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Ma vie avec les médias

Alain Juppé :

j’ai des relations passionnelles avec la presse

par Yves Harté et Pierre Veilletet

Maire de Bordeaux, Alain Juppé entretient avec les moyens de communications des relations complexes. Volontiers loué pour son action au quai d’Orsay, il est, ensuite, comme Premier ministre de Jacques Chirac, traité avec infiniment moins de ménagement. Son goût des formules abruptes, qui dissimule mal une affectivité toujours en éveil, engendre, de part et d’autre, de durables malentendus. Il s’en explique pour Médias, et c’est une première.

Que lisait-on à Mont-de-Marsan chez vos parents, dans les années 1960 ?

Chez moi on lisait Sud Ouest, point barre. Il n’y avait que ça ! On écoutait beaucoup la radio. Nous n’avons eu une télévision que plus tard. Je me suis mis à lire la presse nationale quand je suis arrivé à Paris en prépa. Ah ! J’allais oublier Paris Match ! J’ai gardé des cahiers où Mme Dulong, une institutrice qui m’a marqué, nous demandait d’écrire des reportages à partir des photos parues dans le magazine. Match, c’était un rendez-vous hebdomadaire.

Pas de presse enfantine ?

Si, beaucoup dans l’adolescence. On ne parlait pas de BD mais d’illustrés, j’étais un énorme consommateur de tout ce qui était Lucky Luke et autres cow-boys. Vers 10 ou 11 ans, lors de mes vacances à Biarritz, j’avais droit à une petite allocation hebdomadaire. Je descendais au relais de presse et j’achetais Tintin, Spirou. Étudiant, je suis devenu un lecteur quotidien du Monde, et un assez grand consommateur de journaux, sans exclusive, et de magazines. Maintenant, on me fait des revues de presse. Je ne devrais le pas dire, mais j’ai tendance à les survoler. Je suis un grand lecteur de titres. Moins des articles eux-mêmes.

Est-ce qu’il y a des journaux que vous ne lisez pas ?

Oui. Depuis août 1986, je n’ai jamais rouvert Le Canard enchaîné. Et je m’en porte divinement bien. Alors ministre du Budget, j’étais en vacances à Hossegor. Mon jeune directeur de cabinet me téléphone pour me dire : « On vient de recevoir un appel du Canard enchaîné. Tu vas avoir les honneurs de ses colonnes demain. Ils prétendent que tu as financé les affiches électorales de la campagne municipale dans le XVIIIe arrondissement de Paris, en 1984, par de fausses factures. » Tohu-bohu. Comme j’étais ministre en exercice, ça a fait la une du 20 heures.

Après une rapide enquête, j’ai pu prouver que c’était totalement infondé. J’ai retrouvé les factures dans lesquelles il y avait la dénomination des affiches, le mode de paiement. Tout était parfaitement clair. Mais il a fallu deux semaines pour obtenir que Le Canard enchaîné rectifie. Ce que je trouve absolument scandaleux dans certaines pratiques de presse, c’est le scoop avant vérification, l’article avant enquête contradictoire. Si on m’avait interrogé huit jours plus tôt, j’aurais fourni les factures.

... et il n’y aurait pas eu d’article.

Il n’y aurait pas eu d’article infondé. Comme j’ai été choqué par cette façon de faire, j’ai décidé de ne plus lire Le Canard enchaîné. De temps en temps, mes collaborateurs me mettent sous le nez un papier de nature à me faire plaisir - c’est-à-dire vachard pour quelqu’un que je n’aime pas ! -, mais c’est rare. À part ça, je lis tout, du Figaro à Libération et L’Humanité, qu’il devient difficile de trouver.

La Croix ?

Oui, ma femme y était journaliste. C’est un journal que j’aime bien.

La difficulté de faire rectifier est assez répandue chez nous...

