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Internet

Kindle :

jamais sans mes livres

par Pierre Hessler

Médias vous a déjà parlé du livre électronique (voir n° 18). Qu’en est-il en pratique ? Le livre électronique a-t-il suffisamment d’atouts pour compenser notre amour du « vrai » livre fleurant bon l’encre et le papier ?

Pour répondre à cette question, il faut examiner le système qui entoure l’appareil. Le plus élaboré est celui que proposent Amazon et son livre électronique Kindle, objet de cet article. Kindle n’est vendu - pour l’instant ? - qu’aux États-Unis, où on l’acquiert aussi facilement que n’importe quel autre produit.

La librairie

Cent quatre-vingt-dix mille livres au catalogue : c’est le dernier chiffre, et il augmente de plus de deux mille titres par semaine ! Ces ouvrages, au « format Kindle », tirent parti des fonctions de cet appareil. La librairie Kindle ne se contente pas d’être bien fournie, elle a d’autres atouts pour séduire le client. Le système de recherche offre les facilités auxquelles Internet nous a habitués. Mais il est plus simple d’emploi : Kindle se branche automatiquement par les réseaux des téléphones mobiles sans que l’utilisateur ait à faire d’autre manipulation qu’allumer la radio.

Kindle propose un échantillon ainsi qu’une série de renseignements, tous accessibles d’un seul clic : la description de l’ouvrage par l’éditeur, des extraits de critiques, mais aussi et surtout les opinions des lecteurs. Son choix fait, on achète et paie d’un autre clic. Une minute plus tard, la lecture peut commencer, satisfaisant les plus impatients, ceux que l’on voyait ouvrir leur nouveau livre sur le seuil de la librairie.

« Le lecteur transporte, sans ployer sous son poids, une bibliothèque de cinquante à cent livres. »

Un jeu d’enfant à des prix alléchants. Par rapport au livre papier, la réduction est d’au moins 20 %, et elle peut atteindre 70 ou 80 % sur des ouvrages scientifiques ou de faible diffusion. Quant aux titres tombés dans le domaine public, leur coût chute pour se situer autour d’un dollar... voire beaucoup moins s’il s’agit de collections entières : pour l’amateur de Mark Twain ou de Melville, quel bonheur d’avoir, dans une seule main, tous leurs romans, qui plus est pour quatre ou cinq dollars !

La lecture

Du livre, le Kindle a le format modeste et le poids léger. Le confort de lecture est comparable. Si l’écran n’est pas grand, son piqué est excellent. Le « papier électronique » confirme, en noir et blanc, sa supériorité sur l’écran plat classique car il n’est pas rétroéclairé, mais se lit à la lumière du jour, en douceur... comme un livre, en somme. Avantage notable, changer la taille des caractères est l’affaire d’un instant.

Au lecteur actif, Kindle offre trois fonctions : placer des signets, souligner et annoter. Le texte souligné et les notes sont automatiquement enregistrés dans un fichier, facile à imprimer. Au lecteur en panne de vocabulaire, Kindle permet la consultation du dictionnaire, au fil de la lecture.

Ce plaisir de lecture pâtit peu de la gêne propre aux ordinateurs portables : la faiblesse de la batterie. L’électronique n’étant sollicitée qu’à l’instant où l’on tourne la page, la batterie permet de lire une œuvre substantielle sans recharge.

Le seul inconvénient du Kindle, c’est que nos sens ne peuvent s’y exercer. Un livre classique, on le jauge, on s’y repère, on rebrousse chemin, on le survole, parcourt un chapitre. L’électronique n’a pas trouvé d’équivalent.

La bibliothèque

Avec Kindle, le lecteur transporte, sans ployer sous son poids, une bibliothèque de cinquante à cent livres. Il suffit d’y ajouter une carte de mémoire à cinq ou dix euros pour quintupler ou décupler ce nombre. Rien de bien spectaculaire par rapport à l’ordinateur portable, mais le sentiment est tout autre, car il s’agit d’un personnel et précieux trésor.

Et ce n’est là que le premier rayon de votre bibliothèque électronique. Amazon l’étend sans limite apparente. Lorsqu’un livre est lu, vous pouvez le replacer dans la bibliothèque centrale, sans frais supplémentaires. Il suffit de le « renvoyer » en un clin d’œil pour qu’il reste le vôtre... à l’abri de la poussière, et prêt à vous rejoindre tout aussi simplement. Qui plus est, le livre ainsi conservé est bien votre exemplaire, le texte est souligné par vos soins, les notes sont à leur place. Seuls manquent les bibliothécaires de nos études, soucieux de nous faire partager leur passion...

En conclusion

Appuyé par le système d’Amazon, un modèle de facilité d’emploi, le livre électronique non seulement devient utile et pratique, mais encore et surtout il nous fait le don d’un nouvel art de lire. Passer sans effort du livre scientifique au roman, puis goûter quelques phrases d’un grand styliste avant de se replonger dans l’étude : qui dit mieux ?

À quand le système Kindle, ou ses équivalents, en Europe ?


 
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