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Marine Le Pen

« L’objectif reste de me piéger »

par Emmanuelle Duverger, Robert Ménard et Christophe Labarde / Photos : Pierre-Anthony Allard

Interroger Marine Le Pen sur les médias, sur ses rapports avec les journalistes, sur ses réactions aux innombrables commentaires dont elle est l’objet nous a semblé plus qu’opportun, absolument nécessaire à l’heure où le Front national gagne chaque jour des électeurs. Elle ne manie pas la litote et ne prend guère de gants. Ses réponses.

Comment ressentez-vous le statut de « star » des médias ?

Je n’éprouve pas ce sentiment-là, parce que j’ai vécu quarante-deux ans auprès de Jean-Marie Le Pen, qui était lui-même une « star » des médias dans un sens très particulier : haï, détesté, traité différemment, susceptible de faire des scores d’audience qui mettaient les médias devant des choix compliqués... J’ai toujours trouvé que les relations entre Front et médias étaient anormales. J’ai essayé d’y remédier, de faire en sorte que chacun puisse travailler correctement. Et on est sorti du cycle pervers des insultes réciproques. En revanche, je ne demande jamais à être invitée, ni qu’un journaliste fasse un papier sur moi...

Aujourd’hui, quand vous arrivez sur un plateau ou dans une radio, avez-vous le sentiment d’y être accueillie comme en terre ennemie ?

C’était le cas de mon père. J’ai fait une interview assez drôle avec Christophe Hondelatte. Il a commencé en me disant : « Il y a quelques années, votre père est venu. On était toute une série de journalistes les bras dans le dos pour ne pas lui serrer la main. Aujourd’hui, lorsque vous êtes arrivée, j’aurais pu vous taper la bise. » Lui-même s’en étonnait à l’antenne. Les relations sont normalisées, y compris d’ailleurs avec des journalistes qui sont des adversaires politiques déclarés. Et puis, vous savez, leur comportement hors antenne est parfois différent...

Ce qui veut dire ?

Que certaines personnes ne disent pas à l’antenne ce qu’elles diraient en privé. Par crainte d’être accusés de servir la soupe, certains en rajoutent dans l’agressivité : surtout ne pas être soupçonnable d’avoir la moindre convergence, la moindre sympathie à mon égard. C’est une réalité : ils sont réellement victimes de ce type de pression.

D’où vient-elle ?

Du politiquement correct, dicté par les médias les plus proches du pouvoir. On constate des relations extrêmement fortes entre certains prescripteurs d’opinion que sont les journalistes, et le pouvoir politique. Quel qu’il soit d’ailleurs. Le système — qui fonctionne comme un balancier — accepte qu’on traite normalement le PS et l’UMP, mais pas les représentants du Front national. On est contents que ça aille mieux qu’avant, mais si les relations se sont normalisées, elles ne sont pas banalisées pour autant. L’exemple type est « Le Grand Journal » de Canal+. On m’invite, mais toujours seule. Jamais avec d’autres invités, et, en général, dans une ambiance glaciale de procès soviétique...

Vous le vivez comme ça ?

Sur Canal, oui. Et encore, j’ai remarqué une évolution parce que, l’année dernière, je n’avais pas droit aux applaudissements. Cette année, il y en a eu, mais parce que l’émission commençait, pas pour moi. Chaque fois, ce sont les mêmes petites phrases de Jean-Marie Le Pen, le même reportage ou quasiment le même.

Au moins, vos réponses sont prêtes...

Non, parce que, en l’occurrence, cette année, je me suis un peu énervée. Ça suffit !

Vous le disiez vous-même : longtemps, les rapports entre vos services d’ordre — à la fête des bleu-blanc-rouge ou dans les meetings — et les journalistes étaient à couteaux tirés...

Constater que les journalistes présents ne pensaient qu’à une chose, photographier le type au crâne rasé, alors qu’il y avait autour de lui 10 000 personnes avec des enfants, des familles ordinaires, ça énervait forcément les participants. Et donc, lesdits journalistes se faisaient parfois prendre à partie.

« Quand je sortirai la photo de monsieur Joffrin bras dessus bras dessous avec Jean-Marie Le Pen en maillot de bain sur une plage, peut-être que les choses se calmeront... »

Encore récemment...

