Comment expliquez-vous le succès de cette série ?
Claude Chelli : La principale raison réside dans le traitement nouveau des ressorts classiques d’une série télévisée. « Reporters » met en scène des journalistes face à des enjeux complexes et extrêmement contemporains. L’idée n’a pas été simple à faire passer parce que le journaliste n’est pas, de prime abord, un héros de fiction.
Olivier Kohn : Le journalisme est un domaine pas ou peu abordé dans la fiction télévisée. Nous avons tenté de créer un univers qui a ses codes et son atmosphère propres tout en restant au plus près de la véracité de cette profession que le public imagine sans la connaître réellement. Pour intéresser les spectateurs, nous avons aussi parié sur le mode « feuilleton » : chaque épisode s’inscrit dans la continuité. Il ne constitue pas une histoire séparée avec pour seul lien des personnages récurrents, mais fait partie d’un scénario global qui se développe sur huit épisodes.
La fascination qu’exerce encore aujourd’hui le métier de reporter a-t-elle pesé sur votre écriture ?
O.K. – Si le journalisme fait rêver, les journalistes, eux, ne sont pas très populaires. Le public a plutôt tendance à les juger sévèrement, les soupçonnant volontiers d’être à la merci d’influences qui leur enlèvent de la crédibilité. Curieusement, les journalistes sont admirés ou critiqués, mais pas toujours pour les bonnes raisons.
Comment éviter les poncifs ?
O.K. – Nous voulions créer des personnages crédibles, ancrés dans leur vie professionnelle et personnelle, sans être caricaturaux. Pourtant, les clichés attachés à cette profession ne sont pas là par hasard. Nous les avons répertoriés et confrontés à la réalité, en interrogeant des journalistes qui nous ont raconté leur vie et leur métier. La surprise a été de constater que fable et réalité étaient intimement mêlées et, quelquefois, se recoupaient. Chaque personnage est imaginaire, mais beaucoup de journalistes peuvent, par moments, s’y reconnaître. Nous avons aussi passé du temps dans plusieurs rédactions pour être bien certains que nous n’allions pas commettre d’erreur sur leur fonctionnement réel.
C.C. – Nous avons dû adapter la réalité du métier de journaliste aux exigences de la fiction. Tout en demeurant fidèles à l’esprit de la profession. Des journalistes célèbres vous ont-ils inspirés ?
O.K. – Pas directement. Les personnages sont plutôt des composites, issus à la fois de rencontres et de notre imagination. L’essentiel était de faire comprendre les problèmes spécifiques qui se posent à chaque journaliste en fonction de sa spécialisation. Journaliste d’investigation, journaliste politique, grand reporter, chroniqueur de faits divers, présentateur de journal télé, chef d’édition, directeur de publication, etc.
Votre série pourrait-elle être assimilée à une sorte de reportage plus ou moins romancé ?
C.C. – À un reflet sans doute, mais pas plus. Dans les séries américaines, les personnages sont ancrés dans une certaine réalité sociale et quotidienne, mais ce sont quand même de super-héros avec lesquels doit s’opérer un phénomène d’identification. Nous n’avons pas travaillé dans cette optique. Avec « Reporters », notre but était de réaliser une œuvre de fiction qui mobilise les spectateurs sur l’ensemble des épisodes de la série. Si nous avons quelquefois donné l’impression d’un reportage, ce n’était pas notre but. L’évolution des personnages en fonction des situations relève des techniques d’écriture et de mise en scène propres à la fiction. Rien à voir avec un reportage qui serait pour le moins sujet à caution !
L’histoire de 24 heures dans le monde, le quotidien de la série, est-elle inspirée de celle de Libération ?
O.K. - On a commencé à travailler en juin 2004… À ce moment-là, Libé n’avait pas encore été racheté par Édouard de Rothschild. Nous nous sommes nourris de la situation de la presse écrite dans son ensemble plutôt qu’inspirés de cas particuliers. Et finalement, les événements ont recoupé la fiction… Même chose pour les enlèvements des journalistes.
C.C. – Ce qui nous intéressait, c’était de montrer comment les médias sont contrôlés par les groupes financiers et politiques. Pour cela, nous n’avions pas besoin de nous baser sur des faits avérés.
N’avez-vous pas profité de la série pour donner quelques leçons de déontologie ?
O.K. – Nous n’avons pas cherché à donner de leçons, seulement à poser des questions. Nous n’avons pas voulu montrer ces journalistes comme des héros immaculés, mais nous n’avons pas non plus voulu tomber dans le poncif du journaliste prêt à tout, y compris à mentir et à tricher, pour sortir une information exclusive. Notre but était simplement d’amener le spectateur à se mettre dans la peau des personnages et à se demander : qu’est-ce que je ferais à leur place ?

Revue Médias















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