J’ai été moi-même plusieurs fois « victime » de plagiat. La toute première fois, c’était pour un article publié dans le numéro zéro du Point. Des années plus tard, mon patron de l’époque m’a fait remarquer que ce papier avait été recopié quasiment mot pour mot. Imaginez : dans mon propre journal, sous la signature d’un confrère ! Autre exemple, à la une du no 3 du Point, j’avais signé une enquête « Plastiques, accusés » sur laquelle j’avais beaucoup travaillé. Elle s’est retrouvée un an plus tard, et quasiment mot pour mot, dans… Le Figaro ! Troisième mésaventure, toujours au Point, j’avais signé un article sur les risques de tremblement de terre sur la Côte d’Azur. Quelques mois plus tard, il a été repris sous la plume d’un « grand reporter-écrivain » de… Paris-Match. Même si je trouve cette démarche contraire à la déontologie, je ne suis pas trop sévère quand sont repris au mot à mot des informations et des faits. D’ailleurs, preuve que je ne suis pas rancunier, j’ai accepté qu’on embauche le dernier "coupable" dans l’équipe du Point, vingt ans plus tard.
Dans l’édition, je n’ai aucun souvenir de plagiat. C’est vrai qu’en littérature il est plus difficile de faire la part des choses entre le jeu littéraire, qui peut être une forme de « re-création » et le plagiat pur et simple. Moi-même, il m’est arrivé d’emprunter un mot particulier qui m’a séduit, un simple qualificatif que j’ai découvert, de le sortir complètement de son contexte et le réutiliser dans un contexte très différent, en général en le mettant le plus souvent entre guillemets. Dans ce cas, il est clair que c’est un clin d’œil, une façon de rendre hommage à un auteur. Après tout, la culture est une forme de sédimentation et d’agrégation du savoir qui finit toujours par remonter à la surface. Encore faut-il qu’elle remonte sous une forme créative, unique, personnelle. Au-delà d’un mot, non seulement j’utilise les guillemets mais je donne la référence. Un plagiaire patenté m’a d’ailleurs dit un jour que ma marque de fabrique était le recours systématique à la citation ! Le pire, à mon avis, est de recopier des passages plus ou moins longs en changeant uniquement quelques mots. Quand on bricole, qu’on cache, qu’on nie, c’est évidemment un plagiat et donc une faute. Qu’il faut sanctionner.
Pourtant, je ne crois ni aux « conseils de presse », ni aux codes de déontologie du genre « Tu ne copieras point », « Tu ne plagie ras point »… Je préfère parier sur l’éthique et la morale des éditeurs et des rédacteurs en chef. À eux de vérifier. D’accepter ou de ne pas accepter. De prendre ou non des sanctions. L’indépendance, la morale, la déontologie, ça ne se grave pas dans le marbre mais dans la tête des journalistes. C’est un métier où il faut assurer et affronter. Pour être irréprochable, il existe une solution de bon sens qui s’appelle la transparence : citer systématiquement ses sources. Ne pas avoir peur de multiplier les références précises, les notes de bas de page. Aujourd’hui surgit avec Internet un autre problème : la fiabilité des sources. Copier ce qui est exact est une faute. Recopier ce qui est faux est pire encore ! Là aussi, j’ai été la victime bien involontaire de ce phénomène. À cause de mes prises de position dans L’Express en faveur de l’intervention militaire en Irak, l’article qui m’est consacré dans Wikipédia me qualifie de « proche des néoconservateurs américains ». On peut avoir ce point de vue mais il se trouve qu’il est inexact. Quand on me connaît, c’est même risible : je suis à l’opposé de ces gens-là, au centre gauche. En fait, je me reconnais à la fois dans le mendésisme et le gaullisme originel, un peu libéral et très social, viscéralement laïc et républicain. Bref, Wikipédia véhicule une contre-vérité et la grave dans le Net. Je suis heureusement assez indifférent à ce qu’on raconte sur moi. Sauf que l’une de mes filles a voulu rétablir la vérité en essayant de modifier l’article en question, preuves à l’appui. Sans succès. Elle est allée jusqu’à contacter Wikipédia. Toujours sans succès. Me voici donc « néoconservateur » pour l’éternité ! (sourire).

Revue Médias















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