Vos confrères sont unanimes à dire que le Front national est le parti avec lequel il est le plus facile de travailler, le plus ouvert. Cette normalisation des relations est très positive, même s’il existe encore parfois des provocateurs des deux côtés...

Libé a publié une photo de vous avec deux néonazis…

Je trouve ça profondément injuste. J’ai dû faire des photos avec des milliers de personnes. C’est vrai qu’à l’époque — le cliché date de 2006 —, j’étais probablement moins prudente qu’aujourd’hui et je me suis fait avoir. Il faut quand même un esprit pervers — que je n’ai pas —, pour aller vérifier si la marque du tee-shirt du type a été ou pas détournée. Il a fallu qu’on me le dise pour que je m’en rende compte. Et que j’aille regarder le tee-shirt avec une loupe pour voir qu’en dessous de la tête de mort, était dessinée une croix gammée… Voilà, je serai plus prudente à l’avenir. Mais on peut trouver des photos comme ça de tout le monde : chanteurs, acteurs, écrivains, responsables politiques… Ce qui importe, ce sont les déclarations que j’ai faites : ces gens-là, ai-je dit, n’ont pas leur place au Front. « Ce n’est même pas la peine de venir au Front national, le Front national ne pense pas comme vous. » Et s’ils viennent, ils seront exclus. Si on lutte sincèrement contre le fascisme, le racisme, si Marine Le Pen, arrivant à la tête du Front national, lance un signal aussi clair à ces groupuscules marginaux et radicaux, un certain nombre de médias devraient s’en réjouir. Mais non, l’objectif reste de me piéger, de dire que ce n’est pas vrai. C’est le cas des médias, mais aussi des organisations pseudo-représentatives, type Crif. C’est à cela qu’on s’aperçoit des ressorts politiques qui les animent. Un système est en place, et beaucoup ont tout à craindre qu’il ne change. Le Front national n’a pas de réseaux et ne fonctionne pas sur le copinage. Alors, élisez-nous ! Parce que nous n’avons pas ces réseaux, nous sommes, par définition, les mieux placés pour faire appliquer un fonctionnement démocratique qui soit parfaitement impartial, puisque nous n’avons personne à avantager.

« Quand je sortirai la photo de monsieur Joffrin bras dessus bras dessous avec Jean-Marie Le Pen en maillot de bain sur une plage, peut-être que les choses se calmeront… »

Pourtant, les municipalités FN n’ont pas fait mieux que les autres.

Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous avons gagné quatre municipalités. À Marignane, le maire a été réélu. Ce qui veut dire que les gens n’étaient pas trop mécontents de lui. Même si, entre-temps, il a quitté le FN à cause de la pression très forte subie en termes de subventions. À Orange, le maire a été réélu à plus de 65 %. Lui aussi nous a quittés, à cause de divergences internes. À Toulon, Le Chevallier a été un maire indélicat : nous l’avons exclu, parce que, à la différence des autres, c’est le sort que l’on réserve à nos maires indélicats. Et puis Mégret, en plein milieu de son mandat, quitte le Front national et se sert de Vitrolles pour faire sa campagne présidentielle. Dans les municipalités où le Front national a été élu, il n’y a eu ni chasse aux Arabes ni suppression des libertés individuelles… Et, entre-temps, nous avons mûri. Ces histoires remontent à quinze ans. Depuis, nous avons eu des conseillers régionaux qui n’ont jamais fait parler d’eux en mal. Ils bossent, font leur job, votent « pour » quand ils sont d’accord… On n’a jamais fait d’obstruction. La guerre qui nous est faite est profondément injuste.

Vous vivez les médias comme injustes à votre égard ?

Oui. Le traitement qui m’est réservé ne l’est à personne d’autre. Quand, systématiquement, on me demande de m’expliquer sur les propos de Jean-Marie Le Pen… Est-ce que ça viendrait à l’esprit de quelqu’un de demander à madame Aubry ce qu’elle pense de la francisque de Mitterrand, de demander à madame Morano ou à monsieur Copé de s’expliquer sur les propos de Jacques Chirac concernant « le bruit et les odeurs » ?

Pourquoi dites-vous « Jean-Marie Le Pen » et pas « mon père » ?

Je fais la différence entre mon père et l’homme politique. C’est schizophrène, mais, dans ma situation, il le faut, sinon vous devenez fou.

Quels sont les médias ou les journalistes qui trouvent grâce à vos yeux ?

