez l ’ i d é o l o g i e d r o i t d e l ’ h o m mesque, vous êtes déjà en dehors de la culture dominante journalistique et vous êtes marginalisé.
Ce n’est pas la même chose dans le monde anglo-saxon ?
Pas du tout. J’y vis beaucoup, heureusement… Lisez les journaux américains. Souvent, intellectuellement, ils sont un peu indigents, mais les vrais débats y sont posés. Il n’y a pas de tabous dans la presse anglo-saxonne.
Vous dites que les médias privilégient les bateleurs sur les chercheurs et les universitaires.
C’est tout à fait vrai. Lors des événements en Libye, je n’ai jamais été invité sur aucun plateau, alors que j’avais une analyse originale et des informations de première main, comme ceux qui consultent mon blog ont pu s’en apercevoir.
Vous n’êtes pas audible par les médias puisque vous êtes considéré comme un facho !
Je ne cherche pas à être reconnu. Je suis un vieux paysan qui trace son sillon. Au bout du champ on fera le bilan.
Internet a changé la donne ?
Internet a permis de modifier le rapport de force. Mon blog est ainsi devenu un instrument de liberté fabuleux. La gauche a perdu le combat de la communication, parce qu’elle a vécu sur une rente de situation : la presse papier, qui est sous assistance et qui ne survit plus que grâce aux subventions d’État. Or ma famille philosophique, celle des libertaires, des proscrits, des émigrés de l’intérieur, celle qui résiste au système depuis deux siècles, celle des sceptiques, des voltairiens auxquels « on ne la fait pas », a compris qu’elle n’aura jamais accès aux grands médias papier, et elle a investi la Toile. Nous avons désormais une telle avance que nous ne serons pas rattrapés par les colonnes infernales de la pensée. Dans le domaine africain, grâce à la Toile, j’ai ainsi complètement brisé le cercle de feu dont on m’avait entouré. Dans peu de temps, ma revue sera bilingue français-anglais. Et là, je multiplierai encore mon audience. La conspiration du silence n’existe plus !
Il vous arrive quand même encore d’être censuré dans les médias traditionnels : i>Télé en décembre dernier…
Oui, un petit marquis parisien du nom de Ripamonti, ci-devant provisoire directeur de l’information sur i>Télé, a interdit d’antenne une émission enregistrée avec Robert Ménard pour « Ménard sans interdit » et dans laquelle je présentais mon der nier livre « Décolonisez l’Afrique ». Résultat, je sonne le tocsin par Internet, il reçoit une avalanche de mails de protestations, plusieurs milliers de nouveaux visiteurs découvrent mon blog et mon éditeur se frotte les mains. Une remarque cependant : ce fait de censure unique n’a pas eu le moindre écho dans la presse. Le silence des libéraux du Figaro fut aussi assourdissant que celui des professionnels de la liberté d’expression du Canard enchaîné. Imaginons un instant qu’un universitaire, écrivain, expert de l’ONU et journaliste de gauche ait été censuré… Le gouvernement aurait été interpellé à l’Assemblée ! Il y aurait eu une minirévolution… Or ceux qui ne cessent de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Russie ou partout de par le vaste monde se font les complices de la censure en France. À cet égard, je voudrais noter l’exception de Bourdin sur RMC qui, récemment, ne craignant pas les oukazes, m’a invité pour expliquer les événements du Nigeria.
Vous êtes d’accord avec les prises de position de Dimitri Casali, l’historien qui dit qu’il faut commencer par enseigner l’histoire de France aux Français et pas l’histoire de l’Afrique ?
Bien sûr, c’est évident. D’un point de vue méthodologique, ce qui se passe dans l’enseignement en France est très grave. L’histoire de l’Afrique ne répond pas aux mêmes normes que les périodes ancienne, médiévale, moderne, contemporaine de notre histoire européenne. Du coup, il faut des gens vraiment formés à cette spécialité et nous n’en avons pas. Donc on ne va pas enseigner l’histoire africaine, mais les légendes du passé africain, tout en ménageant les susceptibilités des diverses communautés. C’est très grave. L’histoire va devenir un relativisme culturel.
Vous êtes toujours en croisade contre Lilian Thuram ?
Je ne l’ai jamais été. Voilà encore un bel exemple du n’importe quoi journalistique ! Je me suis trouvé interviewé à l’époque où l’on parlait de la création d’une journée de la commémoration de l’esclavage. Et un journaliste a com mencé à me parler de Lilian Thuram qui était en pointe sur le sujet. Il est peutêtre très bon footballeur, quoique je sois mal placé pour en juger étant un adepte du rugby, mais quelle est son autorité pour parler de l’esclavage ? Parce qu’il est Noir, il va mieux connaître la question que je traite depuis trente ans ? Ça, c’est du vrai racisme. Pour parler de l’Afrique, il faut donc désormais être Noir ? Mes interrogations ont été reprises par la presse qui en a fait un titre : « Croisade de Bernard Lugan contre Thuram »… Voilà comment la presse fabrique artificiellement une polémique qui n’a pas lieu d’être.
« Ceux qui ne cessent de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Russie ou ailleurs se font les complices de la censure en France. »
Est-il vrai que vous êtes favorable au rétablissement des duels ?
Tellement vrai que j’ai fondé avec mon grand et regretté ami Vladimir Volkoff, un autre homme libre, « l’Association pour le rétablissement du duel » en matière de presse. Les duels pourraient en effet avantageusement remplacer les procès en diffamation : gain de temps, de moyens, efficacité immédiate et autres multiples avantages. Que risque en effet le journaliste confortablement installé derrière son ordinateur lorsqu’il salit une réputation ? Pas grand-chose : c’est son journal qui va payer les frais de justice. J’ai déjà provoqué deux journalistes en duel. Un de gauche et un de droite. Ils se sont tous deux dégonf lés. Par charité, je ne donnerai pas leurs noms… Mes témoins, dont Vladimir Volkoff, leur ont donc dressé un constat de carence. Nul doute que la perspective de me rencontrer un beau matin, quelque part derrière le couvent des Carmes, un bel acier en main, aurait tempéré leurs plumes au moment d’écrire des infamies sur mon compte… Il faut dire qu’étant l’offensé, j’ai toujours proposé le duel à cheval et au sabre… Mais je précise à ceux qui n’ont pas de culture équestre que je me bats également à pied…

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