Il n’y a pas qu’en France. Voilà quelques semaines, je donne une interview à La Presse de Montréal, sur la francophonie et les relations France-Canada. On me questionne : « Êtes-vous en désaccord avec Sarkozy ? », je dis : « J’ai observé les déclarations du Président. Il a dit qu’on était amis avec les Canadiens et frères avec les Québécois. Je suis d’autant plus d’accord avec lui que c’est moi qui ai lancé la formule. » Et ça devient : «  Juppé contredit Sarkozy ! » Or, l’article ne disait rien de tel.

Un de mes amis canadien a réagi avant moi et obtenu le rectificatif. Sauf que l’article faisait quatre colonnes avec un énorme titre et le rectificatif, deux petites lignes... Avec des excuses tout de même. En général, le rectificatif du Monde, c’est : « M. Untel dit que, mais en fait, nous avions raison. » Le Monde a toujours raison, même quand il rectifie. C’est un phénomène contre lequel on ne peut rien.

photo : Philippe Taris
photo : Philippe Taris

« Si vous demandez à un journaliste quelles sont mes relations avec la presse, il vous répondra : exécrables »

Quels sont vos rapports avec la presse audiovisuelle ?

Si vous demandez à un journaliste quelles sont mes relations avec la presse, quelle qu’elle soit, il vous répondra : exécrables.

Et vous avez épousé une journaliste...

Je l’ai épousée à une époque où mes relations avec la presse étaient fastes. J’ai vécu deux temps. Jusqu’en 1995, ça se passait relativement bien, même quand j’étais secrétaire général du RPR, et la période idyllique fut celle du Quai d’Orsay. J’avais principalement affaire aux journalistes spécialisés en matière internationale et j’avais une presse d’enfer, le mot n’est pas excessif. Puis il y a eu 1995 : rupture, vraisemblablement par ma faute. Depuis, j’ai eu beaucoup de mal à rétablir des relations raisonnables.

Par votre faute ?

Parce que j’ai des relations passionnelles avec la presse. Ma femme me dit : «  Tu ne comprends pas ce qu’est un journaliste. Un journaliste n’est ni un ami, ni un adversaire. C’est un professionnel. Or, toi, soit tu les traites en amis, tu leur dis tout et ensuite tu n’es pas content quand ils le répètent. Soit tu les considères comme des adversaires et tu ne veux pas les voir. Il faut que tu les considères comme des pros. Un pro, c’est quoi ? Quelqu’un qui cherche de l’info. Tu leur en donnes ou pas. Tu calibres ce que tu veux dire. C’est comme ça qu’il faut faire. » J’ai un peu de mal à y parvenir et j’ai pu donner parfois, et même souvent, l’impression aux journalistes que je les prenais de haut. Or, c’est injuste. Parmi eux, comme chez les hommes politiques, il y a de tout. Des bons, des pas bons, des cultivés, des pas cultivés.

Ce qui me choque parfois - et les journalistes pensent la même chose des politiques -, c’est l’absence de professionnalisme. Quand je vois des gens qui bâclent un article en trois coups de cuillère à pot sans avoir vraiment approfondi le sujet... D’un autre côté, il existe des journalistes qui méritent toute considération, qui sont parfaitement au niveau des hommes politiques. Il faut éviter les appréciations globales, surtout en matière de politique étrangère. Nombre d’articles du Monde, par exemple, ont de la substance. C’est plutôt bien fait, bien préparé.

L’audiovisuel est un univers tout à fait différent. On est dans la mousse des choses. Il faut résumer sa pensée en deux ou trois minutes. C’est curieux la relation que j’ai avec les journalistes : ils passent pour ne pas m’aimer mais, en même temps, ils aiment bien m’interviewer parce que, avec moi, ils sont sûrs de ramener deux ou trois minutes intelligibles. C’est du moins ce qu’ils me disent.

Comment se fait-il qu’aujourd’hui, hommes politiques et journalistes soient souvent mis dans le même sac ?