Laurent Bazin, par exemple, travaille objectivement. Bourdin aussi : il ne me traite pas différemment des autres…

Vous partagez les critiques de Jean-Luc Mélenchon sur la presse ?

Ses emportements partent un peu dans tous les sens. Du coup, il n’est pas facile de s’y retrouver… Je lui sais gré de faire descendre les médias de leur piédestal. On a le droit de râler et de dire que quelqu’un fait mal son boulot. On peut se plaindre du poids du politiquement correct dans cette profession. C’est terrible, cette frousse. On l’a bien vu avec ces poussées de maccarthysme, cet article de dénonciation du Nouvel Obs contre Élisabeth Lévy, Philippe Cohen1… Tout ça parce qu’ils sont contre la mondialisation. Même ça, on n’aurait pas le droit ? C’est du terrorisme intellectuel. Je m’attendais à ce que certains de vos confrères taclent Le Nouvel Observateur, quand il cloue ainsi au pilori des journalistes qui ne pensent pas comme il faut. Quand je sortirai la photo de monsieur Joffrin bras dessus bras dessous avec JeanMarie Le Pen en maillot de bain sur une plage, peut-être que les choses se calmeront… Son père est toujours le meilleur ami du mien. Doit-on pour autant mettre en cause l’intégrité politique de monsieur Joffrin sous prétexte qu’il a fait une croisière avec Jean-Marie Le Pen, et que j’ai des photos de lui en slip de bain avec mon père ? On touche là à l’absurde ! Est-ce que cette photo signifie que monsieur Joffrin est lepéniste ? Je trouve que, finalement, c’est troublant [rire].

Vous avez dit, à propos du livre de Maurice Szafran et de Domenach 2 : « Ce genre de livre porte préjudice à toute la profession. » Vous parlez des politiciens ou des journalistes ?

Des journalistes.

Pourquoi ?

Politiques et journalistes doivent pouvoir se parler sans imaginer qu’un jour ils seront trahis, utilisés pour faire de l’argent. Nous participons chacun à la construction de la démocratie. On doit pouvoir se parler en off parce qu’il est utile de connaître le fond de la pensée de quelqu’un sans, en permanence, se dire qu’on va utiliser ses propos plus tard pour en faire un bouquin. Humainement, je trouve ça sordide. Et pourtant, je n’aime pas beaucoup Sarkozy. Profiter des relations qu’on peut avoir avec un politique pour faire de l’argent, c’est infect. J’espère qu’un jour, un politique fera la même chose à un journaliste. Ça m’amuserait beaucoup ! Conséquence : les politiques ne parleront plus, ou de manière non sincère, parce qu’ils auront le sentiment permanent d’être en interview.

Quand Franz-Olivier Giesbert a écrit son bouquin sur Chirac, il a lancé une petite révolution en disant : « Il n’y a plus de off. »

Mais il y a de l’humain, non, dans les relations entre les gens ? Humainement, je tiens à la droiture, à l’honnêteté, donc je trouve minable ce genre de bouquin. Ça ne m’étonne pas de la part de Szafran et de Domenach, déjà condamnés dans des termes extrêmement durs par la cour d’appel de Paris pour avoir totalement bidonné une interview de Le Pen. Ils auraient dû, d’ailleurs, ne plus avoir le droit d’écrire un seul papier, et être rejetés par la profession pour avoir violé à ce point ses règles déontologiques. La presse doit pouvoir être sanctionnée, comme n’importe quel pouvoir qui participe du processus démocratique.

Certains vous rétorqueront que les médias ne constituent pas un pouvoir, mais un contrepouvoir…

Qui dit contre-pouvoir dit pouvoir. Je comprends bien que les journalistes n’aient pas envie d’être réglementés. Mais ils sont un pouvoir et il serait absurde de le nier.

Vous êtes souvent agacée quand on vous rappelle les petites phrases de votre père. Pourtant, vous avez parfaitement compris comment fonctionnent les médias.

