Je vis depuis longtemps un cauchemar. Je suis persuadé que la guerre menée par l’Otan en Afghanistan est la manifestation du conflit des civilisations qui menace l’avenir de notre monde. Et je suis atterré d’être apparemment le seul à m’en rendre compte, du moins si j’en juge par la couverture de cette guerre par les médias français et étrangers. Oh ! certes, on parle beaucoup de l’Afghanistan dans la presse écrite comme dans l’audiovisuel.
Je vis depuis longtemps un cauchemar. Je suis persuadé que la guerre menée par l’Otan en Afghanistan est la manifestation du conflit des civilisations qui menace l’avenir de notre monde. Et je suis atterré d’être apparemment le seul à m’en rendre compte, du moins si j’en juge par la couverture de cette guerre dans les médias français et étrangers. Oh ! certes, on parle beaucoup de l’Afghanistan dans la presse écrite comme dans l’audiovisuel. Certes, les journaux, les radios et les télévisions font des reportages sur le terrain, organisent des débats entre journalistes et experts pour essayer de voir où l’on va. On compte les morts, surtout quand ils sont français. On donne d’horribles détails sur le dernier attentat-suicide. On décrit la lassitude croissante des opinions publiques occidentales envers ce lointain bourbier et la détermination des gouvernements à poursuivre la « guerre contre le terrorisme » au nom de la liberté et de la démocratie. On déplore les effets négatifs des dégâts collatéraux causés par les frappes de l’Otan. On spécule sur le prochain changement de stratégie que vont décider Barack Obama et ses généraux pour améliorer la situation. Bref, on nous raconte surtout comment nous faisons la guerre, ou comment nous devrions mieux la faire, mais on ne se demande jamais pourquoi nous la faisons.
Or, il m’a toujours paru évident qu’en allant faire la guerre au terrorisme islamique en terre musulmane, l’Occident s’occupait de ce qui ne le regardait pas et, ce qui est encore pire, faisait le jeu du radicalisme antioccidental facteur du conflit des civilisations. Bien sûr, il m’avait paru normal, après le traumatisme du 11 septembre 2001, que les États-Unis, pays jeune qui n’avait encore jamais été attaqué sur son sol, se précipitent pour aller flanquer une sacrée dérouillée aux taliban et à Al-Qaïda. Ils auraient même dû le faire encore plus violemment… et rentrer aussitôt après à la maison.
Avec sa vieille habitude de jouer les gendarmes du monde, l’Occident a pris prétexte des spectaculaires attentats de New York pour faire sienne la lutte contre le terrorisme islamique. Ce fut la plus grosse des nombreuses bêtises de George Bush Jr. et de ceux qui l’ont suivi quand nous étions « tous des Américains ». Car ce terrorisme islamique n’est que l’expression extrême de la tendance au radicalisme qui agite depuis longtemps l’intérieur du monde musulman. L’objectif de la plupart de ces mouvements radicaux n’est pas mondial, il est local. Il n’est pas de mettre fin à la suprématie des puissances occidentales, mais de renverser les régimes musulmans qui s’écartent trop du pur Islam pour se rapprocher de l’Occident.
Les organisations terroristes islamiques ne s’en prennent aux pays occidentaux que dans la mesure où ceux-ci se mêlent des affaires du monde musulman, et surtout par la force de leurs armes. Oussama ben Laden a expliqué depuis le début qu’il avait lancé son djihad contre les États-Unis pour laver l’affront de la présence de bases militaires « des infidèles sur la terre du Prophète ».
La vérité, c’est que, depuis le 11-Septembre, le terrorisme islamique a fait dix fois, vingt fois plus de victimes dans les pays musulmans — depuis le Maroc jusqu’à l’Indonésie —, que dans les pays occidentaux. La vérité, c’est que, depuis le choc du 11-Septembre, les États-Unis et les pays européens ont été beaucoup plus efficacement protégés contre le terrorisme islamique, et à bien moindre coût financier et humain, par leurs services de renseignements et leurs mesures policières renforcées, que par l’envoi de troupes en Afghanistan.
Mais le vieux syndrome missionnaire et impérialiste des Occidentaux est toujours là, revitalisé par la religion des droits de l’homme et de la démocratie. Et tous les potentats musulmans d’Afrique et d’Asie menacés par leurs insurgés intégristes se frottent les mains en voyant Américains et Européens partir se battre à leur place contre Al-Qaïda et les taliban dans les montagnes impénétrables d’Afghanistan.
Voilà ce que j’aimerais pouvoir lire et entendre de temps en temps dans nos médias. n