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Carte blanche

Carte Blanche à Claude Moisy

Halte au harcèlement !

Je n’ai jamais signé de pétition de ma vie. Il m’est même arrivé de réviser mon jugement sur des collègues journalistes que j’estimais et qui, avec l’âge et la notoriété, se mettaient à signer des pétitions comme on dégaine dans les westerns. Mais il faut pourtant que je m’y mette ! Pas seulement pour en signer une, mais pour en lancer une à mon tour. Je déclare, ici et maintenant, la guerre à l’insupportable abus de la sollicitation commerciale par téléphone. Cela a sa place dans Médias puisque le téléphone est le médium le plus commun de la communication.

Ce n’est plus tolérable ! Alors que nos législateurs, dans un louable souci de protéger la personne hu- maine, ont criminalisé l’une après l’autre toutes les formes de harcè- lement, moral, sexuel, psycholo- gique et autres, ils me laissent sans défense contre le harcèlement télé- phonique dont je suis quotidienne- ment victime. J’ai certes beaucoup de compassion pour l’employé de bureau stressé auquel son chef en demande toujours plus ou pour la pauvre épouse dont le mari pris d’une envie non partagée refuse l’excuse de la migraine, mais ce n’est pas pire que d’être assailli de coups de téléphone par les fabricants de portes et de fenêtres !

Car, en plus, il y a un gag dans la violation constante de ma vie privée par le téléphone. C’est qu’une fois sur deux, la démarcheuse (car c’est toujours une femme) qui me harcèle au bout du fil ou sans fil me propose de changer toutes mes portes et fenêtres pour les rendre, dit-elle, inaltérables et énergétiques avec déduction fiscale en prime. J’ai beau lui dire que ma maison n’a ni portes ni fenêtres, non ! elle recommence le lendemain. Et si ce n’est elle, c’est sa sœur concurrente, car, avec la religion des économies d’énergie, la corporation des portes et fenêtres est en pleine prolifération. Il y a aussi les mutuelles de santé, les officines de placements de père de famille, des instituts de sondage douteux, qui tous semblent savoir tout de moi dans la pratique de leur « prospection ciblée ».

ILLUSTRATION > PHILIPPE LAGAUTRIÈRE

C’est ce qui m’agace le plus dans ce harcèlement commercial par téléphone ! La semaine dernière, une voix exotique venant sans doute des antipodes me dit : « Bonjour, Monsieur Claude, je suis Samantha de la société Truc-Machin. Nous faisons une étude sur la consommation des retraités... » Je l’interromps tout de suite de ma voix la plus juvénile : « Vous faites erreur, Mademoiselle, je ne suis pas retraité. » Et je raccroche. Dix secondes plus tard, elle rappelle : « Comment, vous n’êtes pas retraité ! Je sais votre âge, et plus encore... » Je raccroche sans rien répondre. Elle rappelle immédiatement : « Non mais, vous n’avez pas honte de me raccrocher au nez comme ça ! Pour votre peine, on va vous appeler maintenant dix fois par jour. » Elle n’en a rien fait, mais d’autres s’en sont chargés.

Dans mon entourage, tout le monde se plaint de l’invasion des spams et autres messages indésirables sur les ordinateurs. Il y en a qui paient des systèmes de filtrage qui ne marchent pas. La Cnil est même intervenue là-dessus récemment. Ce n’est pourtant pas si terrible que ça, les spams. Un clic et c’est parti. Il y a même des messages indésirables qui sont drôles. Tandis que le téléphone qui sonne, il faut se déranger et répondre, attendre d’avoir identifié l’origine de l’appel car on ne sait jamais... Avec La Poste, on peut refuser de recevoir la pub. Avec le téléphone, on ne peut pas. On est victime, pieds et poings liés. Seule la loi peut nous protéger.

Alors, joignez-vous à moi pour réclamer une loi criminalisant le harcèlement commercial par téléphone. Répondez nombreux à mon appel !


 
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