Ce sont eux qui nous imposent ce mode de fonctionnement ! Je ne suis jamais aussi à l’aise que lorsque je dispose d’une heure et demie pour parler, aller au fond des choses. Mais les médias ne fonctionnent pas ainsi. Ils travaillent de plus en plus en zapping, avec des « coups ». Dans les émissions télévisées, on n’a que quelques secondes pour penser…

Tout le monde est logé à la même enseigne…

C’est vrai. Et, pour être honnête, nous sommes beaucoup plus à l’aise avec ça, parce qu’on y évite la langue de bois. C’est d’ailleurs ce qui plaît, aux gens comme aux médias. Lorsque le Front dit quelque chose, on est d’accord ou non, mais ce n’est pas le robinet d’eau tiède. Nous avons un positionnement clivant sur toute une série de sujets et nous l’assumons. Au bout d’une demi-heure avec Moscovici, on se demande ce qu’il a dit…

Cette façon de dire les choses, vous l’avez apprise de votre père ?

Sûrement. Et en formation continue ! Avec lui, j’étais dans le bain…

Ça vous a à la fois servie et desservie.

Avant d’être une bête médiatique, il faut être une bête politique. Il faut du contenu, pas uniquement le sens de la formule… Prenez de Villiers : une succession de petites phrases, des métaphores, mais ce n’est pas un animal politique. Être capable de sortir des petites phrases ne donne pas obligatoirement une vision politique.

Qu’avez-vous pensé du traitement médiatique des mésaventures familiales de Philippe de Villiers ?

Infect. Comme je trouve infecte la photo de Cécilia Sarkozy sortant de l’hôtel à New York avec son « jules ». Un aspect de la politique vraiment méprisable.

Vous leur avez envoyé un message de sympathie ?

J’aurais peut-être dû. Pour Cécilia Sarkozy, j’ai écrit dans mon livre que je trouvais ces procédés lamentables. D’autant qu’ils impliquent des enfants. Quant au papier de VSD sur l’affaire de Villiers… Je n’ai plus jamais acheté VSD depuis ce jour-là. C’est immonde. On rejette toujours la faute sur les autres, expliquant que ce sont les politiques qui ouvrent leur vie privée. En réalité, c’est la presse qui est demandeuse.

Dans votre bureau, vous avez des photos de vos enfants. Vous les mettez en avant ?

Jamais. Et si les médias s’en emparent, j’attaque. Mon jules, mes enfants, mon appartement, c’est sacré.

Votre compagnon a quand même une responsabilité au FN. On ne voit jamais de photos de votre couple ?

Lorsque nous sommes ensemble, il s’agit de photos politiques dans des activités politiques.

Si on vous proposait de poser ensemble, vous refuseriez ?

C’est déjà fait. Vous n’imaginez pas la pression. Match et les autres… Ma réponse a été claire : « Je suis une femme politique. Vous me prenez dans mon activité politique. » Ce n’est pas parce qu’on aime le foie gras qu’on est obligé de s’intéresser à la vie du canard.

Vous savez pourtant que, si vous voulez devenir un parti de gouvernement, vous serez confrontée à ce problème-là.

Ça ne me choque pas outre mesure que les Français aient envie de connaître ma vie privée. Mais le problème est que la relation entre les politiques et cette presse est telle, aujourd’hui, que si vous donnez la main, elle prendra le bras et vous dira que vous n’avez plus le droit de faire marche arrière.

Les photos de maternité de Ségolène Royal vous ont choquée ?

Non, mais je ne l’aurais pas fait. À cause de l’engrenage. Je préfère préserver totalement ma vie privée, quitte à ne montrer qu’une partie de moi, plutôt que de prendre le risque de mettre mes enfants en danger…

Mais vous êtes candidate à la présidentielle et on a envie de savoir à qui on a à faire, et donc comment vous êtes en privé…

Qu’est-ce qu’on peut savoir de plus sur moi ? Les Français m’ont vu grandir. J’ai trois enfants. Je ne vais pas faire venir un journaliste dans mon lit pour savoir comme ça se passe ! Ça ne regarde personne. On doit être capable de préserver cette intimité. Ne pas céder à la pression participe également du caractère de quelqu’un. Et si c’est un désavantage, je fais quand même ce choix.

Vous êtes donc de ceux qui pensent que les journalistes ont eu raison de ne pas parler des frasques de DSK avant que n’éclate « l’affaire du Sofitel » ?

Le problème n’était pas la révélation de la vie privée de Dominique Strauss-Kahn. Tout le monde se moque de savoir si untel a une maîtresse ou quelle est son orientation sexuelle. La question est : pouvait-on nommer DSK à la tête du FMI ou faire sa campagne afin qu’il accède à la magistrature suprême, sachant que son comportement qui suscitait la réprobation objective était à l’évidence incompatible avec ces hautes fonctions, au risque de faire face à un scandale éclaboussant notre pays aux yeux du monde ? La réponse est non, car la réputation de DSK n’était pas celle d’un séducteur mais celle d’un harceleur, on n’était donc pas dans le domaine de la vie privée.

