Pourquoi la question de la libre parole des journalistes se poserait-elle uniquement dans le cadre de régimes autoritaires ou en transition ? Ne constitue-t-elle pas, comme nous le pensons, une priorité, y compris pour les démocraties ? Lorsque nous avons évoqué ce sujet avec plusieurs chercheurs et journalistes, leur réponse ne s’est pas fait attendre : la liberté de parole des journalistes serait un sujet éculé, dépassé voire surtraité !
Réduire la liberté de parole des journalistes au concept de liberté de la presse reviendrait à évacuer le débat sur les contraintes qui pèsent sur cette profession. Les dispositifs médiatiques dans lesquels les journalistes inscrivent leurs pratiques influent, orientent et « cadrent » leur parole.
Y interviennent, avec une intensité variable, sources, institutions, concurrents, annonceurs, public, etc. La parole des journalistes est donc dépendante de ce jeu d’interrelations, et il nous revient de l’analyser.
C’est pourquoi Médiamorphoses prend ici la liberté de traiter de... la libre parole des journalistes ! Ainsi Patrick Eveno distingue-t-il liberté de la presse et liberté des journalistes, s’inquiétant d’une possible disparition de ceux-ci. À travers une étude de la presse locale et de son public, Loïc Ballarini témoigne d’un lectorat dont la confiance relative à l’égard des journalistes s’expliquerait notamment par une incompréhension partielle des contraintes du métier. Christelle Crumiere s’est penchée sur la médiatisation du 11 septembre 2001. Elle démontre comment l’image journalistique de cet événement apparaît doublement contrainte : en tant qu’instrument d’un acte terroriste conçu comme une gigantesque opération de communication et, à l’opposé, par les restrictions imposées par l’appareil d’État américain.
Aurélie Aubert et Patrice Flichy, quant à eux, s’interrogent sur le journalisme amateur. La première étudie les sites d’information et souligne que la parole du public, si elle est aujourd’hui largement sollicitée, est davantage encadrée. Patrice Flichy poursuit la réflexion en affirmant que la place du « journaliste-amateur » consiste plutôt à analyser l’information qu’à se constituer comme un pourvoyeur d’informations. Camille Laville aborde également la question des pratiques amateurs appliquées au cas de la révolution égyptienne ; elle précise que le rôle joué par les réseaux sociaux est quelque peu surévalué et s’interroge sur un nouvel espace médiatique en devenir. ■

Revue Médias















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