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Mediamorphose - dossier

Faits divers et sécurité

Des faits pas si divers...

Claire Sécail, chargée de recherche au laboratoire communication et politique (cnrs) et membre de l’institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)).

« Un fait divers, une loi », titrait le site Rue 89 au lendemain des violences de Gagny en mars 2009. « Quand les faits divers dictent leur loi », surenchérissait Libération en décembre 2010 au moment du vote de la loi dite Loppsi 2... De la campagne présidentielle de 2002 à l’été sécuritaire de 2010, la sécurité intérieure semble s’écrire depuis quelques années au gré des événements criminels, au rythme des faits divers.

L’histoire montre que la promotion des faits divers dans les médias de chaque époque coïncide d’une part avec la multiplication de lois pénales répressives (ou du moins avec leur annonce ostensible par des hommes politiques soucieux d’asseoir leur autorité) et, d’autre part, avec l’extension de la question sécuritaire dans le débat public, a fortiori lorsque la construction médiatique de certaines figures criminelles accompagne et nourrit en retour un sentiment d’insécurité. Ce fut l’apache à la Belle Époque, le braqueur de banques dans les années 1970 ou le criminel récidiviste depuis le début des années 2000. Mais la promotion périodique de catégories criminelles capable de susciter l’invocation d’un « problème public », loin d’être inédite, ne manifeste pas seulement l’intérêt des journalistes pour ces événements qui promettent des récits suggestifs — et de bonnes audiences ! —, elle révèle surtout les enjeux politiques à l’œuvre et la capacité du fait divers à s’insérer dans un agenda politique et à remettre en cause l’équilibre des pouvoirs entre institutions politiques et judiciaires. À travers l’observation du récit criminel, ce sont tout autant les mœurs politiques que les mœurs journalistiques qui sont mises au jour. C’est à cet écheveau inextricable entre sphères politique et médiatique qu’est consacrée cette livraison de Médiamorphoses, conçue dans le souci de privilégier l’approche historique et comparatiste ; et d’interroger, au passage, certaines idées tenaces.

À chaque résurgence des préoccupations sécuritaires, le fait divers semble, en effet, intervenir comme le point d’ancrage permettant d’amplifier le discours de la peur. Pour autant, « multiplier les récits, même les plus sanguinaires, ne signifie pas activer les mises en scène de l’insécurité1 ». L’usage de la statistique criminelle s’avère tout aussi efficace, surtout lorsqu’il intervient dans un horizon électoral. C’est d’ailleurs souvent dans la combinaison de ces deux énonciations — statistique et fait divers —, que l’alarme sécuritaire a toutes les chances de résonner dans le débat public. À moins que d’autres menaces, sociales, économiques et financières, ne viennent balayer dans la hiérarchie des peurs celles qu’engendre cette criminalité dont l’intensité médiatique traduit souvent mal la réalité des phénomènes de violence.

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