Vous avez pourtant publié un livre 3 dans lequel vous racontez des choses très personnelles, votre enfance, etc.

Mais c’est moi qui l’ai écrit, et pour ne plus avoir à répondre ! Parce que j’étais rongée par ce sentiment d’injustice, de lire tout et n’importe quoi sur ma famille.

Vous avez le sentiment de maîtriser la parole sur ce sujet-là ?

Je ne maîtrise rien du tout. Vous croyez qu’on peut maîtriser les médias ?

« Avant d’être une bête médiatique, il faut être une bête politique. Il faut du contenu, pas uniquement le sens de la formule… »

Des médias a priori proches de vous (Minute, Rivarol) n’ont pas été très sympathiques durant votre campagne à la présidence du FN…

C’est le moins qu’on puisse dire. Mais tant mieux. Parce que je me suis refusée à plier. J’ai mes opinions, elles sont parfois contraires aux leurs. J’ai pris le risque de me les mettre à dos, en pleine campagne interne. On dit souvent qu’en campagne, on n’a pas d’ennemis. Moi, j’en ai eu plein. Et j’ai été élue en disant clairement les choses. Aujourd’hui, j’ai un mandat. Je ne veux pas séduire, je veux convaincre.

Il y a des journalistes à qui vous refuseriez de répondre ?

Jamais.

Qu’avez-vous pensé de la déclaration de Michel Drucker4 ?

Je l’ai trouvée nulle, pitoyable, d’autant qu’il est payé par l’argent public. Encore un problème de déontologie.

Dans cette émission, il n’est pas journaliste…

D’accord, mais il invite des politiques. Notez bien que ça ne me dit rien du tout. Je n’ai jamais demandé à être invitée, je n’ai jamais saisi le CSA. Je me passe très bien d’aller me vautrer sur un canapé rouge pour me faire psychanalyser par cet individu, que je considère comme étant, avec Alain Duhamel, le summum de la servilité vis-à-vis du pouvoir, quel qu’il soit.

Pourquoi avez-vous attaqué Mélenchon pour injure publique ? Vous vous dites pourtant favorable à la liberté d’expression…

J’en ai marre qu’on me traite de fasciste. C’est une insulte. Et je n’ai pas d’autre voie pour agir. Ni pouvoir ni journaux. La liberté d’expression est une chose, mais elle n’a jamais inclus la liberté d’injurier ni de diffamer quelqu’un. Si demain j’arrivais dans un média en disant au journaliste : « Vous qui êtes d’extrême droite, vous pouvez comprendre ce que je dis », le type tomberait à la renverse, demandant pourquoi je l’insulte. Alors, j’aurais le droit d’être insultée, mais pas eux ?

Vous poursuivriez quelqu’un qui dit de vous que vous êtes d’extrême droite ?

Juridiquement, je ne peux pas, j’ai essayé.

Ça vous choque tant que ça ?

Oui, ça me choque. Quand le Front est à 10 %, c’est le Front national. Quand il dépasse les 17 %, dans toute la presse, c’est l’extrême droite. À 30 %, ça va être quoi, les fascistes ? Je trouve ça insupportable. D’autant que je ne suis pas d’extrême droite, c’est un mensonge et ça m’énerve. Mes idées ne sont pas extrémistes, je ne suis pas contre le processus démocratique, je suis à la tête d’un parti qui n’a jamais contesté ou manifesté contre les résultats des élections… Cette expression procède d’une volonté de fixer un mouvement politique dans un adjectif péjoratif, et volontairement péjoratif.

Xénophobe ?

C’est pareil. Je me sens injuriée. La xénophobie, c’est la haine des autres. Je n’ai de haine à l’égard de personne. Vraiment.

Même à l’égard des musulmans qui prient dans la rue ?

Mais je n’ai pas de haine ! Je demande l’application de la loi. La loi s’applique à tout le monde sans exception.

Si Zemmour vous avait demandé de venir témoigner pour lui, pour la liberté d’expression ?

J’y serais allée.

Et Dieudonné ?