Comme j’appartiens à la catégorie des hommes politiques qui est, dans toutes les enquêtes d’opinion, regardée comme la plus méprisable, à égalité avec les prostituées, voir que les journalistes nous ont rejoints dans le panier, ça me fait plaisir. D’autant que c’est eux qui ont très largement véhiculé ce discrédit... En fait, si vous demandez à des gens ce qu’ils pensent des hommes politiques en général, ils les accableront. Mais si vous posez la question : Que pensez-vous de votre député-maire ? La réponse sera : « C’est un type formidable en qui j’ai confiance. » Que pensez-vous des journalistes en général ? « Ce sont des minables. » Et Untel ? « Non lui, je l’aime bien. Il fait de bons papiers. » Il y a cette schizophrénie dans l’opinion publique qui s’applique à la fois aux journalistes et aux hommes politiques. Est-ce qu’il y a une connivence, une complicité ? Oui, c’est clair. Mon problème c’est que je ne suis pas arrivé à les créer.

Vous tutoyez beaucoup de journalistes ?

D’une façon générale, je tutoie peu. Je pense que le tutoiement est une marque de proximité et il ne faut pas être proche de tout le monde, sinon on n’est proche de personne. Je tutoie Elkabbach, c’est lui qui a dû prendre l’initiative et cela semblait lui faire plaisir, Catherine Nay...

Les médias permettent-ils toujours une articulation entre pouvoir et électorat ?

Oui, bien sûr, c’est pour ça que je fais des efforts. J’ai bien compris que se braquer contre cette institution, si c’en est une, n’a pas de sens. C’est un relais fondamental, j’essaye de créer des relations de confiance et, contrairement à ma réputation, j’y arrive assez souvent. Par exemple, lors de la dernière campagne municipale à Bordeaux, Sud Ouest m’a demandé : « Est-ce que vous acceptez qu’on suive votre campagne ? » J’ai dit oui. J’ai tout ouvert. Toutes les réunions que j’ai faites ont été ouvertes aux journalistes et tout s’est très bien passé. Les journalistes ont vu que je jouais le jeu, que je ne cherchais pas à cacher quoi que ce soit. Et je me suis rendu compte que lorsque je me montrais dans ma vérité, je n’étais pas aussi antipathique qu’a priori beaucoup le pensaient.

Il y a une petite séquence assez drôle dans le film de France 3 sur la campagne comparée de Rousset et la mienne. Un matin à 8 heures, j’avais rendez-vous avec mes conseillers de presse pour « débriefer » la journée précédente et on me dit : « Hier vous êtes allé déjeuner au Noailles. Ça ne s’est pas bien passé parce qu’il y a des gens à qui vous n’avez pas dit bonjour. » Là, j’explose : « J’en ai marre d’entendre ça ! Je suis allé au Noailles, j’ai vu des gens sympathiques qui me souriaient, je leur ai dit bonjour. J’ai vu des gueules de c... qui piquaient du nez dans leur assiette pour éviter de me saluer. Je ne leur ai pas dit bonjour. C’est comme ça, je ne changerai pas. » Lors de la projection publique au cinéma, la salle a ri de manière plutôt sympathique.

« Le Monde a toujours raison, même quand il rectifie. C’est un phénomène contre lequel on ne peut rien. »

Personne n’est tout à fait content en France du fonctionnement des médias, ni les hommes politiques, ni les journalistes eux-mêmes, ni le public qui nous associe.

Est-ce que ça empêche les gens d’être devant leur poste de télévision à 20 heures ou de lire leur journal le matin ? Ils disent : on nous raconte des blagues, on n’y croit pas, mais ils se précipitent dessus. C’est typiquement la relation de l’opinion avec les centres de pouvoir. Les hommes politiques sont réputés avoir du pouvoir. La presse en a puisqu’elle façonne l’opinion. Donc les gens se méfient. Il y aura toujours cette relation de fascination-répulsion. Je ne suis pas si sévère que ça pour la presse. Globalement, je trouve qu’elle fait bien son travail. Même si tous les journalistes ne sont pas des flèches, c’est plutôt une corporation de qualité. Elle est plurielle, ce qui est un élément essentiel de la démocratie, et relativement indépendante, même s’il existe des connivences évidentes. Mais aujourd’hui, si vous avez envie de dire que le président de la République est un connard, vous pouvez le dire.