Aussi… Je n’ai pas de sympathie pour Dieudonné. Mais j’y serais allée.

Besancenot ou quelqu’un de Lutte ouvrière ?

Je le ferais de la même manière. L’expression politique ne peut pas être limitée par la loi. Zemmour est poursuivi pour diffamation raciale sans qu’on puisse apporter la preuve de la vérité des faits diffamatoires. Même si ce qu’il dit est vrai, il est condamné. C’est complètement absurde.

Quelles sont les limites à la liberté d’expression ?

Il n’y en a pas. Sauf ce qui touche à l’intégrité d’une personne, comme l’injure, la diffamation. Mais dans l’expression de la pensée politique, la seule règle, c’est l’électeur. Les inconvénients de la limitation de la liberté d’expression sont plus importants à mes yeux que les risques que comporte cette liberté.

Si demain vous étiez élue, que feriez-vous des lois mémorielles5 ?

Je les supprimerais. Même si, à titre personnel, elles ne me posent pas de problème.

Que feriez-vous des lois permettant aux associations antiracistes de représenter les victimes en justice ?

Je les supprimerais aussi. Ce droit est infâme. Il permet à certaines associations de s’ériger en procureur, toujours dans le même sens. À moins que vous ne me démontriez demain que SOS Racisme a engagé ne serait-ce qu’un seul procès pour racisme anti-Blancs… En l’occurrence, ils n’agissent, avec cette délégation de service public, que dans le but de défendre les options politiques qui sont les leurs. C’est un véritable scandale. S’il y a bien quelque chose qu’on ne devrait pas pouvoir privatiser, c’est ça.

La nomination directe par le chef de l’État des patrons de l’audiovisuel public ?

Je ne supprimerais pas ce mode de nomination, car il s’agit d’argent public. La responsabilité de l’État est engagée. On peut très bien envisager que la nomination soit entérinée par…

… le CSA ?

Encore faudrait-il que le CSA soit légitime.

Que feriez-vous du CSA ?

Les nominations au CSA devraient être plus variées qu’elles ne le sont aujourd’hui. En Suisse, les partis politiques sont représentés en fonction de leur poids respectif. En France, le CSA est tenu par les gens du pouvoir. Or, ce sont les opposants qui, par définition, courent le plus de risques d’être maltraités, privés de leur liberté, etc. Même problème avec le Conseil constitutionnel : on y retrouve tous les présidents battus ou retraités, plus ceux qu’ils y ont eux-mêmes nommés. Et c’est ce même Conseil qui vérifie les comptes de campagne présidentielle…

Ils ne font pas ce qu’ils veulent, quand même.

Parce qu’ils ne l’ont pas fait avec les comptes de campagne de monsieur Balladur et de monsieur Chirac ? Les deux auraient mérité d’être rejetés. Ils ont pourtant été acceptés. Pourquoi ?

Concrètement, la nomination actuelle du CSA…

Une plaisanterie ! Un tiers par le chef de l’État. Un tiers par le président de l’Assemblée, qui, en règle générale, est de la couleur du chef de l’État, et un tiers par le président du Sénat, qui est aussi de la couleur du gouvernement… Donc, ce sont les trois tiers !

Qu’avez-vous pensé de Martine Aubry et de Laurent Fabius signataires d’une pétition contre le débat sur la laïcité et qui, apprenant que Tariq Ramadan l’avait signée également, se sont retirés ?

Grotesque. Absurde. Ça veut dire qu’on ne signe plus rien. L’UMP et le PS sont aussi ridicules l’un que l’autre dans cette affaire. Les premiers parce qu’ils ont accusé Martine Aubry d’avoir apposé sa signature à côté de celle de Ramadan, les seconds parce qu’ils se sont défilés et, piteusement, se sont soumis au terrorisme intellectuel.

Vous signeriez une pétition avec Tariq Ramadan ?

Aucun problème, si je suis d’accord sur la cause à défendre.

« Toutes les grandes tristesses qui ont été les miennes sont passées par les médias. À partir du moment où c’était Le Pen, ce n’était pas un homme, donc on n’avait pas besoin de ménager sa famille. »

Si vous deveniez chef de l’État, que feriez-vous des grands groupes de communication, souvent propriété de sociétés qui font l’essentiel de leurs affaires avec l’État ?

C’est une situation très malsaine. Quand vous détenez un média, vous ne devriez plus faire d’affaires avec l’État. Je serais d’une très grande fermeté avec les grands groupes. Plus généralement, il faut revenir à une moralisation de la vie politique. Dans un tout autre domaine, qu’une entreprise continue à passer des contrats avec l’État ou des collectivités territoriales alors qu’elle a été condamnée pour avoir, par exemple, embauché des immigrés clandestins, je trouve ça scandaleux. L’État doit être le garant de la morale publique.

Et s’agissant des seuils de concentration ?

Le problème principal réside dans cette situation de monopole. Dans toute une série de régions, le monopole de la presse existe. C’est une situation assez analogue à celle de la grande distribution et elle n’est pas normale. Il faut de la concurrence, un équilibre toujours bénéfique aux contribuables.

Que pensez-vous de l’information, aujourd’hui, sur le service public ?

Elle est comme partout ailleurs, ce qui démontre qu’il n’y a pas d’originalité du service public. TF1, France 2, même journal. Quant à France 3, elle est extrêmement politisée. Ça pose quelques problèmes. Je le vis dans le Nord-Pasde-Calais, très marqué à gauche. Comme l’ensemble du service public d’ailleurs…

Malgré le fait que ce soit Sarkozy qui ait nommé Philippe Val ?

Il aurait pu nommer Pol Pot, mais il était mort. Plus à gauche, c’est quand même difficile à trouver…

Les journalistes bénéficient d’une niche fiscale. Aucun homme politique n’a encore osé la supprimer…

Je suis pour la suppression de toutes les niches fiscales. Sauf le quotient familial. Je suis frappée de la manière dont sont traités et payés les jeunes journalistes. Honnêtement, c’est une honte. Des types qui bossent, qui sont sur le terrain, et sont payés des clopinettes. On pourrait se dire que, dans les grands groupes, les journalistes vont être payés correctement. Non, c’est pareil qu’ailleurs. Plus les groupes ont de l’argent, moins les journalistes sont payés.

Que regardez-vous pour le plaisir ?

Honnêtement, l’information est un plaisir. Presque même une drogue. Pour les loisirs, j’adore « Faites entrer l’accusé », mon côté avocat. Dans la famille, on aime beaucoup les émissions sur les animaux qui soulagent des rigueurs du monde, comme sur National Geographic. J’aime moins Planète, avec son côté « je me flagelle tous les jours », et la petite phrase à la fin qui vous donne l’impression d’être responsable de tout.

Quel est votre pire souvenir d’une rencontre avec un journaliste ou un média ?

Mon pire souvenir, c’est le premier. Ou presque. Nous étions en pleine crise du Front, en pleine scission. J’étais enceinte jusqu’aux dents de mes jumeaux. Et Pujadas, qui à l’époque travaillait sur LCI, me demande de venir répondre à une interview. Je refuse. Il insiste. J’accepte finalement à la condition qu’il ne me pose pas de question sur ma sœur, qui était partie. Il promet. J’arrive sur le plateau : première question, ma sœur ; seconde question, ma sœur. Je lui ai écrit : « Vous avez eu tort, monsieur Pujadas, parce que vous ne savez pas de quoi l’avenir est fait. Nous aurons peut-être un jour l’occasion de nous recroiser dans d’autres circonstances. » Maintenant ça me fait rire, je suis présidente du Front et lui au « 20 Heures ». C’était en 1999. J’ai eu mille mauvais souvenirs avec les médias. Parce que toutes les grandes tristesses qui ont été les miennes sont passées par les médias. Les campagnes de presse, l’utilisation du divorce de mes parents, etc. À partir du moment où c’était Le Pen, ce n’était pas un homme, donc on n’avait pas besoin de ménager sa famille. Je me dis de temps en temps que je suis une sainte, pour avoir normalisé mes relations avec les médias… [sourire]

Vous avez un meilleur souvenir ?

Je ne prends pas un plaisir fou à aller dans les médias. Mon plaisir, c’est de convaincre. Je ne veux pas dire que les journalistes m’indiffèrent, mais ce n’est pas à eux que je m’adresse. C’est aux gens qui écoutent et qui regardent. Les journalistes ne sont que des vecteurs. Leurs comportements sont intéressants soit parce qu’ils me permettent de parler, soit parce qu’ils sont tellement haineux que cela se voit et qu’ils participent à ce que je veux démontrer. ■


 
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