En France, de grands groupes de presse sont aux mains de trusts de l’armement ou des travaux publics qui ont l’État comme client. Nos confrères étrangers regardent cette situation avec stupéfaction.

Ils ont raison. Cette dérive française n’est pas saine. Des lois ont été faites pour la limiter mais elles sont peut-être insuffisantes et pas appliquées. Il faudrait être naïf pour nier qu’il y a, entre l’État et ces groupes, des affinités électives. Est-ce que celles-ci se répercutent autant qu’on le dit jusque dans les rédactions ? Je n’en suis pas tout à fait sûr, mais cela contribue au manque de crédibilité.

Et la nomination du président des télévisions par l’exécutif ?

J’hésite un peu. Est-ce que la nomination par le CSA est un gage absolu d’indépendance ? Les pressions existent à tous les niveaux. Peut-être que cela sera plus clair. Si j’ai bien compris, dans le texte en préparation, il y aurait une procédure de contrôle parlementaire. Est-ce un gage d’indépendance politique ? Il n’y a pas de système parfait.

Comment vous êtes-vous décidé à pratiquer d’une manière régulière, et avec succès, une communication personnelle par Internet ?

Je vais être très franc : c’est la conjonction de deux éléments. D’abord l’influence de ma femme qui, elle, est passionnée depuis longtemps, surtout depuis qu’elle a écrit « La Femme digitale ». Mon grand concurrent dans notre vie, c’est son clavier. Le second facteur a été mon départ au Canada et mon désengagement de la vie politique qui, tout d’un coup, m’a laissé du temps. J’ai lancé mon blog fin 2004-début 2005. Pendant deux ans, ça a été une drogue. J’y étais tous les matins, je lisais pratiquement tout ce que je recevais, je m’efforçais d’y répondre. Lors de mon séjour québécois, ce fut un lien formidable avec le monde extérieur. Avec les Québécois qui étaient très présents sur le site, mais aussi avec les Français. Aujourd’hui, même si je ne suis que maire, je manque de temps donc je suis un peu moins présent et je constate qu’avec ce genre de médias, si on décroche, la fidélité se perd très vite.

Comment le voyez-vous ?

Ce n’est pas un journal intime. Je n’y mets pas, sauf exception, mes sentiments personnels. Mais c’est un moyen d’expression d’une extraordinaire liberté sur des choses qu’on a envie de dire, qui peuvent être politiques, qui peuvent avoir trait à la situation internationale, à mes lectures. Pendant ma période de production la plus intense, mon blog a été présenté comme l’un des plus fréquentés des hommes politiques. Le fait est que je l’assumais totalement. J’avais trouvé le rythme : des papiers assez courts. Moi-même, quand je reçois un courriel qui a plus de quinze lignes, je ne le lis pas.

Ce qui me frappe beaucoup, c’est l’impact que ça peut avoir. Quand j’ai écrit en quatre lignes, « On appelle le Tibet à la retenue. Tuer avec retenue ? », les réactions ont été véritablement importantes. Un jour, j’ai écrit deux ou trois phrases sur l’Otan qui m’ont valu une réponse de trois pages du président de la République. Je ne suis pas sûr qu’il lise mon blog, mais manifestement certains de ses collaborateurs le font. C’est un moyen d’influence formidable, pour un homme politique un peu en retrait de la scène médiatique qui n’a pas trop envie de s’exprimer à la télévision ou dans la presse écrite.

Vous devinez quand l’auteur n’est pas derrière son blog ?

Oui, on le voit bien. C’est convenu, fabriqué. Ça se sent. Cela dit, le Net n’a pas que des aspects positifs, on reçoit des messages désagréables parfois, voire difficiles à accepter sur le fond : j’ai beaucoup blogué sur l’immigration il y a deux ans et je recevais des courriels d’une violence inouïe que je ne mettais pas en ligne.

Vous êtes pour la liberté totale d’expression ?

Il y a des lois : si on tient des propos antisémites ou racistes sur le Net, il n’y a pas de raison qu’on soit moins sanctionné que si on les avait écrits ou si on les tenait dans une chaire à l’université. Sinon, l’idée de tout contrôler et censurer est inopérante.

Les Chinois ont 45 000 « cyber-policiers »...

Et 250 millions d’internautes. Ce qui laisse de la marge. La seule chose qui me préoccupe, ce sont les enfants. Les saloperies sur lesquelles ils peuvent tomber du jour au lendemain. J’ai une fille de 12 ans : quand elle a un exposé à faire, elle se précipite sur son ordinateur. C’est formidable, mais je me dis qu’à tout moment elle peut tomber sur un site pédophile ou pornographique. Techniquement, comment lutter contre cela ?

Regrettez-vous certaines phrases dont vous pouvez penser qu’elles vous suivent ? Quand, par exemple, vous avez dit à des journalistes : « Finalement vous préfériez me voir mort »...

photo : Philippe Taris
photo : Philippe Taris

« Je revendique le droit de dire à un moment donné aux journalistes : “Foutez-moi la paix ! »

Non, je ne regrette pas du tout cette réaction. Je n’ai jamais prononcé de phrases en public - en privé, oui - qui soient désagréables pour les journalistes. En revanche, je regrette certaines observations qui étaient fondées mais provocatrices ou incompréhensibles. Il y en a trois connues.

La première : « Je suis droit dans mes bottes. » Depuis j’ai réfléchi. Qu’est-ce qu’il y a de négatif ? Est-ce la botte elle-même ? C’est vrai, elle a un côté militaire. Est-ce le mot droit ? Il y a trois choses : botte, droit, dans. Il aurait mieux valu que je dise : « Je suis mou à côté de mes baskets. » Alix Girod de l’Ain, éditorialiste de Elle, a fait un jour un papier assez drôle : « Juppéisez votre mec », dans lequel elle écrivait : « On n’imagine pas Juppé en jean Diesel, dans des santiags. » Pas de pot, j’ai des Diesel et des santiags. Je les ai achetés au Canada pour participer à une country party.

Seconde formule fâcheuse : «  Enlever la mauvaise graisse. » La troisième est revenue il n’y a pas très longtemps dans la presse mais de manière plutôt sympathique à mon égard : «  Thomson Multimédia vaut zéro franc. » C’était comptablement exact et humainement insupportable. D’ailleurs, cet article récent reconnaissait que j’avais raison. Les repreneurs de Thomson Multimédia sont en train de faire faillite, après que l’État a versé 14 milliards de francs pour essayer de les sauver.

La phrase « Vous préféreriez me voir mort » est prononcée dans un contexte très particulier. Je venais d’essuyer mon premier échec électoral personnel depuis trente ans. Dans l’intervalle, j’ai été candidat une vingtaine de fois et j’ai toujours gagné, même en 1997. Or, là, je m’étais remis en jeu. C’était un moment dur, difficile, douloureux. Le lendemain de ma défaite, je me retrouve devant un mur de caméras, d’appareils photo. Je me sens physiquement agressé. Comment je m’en tire ? Mal, en réagissant affectivement. J’entends : « Comment allez-vous ? » Je réponds : « Vous préféreriez me voir mort. » Si je dis : « Je vais bien », ça ne satisfait pas. Donc il faut que je dise que je vais mal. Très mal. Et même que je suis à l’article de la mort. D’où l’enchaînement de ma réponse. Je n’ai pas de regrets parce que je ne suis pas, contrairement à ce que pensent certains, quelqu’un de complètement mécanique et informatisé. Je réagis aussi parfois de façon émotive. Ce n’était pas une charge contre les médias. C’était : « Foutez-moi la paix. » Je revendique le droit de dire à un moment donné aux journalistes : « Foutez-moi la paix. »

Auriez-vous aimé diriger un journal ou une chaîne de télévision ?

Oui, ça m’aurait passionné. Quoique diriger un journal ou une télévision est peut-être un peu compliqué. J’aurais aimé être un grand éditorialiste. Écrire régulièrement sur le monde tel qu’il va ou qu’il ne va pas.


 
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